Après la cérémonie «Assikplata» qui a annoncé le «crépuscule sur le royaume de Danxômè» (décès du roi) qui s’est déroulée, samedi 11 août dernier à Abomey, le président du comité d’organisation des obsèques du roi Dédjalagni Agoli-Agbo, Dah Akpaniankou Gbémablêkpô Glèlè revient sur l’organisation et donne des détails sur la suite des cérémonies à organiser, prouvant que Abomey demeure le berceau du Vodoun et reste attaché à ses valeurs.

La Nation : Dah Akpaniankou Gbémablêkpô Glèlè, que comprendre de la cérémonie «Assikplata», est-ce déjà les obsèques du Roi Dédjlangni ?

Dah Akpaniankou Gbémablêkpô Glèlè : Le «Assikplata», c’est la cérémonie qui annonce que «le crépuscule est tombé sur le royaume» (décès du roi). Et s’il faut le dire dans les termes consacrés par la tradition, depuis un moment, il a été annoncé qu’il y a une «forte fièvre» qui s’est emparée du Danxômè, pour dire que le roi est indisposé. Alors ce jour-là, ceux qui sont mandatés et qui ont reçu le ‘’Tabla’’ comme on le dit, c’est-à-dire le titre pour le faire, vont et constatent ce qui se passe. Est-ce que la fièvre a eu raison du roi ou pas ? Si c’est le cas, il revient à celui-là qu’on appelle le ‘’Tavi’’ d’aller effectivement constater que le roi n’est plus là et rendre compte à celui qui est chargé de renseigner d’une telle situation : le ‘’Migan’’. C’est à ce dernier de passer l’information.
Il y a des codes pour annoncer la nouvelle. La récade est emballée et remise. À la vue de ce signe, cela donne déjà l’information que «le crépuscule est tombé sur le royaume». C’est ce qui a été fait le jour-là. Quand c’est dit, on aligne quarante-et-un Zinli et tout le monde entonne un cri, et on met les mains sur la tête en signe de détresse comme pour dire ‘’Oh ! Qu’est-ce qui s’est passé ?’’ Et, au même moment et de façon uniforme, les quarante-et-un Zinli résonnent pour annoncer le deuil. C’est ce qui s’est passé.

Après l’annonce du samedi 11 août dernier, est-ce à dire que les cérémonies sont terminées ?

Non, le crépuscule est tombé, il fait nuit comme on le dit, le roi n’est plus là. C’est tout un rituel. Ce qui s’est passé, ce sont des rituels, ça a tout l’air d’un spectacle, mais ce sont des rituels. Comme vous l’avez constaté, le Tavi est rentré constater le décès, donné le message ; le Migan l’a annoncé au peuple, un peuple très éploré qui a crié à la détresse et les Zinli ont annoncé le deuil. Donc, nous sommes en deuil.
Quand le roi part, c’est tout un processus jusqu’à la désignation d’un autre roi et c’est cela qui a commencé. Nous avons fini avec cela. Ce qui suit, les amis viendront maintenant témoigner leur compassion à tout le peuple et surtout à la descendance du roi. C’est ce qu’on appelle ‘’Honton go dido’’, c’est cela qui va commencer et ainsi de suite.

On en a pour combien de temps encore ?

Avant, cela durait jusqu’à trois mois, mais tout est prévu au Danxômè donc les circonstances des fois obligent à comprimer. Le monde a évolué, il y a trop de contraintes aujourd’hui, donc on a comprimé jusqu’à quarante-cinq jours les cérémonies. Côté traditionnel, la cérémonie va durer quarante-cinq jours et sera clôturée par une messe d’action de grâce. Vous savez bien le syncrétisme religieux est le propre du Danxômè. Depuis le règne du roi Kpingla, ils ont accepté les musulmans, et puis après, au temps du roi Guézo, ils ont accepté les chrétiens qui se sont installés. Donc, bien entendu l’exemple nous a été donné par le roi Guézo. Aurait-il été baptisé ? Le roi aussi avant d’être intronisé était baptisé, donc tout va se clôturer par une messe de l’Église catholique.

On a vu un début de manifestation du retour du roi à ses ancêtres. On a vu une manifestation très bien organisée. Cela paraît comme une première dans la ville d’Abomey. Qu’est-ce qui peut expliquer cela ?

C’est inédit. Il faut le reconnaître. On a vu par le passé d’autres rois qui nous ont quittés. Ce n’est pas la première fois que le crépuscule est tombé sur Danxômè. Donc, cela n’a pas eu la même ampleur, simplement parce que les cadres et autorités politico-administratives originaires d’Abomey, très préoccupés par le respect de nos chefs traditionnels ont demandé qu’un comité soit mis en place pour coordonner et gérer de façon à ce que nous puissions offrir au roi une cérémonie digne, que tout se passe dans la paix et la beauté. Nous avons lancé des souscriptions et tout le monde a donné pour nous permettre d’organiser la cérémonie. On ne peut rien faire sans le nerf de la guerre et ils nous ont vraiment allégé la tâche.

L’État béninois n’a-t-il pas contribué à l’organisation de la cérémonie ?

Pas du tout. L’État n’a pas donné un copeck. C’est le lieu de le dire. C’est pourquoi j’ai dit tout à l’heure que les fils d’Abomey qui sont concernés ont contribué aux obsèques du roi. C’est normal que ça se passe ainsi puisque après tout, ils sont d’Abomey et ils ne peuvent pas le renier. Mais je dis et je répète, leur attachement à nos valeurs traditionnelles a facilité cet engouement.
Pourtant, les rumeurs font état d’une supposée participation de l’Etat !

Je vous le dis et je le confirme encore que l’État béninois n’y a encore rien mis. D’ailleurs, jusqu’à présent, le Conseil des ministres n’a même pas encore présenté les condoléances du gouvernement au royaume de Danxômè ni à la famille éplorée. Comment est-ce qu’on peut ordonner le décaissement ? C’est maintenant, après l’annonce du décès du roi. Donc, il faut partir de là. Vous voyez jusqu’où nous sommes attachés à nos traditions. C’est cela ! Le Conseil des ministres peut maintenant en parler, puisque nos traditions ont prévu le mécanisme qui annonce officiellement le départ du roi, le Conseil s’en est abstenu jusqu’à présent.
C’est maintenant que nous pouvons, au niveau du comité d’organisation, introduire une lettre au Conseil des ministres pour annoncer qu’effectivement, «le crépuscule s’est abattu sur le royaume». Ce n’est qu’à partir de ce moment que le gouvernement peut envoyer officiellement une délégation et décider maintenant si oui ou non, il va prendre une part ou ordonner un décaissement ou un appui.
Suivant la logique des choses, l’argent de l’État ne sort pas sur un coup de tête ! Ce n’est pas possible. C’est forcément le Conseil des ministres qui peut décider d’une telle initiative. Le Conseil n’a même pas encore parlé du décès. Donc, je dis et je réaffirme sans gêne que des cadres et responsables politico-administratifs, en tant que fils d’Abomey, ont participé à titre personnel financièrement et moralement, en nous conseillant pour que les cérémonies soient dignes et se déroulent dans la paix, dans l’honneur. C’est extraordinaire !
S’ils ne sont pas concernés, ils n’auraient pas senti la nécessité de le faire. Franchement, pour moi, c’est l’occasion pour moi en tant que président du comité d’organisation et toute l’équipe d’ailleurs, de remercier du fond du cœur au nom de tout le Danxômè, tous ces cadres et responsables politico-administratifs pour ce qu’ils ont pu faire pour nous.

Comme les manifestations se poursuivent, est-ce que vous avez un appel à lancer à nos compatriotes et aux natifs d’Abomey, maintenant qu’officiellement, on sait que le crépuscule est tombé sur Danxomè ?

Je crois que les choses vont continuer. Comme nous savons maintenant que nous sommes en deuil, c’est l’occasion pour les autorités de passer présenter leurs condoléances à la famille et écrire dans le livre de condoléances ouvert à cet effet.
Aussi, je vais dire à toutes les filles et à tous les fils du Danxomè, aux amis, aux sympathisants, qu’ils peuvent maintenant manifester leur compassion à la famille et à toutes les familles éplorées. C’est aussi l’occasion de les inviter à continuer toujours à gérer les cérémonies dans la paix, dans la beauté, comme cela a commencé, jusqu’à ce que nous ayons le successeur. Nous avons toujours désigné le roi mais parfois ce n’est pas facile. Mais je voudrais que cette fois-ci, cela se passe dans la paix, dans la quiétude, parce que forcément, il faut que la cérémonie se termine par la désignation du successeur. Donc, c’est l’occasion pour moi de lancer cet appel à la paix, à la sagesse, à toutes les filles et à tous les fils du royaume de Danxômè.

Propos recueillis par Sabin LOUMEDJINON

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