En plus de la précarité de la vie, la cité lacustre de Sô-Ava est caractérisée par un accès limité aux services sanitaires. Dans ce milieu où les grossesses précoces et fréquentes menacent la santé maternelle et néonatale, le Fonds des Nations Unies pour la Population a entrepris plusieurs actions pour le mieux-être des communautés, dont la mise à disposition d’une barque clinique mobile.

Une géante barque mobile qui sillonne les sept arrondissements de la commune de Sô-Ava pour rapprocher les populations des services de santé. Cet arsenal qui flotte sur l’eau offre des prestations intégrées de santé reproductive à l’intention des adolescents et jeunes, de planification familiale, de dépistage du Vih/Sida et de prise en charge médicale et psychologique des filles et femmes victimes de violence. 

Mise en place par le Fonds des Nations Unies pour la Population (Fnuap), la barque est faite de deux cabines identiques climatisées qui servent de salle de counseling (orientation, conseils) et de soins. Elle est accessible à tous, hommes et femmes désireux de se faire dépister ou d’en connaître davantage sur les méthodes de planification familiale. L’offre est entièrement gratuite, à la charge du Fnuap.
C’est à travers des sensibilisations fréquentes sur l’espacement des grossesses et la proposition de la gamme de produits de planification familiale disponibles sur la barque que les relais communautaires et les animateurs de l’Ong nationale Osv-Jordan accompagnent les populations de la cité lacustre de Sô-Ava. « Il y a des femmes qui n’avaient jamais entendu parler des méthodes de planification familiale ; certaines, plus informées, veulent bien adopter une méthode mais n’avaient pas les moyens pour se déplacer », fait savoir la directrice adjointe de l’Ong Osv-Jordan, Pulchérie Achadé, pour démontrer l’opportunité de la barque. Elle poursuit : « Cette barque permet de rallier tous les villages lacustres de Sô-Ava. C’est un joyau que l’Unfpa (Fnuap) a mis à la disposition des communautés pour les appuyer dans l’espacement des naissances, la réduction des grossesses précoces et non désirées, de la mortalité maternelle, néonatale et infantile ainsi que la lutte contre les violences faites aux femmes. Nous en avons trois : une ici à Sô-Ava et deux autres dans la vallée de l’Ouémé ».

Adhésion progressive

Mais l’adhésion aux services de la barque n’a pas été spontanée. « Le changement de comportement, ce n’est pas du jour au lendemain. Au début avec la barque, ce n’était pas facile. Les populations n’avaient pas compris l’utilité de la barque. Elles la prenaient pour un temple mystique, ou un apanage vodoun et elles n’hésitaient pas à la maudire au passage. Nous avons alors commencé par leur faire visiter la barque et c’est là qu’ils ont compris qu’il n’y avait rien de mystique », relate Pulchérie Achadé. À l’en croire, les communautés adhèrent progressivement aux méthodes de planification familiale quoiqu’elles bouleversent leurs habitudes. Parmi les produits les plus sollicités, le jadelle pour les femmes et les préservatifs pour les hommes.
Dans cette commune lacustre de 118 547 habitants, la prévalence d’utilisation de la planification familiale était de 0,84 % jusqu’en 2014 en raison de la faible connaissance des méthodes contraceptives et de l’insuffisance des services de planification familiale. Les phénomènes «Fille-mère», «femme-porteuse», «famille pléthorique» ont pris une ampleur inquiétante.
L’initiative de la barque clinique mobile s’adapte aux réalités de la commune et permet ainsi aux populations quel que soit leur lieu de résidence de bénéficier de divers services de santé. Dès 2015, plus de 400 utilisatrices additionnelles de planification familiale ont été enregistrées, près de 1500 personnes ont été dépistées et 4 cas de violences faites aux femmes ont été signalés et pris en charge. Les chiffres se sont accrus les années suivantes et le succès de cette initiative a convaincu le ministère de la Santé de la mise en place de barques cliniques mobiles de planification familiale dans toutes les localités lacustres du pays pour accélérer l’atteinte de l’Objectif de développement durable 3 « Permettre à tous de vivre en bonne santé et promouvoir le bien-être de tous à tout âge ».

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