La cérémonie qui consacre cette sortie de la nouvelle igname a eu lieu, le 14 août, sous l’égide de Dada Gandjègni Awoyo Gbaguidi XIV au palais royal de Savalou, en prélude à la fête populaire organisée hier. La communauté Mahi de Savalou et environs sacrifie ainsi à une tradition vieille de plusieurs années.

Depuis le mardi 14 août dernier, la nouvelle igname est déjà consommée à Savalou. La dixième édition des manifestations officielles marquant sa sortie s’est déroulée au palais de la cité sous la supervision de sa majesté Gandjègni Awoyo Gbaguidi XIV qui avait à ses côtés le ministre d’Etat Pascal I. Koukpaki. Sages, notables, têtes couronnées et personnalités politico-administratives ont fait le déplacement pour participer à cette célébration. Et pour l’occasion, la ville de Savalou a aussi refait sa toilette, mise aux couleurs du 15 août déjà à l’entrée de la cité, non seulement pour la sortie de la nouvelle igname et mais aussi pour la fête de l’Assomption.
Cette année come autrefois, les festivités de la traditionnelle fête de l’igname se sont déroulées en deux parties : d’une part, le culturel et d’autre part, le cultuel. La cérémonie de sortie officielle de la nouvelle igname est en réalité un culte de reconnaissance aux ancêtres pour avoir favorisé la bonne saison qui a donné lieu à la récolte de l’igname.
Au cours cette célébration, le secrétaire général du roi, Séverin Attolou, a, au nom de la cour royale de Savalou, présenté le message de cette édition de la fête. Un message qui tourne autour de l’union des forces vives de Savalou, de la célébration des producteurs de l’igname et de la revalorisation de la culture savaloise.
A cette occasion, les adeptes des couvents Vodoun et les chefs traditionnels de Savalou se sont mobilisés pour présenter au public les différents types de danses sacrées. Des moments fastueux d’échanges et de partage entre les membres de la communauté Mahi. A l’occasion des cérémonies rituelles consacrant la sortie de l’igname et malgré la canicule, les adeptes vodoun parés de leurs plus beaux atours aux couleurs chatoyantes, les invités, les curieux, les populations de Savalou et environs ont pris d’assaut l’enceinte du palais royal et ses alentours pour prendre part aux festivités.
Après le protocole usuel, le dispositif est mis en place pour les rituels de sortie de la nouvelle igname. Ils seront exécutés en présence du roi par l’une des prêtresses en l’occurrence la "Tassinon" et le Bokonon. Avec deux tubercules, de l’huile rouge, de l’eau, de l’alcool, des colas, le rite accompagné de paroles sacrées, est fait et approuvé par l’oracle devant sa Majesté. C’est après cet acte que la communauté est autorisée à consommer l’igname sous toutes ses formes.
Dans la soirée et jusqu’au lendemain, des manifestations culturelles ont été organisées à travers la ville et en famille pour célébrer la sortie de l’igname?

Mauvaise organisation et cafouillage !
La célébration du15 août à Savalou suscite désormais peu d’intérêt. En tout cas, ce n’est plus l’apothéose d’il y a quelques années. En effet, cette année consacre la dixième édition de la célébration à Savalou de cette fête de l’igname. Initiée par le défunt roi de Savalou, Tossoh Gbaguidi XIII, cette fête qui, par le passé, était un facteur fédérateur et mobilisateur de la communauté Mahi, a perdu de son éclat depuis la mort de ce dernier. L'éclat de cette fête a pris un coup depuis 2015 au regard de son organisation de plus en plus bâclée. Ce qui fait qu’on note un désintérêt à chaque nouvelle édition. Et beaucoup regrettent la disparition de l’ancien roi qui s’était toujours battu pour donner plus de faste à chaque édition de cette célébration.
Tenez ! Mardi dernier, au cours de cette édition, à quelques minutes du démarrage des manifestations, les bâches et autres chaises censées accueillir les invités n’étaient même pas encore posées. Des invités qui arrivent se perdent et errent sans savoir où s’installer. C’est en présence des invités que des bâches sont complétées et des chaises plastiques sont rangées, le tout dans un désordre indescriptible. Aucun sens protocolaire n’est respecté. Des invités installés sous des tentes et surpris par des rayons solaires, sont déplacés dans d’autres directions en pleine cérémonie.
Des adeptes des couvents vodoun devant prendre part aux manifestations ne savent pas où se mettre. Ils se fâchent et menacent de rentrer chez eux. Il a fallu que certains sages les supplient pour les calmer et les maintenir sur les lieux. Quant aux médias, ils étaient comme indésirables ; ils n’étaient visiblement même pas prévus dans ce dispositif confusionnel.
Le comble, à sa sortie, le roi Gandjègni Awoyo Gbaguidi XIV lui-même constate qu’il n’a pas son géant parasol, l’un de ses attributs qui devrait aussi le protéger des rayons solaires bien brûlants. Il s’énerve un instant. La colère se lit aisément sur son visage. Il échange quelques mots avec l’un de ses collaborateurs visiblement dépassé, avant qu’on s’empresse de lui apporter le parasol.
Comme si cela ne suffisait pas, en pleine cérémonie, les invités du roi sont priés de se lever pour faire place à un fauteuil géant d’un autre invité du roi venu en retard. Non loin, d’autres invités de marque ayant fait le déplacement jusqu’à Savalou sont exposés au soleil et transpirant à grosses gouttes. Un spectacle désolant de nature à tuer toute envie de revenir la prochaine fois. Une situation qui laisse croire que tous ceux qui aident l’ancien roi Tossoh à organiser cette fête sont aussi morts avec lui.
La fête du 15 août à Savalou se meurt, et il faut vite agir pour la ramener à la vie. Un bel instrument de développement de Savalou laissé aux mains d’amateurs sans ambition, pourrait-on dire?

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