La première session de 2018 de la cour d’assises de la cour d’appel d’Abomey a démarré ses travaux, lundi 14 mai dernier. Après une cérémonie officielle de revue de troupes par le président de la cour d’appel, Daniel d’Almeida, la cour a connu de la première affaire inscrite au rôle. Un dossier d’assassinat qui a conduit dans le box des accusés le sieur Rachidou Aboudou Idrissou. A l’issue des débats, la cour l’a condamné à 12 ans de prison.

Rachidou Aboudou Idrissou debout à la barre retient son souffle. Il écoute religieusement le verdict de la cour après ce procès qui aura duré toute la journée. Il est condamné à 12 ans de prison ferme pour homicide commis avec préméditation. Après six ans passés en détention, il est retourné en prison pour purger le reste de sa peine. Il avait 20 ans au moment des faits.
Malgré toutes démonstrations juridiques faites par Me Théodore Zinflou pour montrer les insuffisances qui caractérisent la procédure afin d’obtenir ne serait-ce que la requalification du chef d’accusation pour sortir d’affaire son client, la cour est restée accrochée aux éléments du dossier pour dire sa religion.
A la barre, l’accusé Rachidou Aboudou Idrissou a reconnu les faits mais préfère les mettre sous le coup d’un envoûtement.
Né le 8 avril 1995, il était élève en classe de Terminale D au Ceg 2 de Dassa-Zoumè. Il déclare qu’en classe, il ne voyait pas au tableau et ne comprenait donc pas ce qui lui arrivait. Il se propose d’aller consulter et chercher la solution auprès d’un féticheur. Ce dernier lui aurait demandé un crâne, un bélier, et autres produits. Quelques jours, après Rachidou Aboudou débarque chez le féticheur avec la tête d’un enfant fraîchement décapité. Surpris et pris de peur, le féticheur cria et alerta le voisinage pour maîtriser le jeune Rachidou Aboudou. Ce dernier dans une dernière tentative de fuite se mesure au féticheur avant d’être maîtrisé et conduit à la gendarmerie.
Pour le féticheur, il n’a jamais été question de tête d’homme entre eux. Mais pour le jeune Rachidou, c’est une incompréhension alors. Il aurait confondu crâne de cadavre au crâne humain.
S’il avait bien compris l’ordonnance du féticheur, il ne se serait pas levé le dimanche 21 octobre 2012, même s’il ne savait pas ce qu’il faisait, pour se mettre à couvert dans une brousse attendant qu’un individu passe pour obtenir ce qui allait faire son "bonheur". Il affirme que quand il a vu un enfant du nom de Séraphin Ayékowo Kabo qui allait voir son père à quelques kilomètres, il l’a surpris en lui donnant un coup à la nuque. Après avoir constaté que le corps était inerte, il l’a traîné dans la brousse pour le décapiter et mettre la tête dans son sac au dos laissant le reste dans la brousse.

Aveux
Après avoir été conduit à la gendarmerie par le féticheur, il refuse en indiquant que c’est quelqu’un qui lui a envoyé la tête depuis Cotonou. Emmené à Cotonou par les gendarmes pour identifier l’expéditeur, il finit par passer aux aveux. Il retourne à Dassa pour montrer là où il a caché le tronc de l’écolier Séraphin Ayékowo Kabo, en classe de CM2.
Il a reconnu les faits à toutes les étapes de la procédure mais se dit victime d’un envoûtement. Me Théodore Zinflou est aussi convaincu que cet acte bien qu’ignoble est un envoûtement. Il donne plusieurs exemples qui sont des réalités sociologiques africaines que la cour devrait prendre en compte.
L’avocat général, Pierre D. Ahiffon n’est pas de cet avis. Il peint le tableau des crimes rituels basés sur le sacrifice humain notamment des enfants. Il revient sur la psychose des sacrifices humains que vivent actuellement les Béninois. « Des jeunes qui ne veulent pas travailler et qui croient pouvoir s’enrichir en sacrifiant des humains comme eux. Nous sommes dans la banalisation, la chosification et la déshumanisation de l’espèce humaine », regrette Pierre D. Ahiffon qui invite la cour à sévir en frappant fort pour donner l’exemple. Et il requiert 20 ans de prison. Car, selon lui, la matérialité de l’infraction ne fait aucun doute. L’enfant est mort atrocement et les images en disent long sur l’expression de son visage. Il est mort décapité?

Bref résumé des faits

Le dimanche 21 octobre 2012, à la recherche de divers ingrédients pour conjurer le mauvais sort et pour réussir dans sa vie, Idrissou Aboudou Rachidou, armé de couteau se rend dans le village de Daho dans la commune de Dassa-Zoumè, à plus de 25 km de son lieu de résidence où il tend une embuscade à l'écolier Séraphin Ayékowo Kabo, écolier âgé d’environ 10 ans, à qui il a assené des coups à la nuque avant de le décapiter et d'emporter sa tête emballée dans un tee-shirt dans son sac au dos.
Interpellé et inculpé d'assassinat, l'accusé a reconnu les faits à toutes les étapes de la procédure?

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