Les derniers mouvements de grève déclenchés par les différentes centrales syndicales du pays ont révélé une réalité désormais indéniable qui est la désacralisation de la grève au Bénin. Cette situation permet de faire le parallèle avec une autre actualité liée au vodoun là aussi sur fond de désacralisation.

En effet, dans le panthéon vodoun, le vodoun Kinininsi est le vodoun auquel l’on fait recours en cas de haute sorcellerie. Il est le dernier recours en cas d’attaque sorcière redoutable. A l’instar du Kinninsi, la grève dans le domaine syndical, est le dernier recours en cas d’échec des négociations. L’échec des négociations intervient après un long processus. Au Bénin, l’exercice du droit de grève est régi par la loi n° 2001-9 du 21 juin 2002. Mais nous constatons malheureusement que l’abus ou la mauvaise interprétation dans l’application des dispositions de cette loi par certaines organisations syndicales discrédite le mouvement syndical au point où certaines grèves conduites par elles sont qualifiées d’illégales. Dans cette optique, le gouvernement du Bénin a qualifié les grèves déclenchées en janvier 2018 par les centrales syndicales d’« illégales ». Ce qui a conduit à des défalcations sur les salaires de février. Les centrales syndicales soutiennent que leur grève est bel et bien légale et que par contre ce sont les défalcations opérées sur les salaires qui constituent une violation de la loi. Au regard des dispositions légales dans notre pays, suite à ce jeu d’accusations, les centrales syndicales devraient avoir le courage d’assigner l’Etat en justice si tant est que leur grève est légale. La sagesse recommande que quand quelqu’un m’accuse d’un mal, que je fasse tout pour prouver mon innocence. Se taire est signe de culpabilité et de mauvaise foi. La posture des centrales syndicales et les conséquences qui ont suivi, révèlent une désacralisation de la grève qu’on peut situer à deux niveaux. Le premier niveau de désacralisation est lié aux circonstances de son déclenchement. Ainsi l’on peut se poser les questions suivantes: pourquoi les magistrats et les agents de santé n’ont-ils pas attendu la décision de la cour avant de se mettre en grève ? Pourquoi les enseignants ont-ils attendu l’entrée en grève de ces deux corps avant d’entrer à leur tour en grève ? Il se pose donc une question d’opportunisme qui gêne la morale et le bon sens. 

Le deuxième niveau de désacralisation est lié au déroulement de la grève. A ce niveau, deux faits retiennent l’attention. D’une part, la dérive verbale marquée par un discours ordurier, guerrier, belliqueux, voire insurrectionnel. D’autre part, des actes insolites entachés de fétichisme ou d’occultisme ont été notés. C’est le cas des fétiches érigés au Collège d’enseignement général de Lobogo pour empêcher le déroulement des activités pédagogiques ; à Porto-Novo, des grévistes ont introduit un cercueil au ministère de l’Enseignement maternel et primaire.
Par ailleurs, il faut aussi noter une cacophonie liée aux jours de grève et à la fin des grèves. Grève sans service minimum pour certains syndicats, quatre jours pour d’autres, etc. Des syndicats suspendent la motion, dans le même temps d’autres syndicats du même corps appellent à la poursuite de celle-ci. Tout cela montre que nous assistons à une dérive syndicale, voire à la déchéance du mouvement syndical. Curieusement, cela se déroule concomitamment à un moment où le Kinninsi est désacralisé par des jeunes sans foi ni loi qui commettent des crimes au nom de ce vodoun. Lorsqu’on fait le lien entre tous ces évènements, on en arrive à la conclusion que la désacralisation de la grève est symptomatique d’une société béninoise en crise des valeurs. Dans un tel contexte, la restauration des valeurs républicaines constitue la solution urgente susceptible d’empêcher une anomie totale au sein de la respectable république que constitue le Bénin qui vend encore cher son titre de laboratoire de démocratie en Afrique.

Par Jean-Florentin EDJEKPOTO*,
(Coll. ext.)* Professeur certifié
de lettres à Bohicon

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