De guerre lasse, ils ont abdiqué. Les responsables syndicaux encore tenaces ont fini par déposer les armes du débrayage pour appeler à la reprise du service, ce lundi 7 mai, après plus de trois mois et demi de grève. A contrecœur. Sans obtenir grand-chose au finish.

Le mouvement collectif de cessation de travail déclenché, depuis début janvier, s’est essoufflé peu à peu et a fini par s’estomper face à l’intransigeance et la fermeté du gouvernement et de son chef. Inefficacité de la stratégie syndicale ou prépotence de l’Exécutif qui brandit une arme intenable : la défalcation systématique sur salaire pour fait de grève ?

Les secrétaires généraux des confédérations et centrales syndicales, pour la plupart, font leurs premières armes en tant que premiers responsables de leurs organisations respectives et font face à un nouveau régime qui proclame à cor et à cri la « rupture » d’avec les anciennes pratiques. Ont-ils alors fait preuve de naïveté, de manque d’expérience ou de tactique en se jetant dans un mouvement de paralysie pour en sortir désabusés ? De toute façon, le désaveu et les sanctions à l’encontre des tout premiers responsables syndicaux à appeler à la reprise du service et traités à tort ou à raison de « traitres », n’auront rien changé. Force est de constater que la guerre d’usure a été fatale aux grévistes. Et, nombre d’organisations syndicales sortent des derniers mouvements plus que jamais fragilisés et divisés. Certains ne sont dorénavant que l’ombre d’eux-mêmes ; leur charisme étant sérieusement entamé. La grève comme moyen de pression sur le pouvoir semble dévoyée.
Autrefois, la fronde sociale faisait plier le pouvoir en place. Mais le syndicalisme traditionnel quelque peu ‘’sauvage’’, semble avoir trouvé chaussure à ses pieds. Les Ivoiriens diront que « Les syndicalistes ont rencontré garçon sur leur chemin ». Car, malgré les signaux au rouge dans l’Administration, et les citoyens privés d’accès à des services publics parfois vitaux et ce, pendant plusieurs semaines, le gouvernement n’a pas cédé.
Pour rappel, si la grogne couvait depuis plusieurs mois dans les rangs des travailleurs attendant la satisfaction de leurs revendications, le motif principal pour lequel la paralysie a été enclenchée, n’était rien d’autre que le vote d’une loi par l’Assemblée nationale qui retire le droit de grève à certaines catégories de travailleurs, notamment les magistrats, les travailleurs du secteur de la santé, les agents des forces de sécurité. Du moment où ladite loi a été cassée par la Cour constitutionnelle, c’était de bon ton que les travailleurs crient déjà victoire et renouent immédiatement avec le travail, surtout que les discussions au niveau du Conseil national de dialogue social se poursuivaient. Mais c’est sans compter avec la hargne des syndicalistes qui ressortent des tiroirs leurs problèmes corporatistes qui sommeillaient depuis des lustres. Et face au débrayage tous azimuts qu’il juge « illégal », le gouvernement opposera l’arme fatale : la défalcation systématique et tiendra mordicus jusqu’au bout, malgré les médiations diverses et les appels au dégel. Dans ce bras de fer, le spectre d’une année blanche n’a en aucun cas ébranlé le gouvernement. Curieux, n’est-ce pas ?

Tout ça pour ça

Après plus de trois mois de grève, les lignes n’ont pas véritablement bougé en termes de satisfaction des revendications des travailleurs. Certes, on ne gagne pas à tous les coups. Qu’à cela ne tienne ! Les syndicalistes auraient pu écouter leur cœur et accorder la bonne foi au gouvernement qui avouait n’avoir pas les moyens pour satisfaire leurs revendications fondamentales, et ainsi épargner au pays ces trois mois de gâchis.
Autres temps, autres mœurs. Le ton est donné et les agents de l’Etat savent désormais à quoi s’en tenir. Il n’y a plus à encourager la paresse. Qui n’a pas travaillé n’a pas droit au salaire, dit l’adage. En attendant d’autres mouvements de grèves perlées, les syndicalistes devront en prendre de la graine et surtout mûrir davantage les mouvements, peser et soupeser les conséquences avant de les déclencher. La défalcation, telle l’épée de Damoclès, plane sur la tête des travailleurs.
Mais pour combien de temps le gouvernement brandira-t-il cette redoutable arme de répression des mouvements qui ne sont pas toujours déclenchés sous de fallacieux prétextes ou sur fond de chantage politique? La grève est un moyen de revendication reconnu par la Constitution. Le supprimer ou l’étouffer de quelque manière que ce soit, c’est porter un coup à la démocratie, à la libre expression. Mais le travailleur mécontent a-t-il toujours besoin d’aller en grève pour se faire entendre et il revient donc à l’employeur et à ses agents de trouver la juste mesure à travers un dialogue franc et sincère pour ne pas pénaliser les citoyens bénéficiaires des services publics de l’Etat.

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