Il y a deux ans, les Béninois plaçaient une forte espérance en l’avènement du président Patrice Talon au pouvoir. Deux ans donc qu’ils s’impatientent de toucher du doigt « le miracle » promis par le chantre du Nouveau départ. A mi-parcours, le bilan est mi-figue, mi-raisin et le président appelle encore « à plus d’efforts encore demain, à plus de sacrifices ».

Si les réformes engagées par le gouvernement sont palpables dans nombre de secteurs, leurs effets sur le quotidien des populations laissent encore à désirer, deux ans après l’investiture du président Patrice Talon. Nombreux sont les citoyens qui, dans un sursaut patriotique, avaient porté leur choix sur le candidat Talon, espérant un rapide changement de leur quotidien. Et, quelques mois après, l’homme sur qui comptait tout le peuple, lors d’un talk show, appelle à « serrer la ceinture » avec une échéance bien déterminée : deux bonnes années – soit vingt-quatre mois de sacrifices. Plus de sept cent trente jours donc passés, en attendant de jouir des fruits des politiques d’austérité adoptées. Un appel à la patience qui sonnait comme un moratoire sollicité par le chef de l’Exécutif, le temps que le train du Nouveau départ s’ébranle de toutes ses forces pour mener à bonne gare.

Le délai est expiré et le gouvernement n’aura plus droit à l’excuse, s’il tient à la parole donnée ! Ouf, poussent certains qui ne souhaitent plus tirer le diable par la queue. S’il est vrai que des actions du gouvernement se faisaient déjà de plus en plus visibles ces derniers mois, il est loisible d’observer qu’elles sont largement en deçà des espérances.
Cependant, l’on peut tout reprocher au chef de l’Etat : le manque de concertation, la volonté d’aller vite dans les réformes, la détermination à taper dans la fourmilière sans état d’âme... Mais il y a une certitude : nul ne doute de ses bonnes intentions pour le pays qu’il a réaffirmées à maintes reprises et sa vision de transformer substantiellement la vie des Béninois. Seulement, l’obstination à faire fi des aspirations profondes et urgentes du peuple peut être préjudiciable à la perception que les citoyens ont du pouvoir en place. Encore que les commérages, les conspirations et autres velléités des adversaires, toutes choses inhérentes à la bataille politique, ne sont pas de nature à donner la quiétude au gouvernement.
Dans un pays où tout urge, l’on peut comprendre la volonté du chef de l’Etat de vouloir tout réformer en même temps. Mais qui trop embrasse, mal étreint, dit le proverbe. Parmi les urgences, il y a toujours les plus pressantes. Il importe au regard des plaintes et complaintes des populations de changer de paradigme, tout en veillant à ne pas verser dans un populisme béat comme autrefois, moyennant un dividende politique. Et même si c’était le cas, que veut le peuple ? Le pain et la paix.

Une politique résolument sociale

L’on ne pourra pas tout changer du jour au lendemain. Ainsi, une nouvelle orientation de la politique sociale s’impose. En se référant à la joie des populations avec la mise en œuvre du Projet Emploi jeunes (Pej), la relance du microcrédit aux plus pauvres, l’inauguration d’infrastructures électriques et d’eau potable et autres, pour se rendre compte que les urgences se trouvent à ce niveau. Les prochains semaines et mois devraient donc être consacrés à la continuité des « bonnes œuvres » en direction des couches sociales les plus vulnérables qui ont difficilement accès aux services sociaux de base : eau potable, soins de santé, électricité, instruction de qualité. L’on peut donc se réjouir de l’initiative du projet Assurance pour le renforcement du capital humain (Arch) pour lequel l’identification et l’enrôlement des bénéficiaires ont été lancés ce mardi à Cotonou.
Les grèves perlées qui ont fini par paralyser une bonne partie de l’Administration n’arrangent pas les choses. Elles constituent un os dans la gorge du gouvernement. La situation perdure, malgré les levées de grève qui semblent ne pas encore toucher les travailleurs à la base. Un sursaut d’orgueil, un dépassement des egos pour remettre tous les agents de l’Etat au travail et dans la dynamique de réalisation du Programme d’action du gouvernement, contribuerait à une réussite de l’après-austérité décrétée depuis deux ans.
C’est en cela que le dernier message du président de la République vient quelque peu jeter le froid sur l’enthousiasme éventuel des citoyens après l’échéance de ‘’serrage de ceinture’’. « Nos efforts d’aujourd’hui, notre bonheur de demain », a lancé Patrice
Talon. Un peu comme pour dire : encore un peu d’efforts et le bonheur sera à notre porte. Mais pour combien de temps encore ? Cette nouvelle invite à la patience et à l’espérance ne traduit-elle pas un aveu de la sous-estimation des sacrifices à consentir ? L’on ne devrait pas perdre de vue que la patience a ses limites, l’espérance aussi. Elle pourrait s’estomper complètement pour laisser place au scepticisme dont les conséquences peuvent être dramatiques et très difficiles à gérer. Le chômage des jeunes reste toujours alarmant ; la mévente reste palpable dans les marchés ; le panier de la ménagère reste dégarni... Prenons-y garde !

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