Le dimanche 11 février dernier, le Bénin apprend avec émoi la disparition de Mohamed Amadou Cissé. Celui qui a été ministre occulte du président Mathieu Kérékou et impliqué dans plusieurs dossiers de malversations et de détournement de deniers publics a laissé à son pays d’accueil un lourd passif sur lequel revient l’ancien ministre Adékpédjou Sylvain Akindès.

Presque dans l’anonymat Mohamed Amadou Cissé s’est éteint dans la nuit du samedi 10 au dimanche 11 février sur sa terre natale. Au Bénin, pays qui l’a adopté un moment et banni pour ses impairs par la suite, sa disparition n’est pas passée sous silence. L’émoi a été grand. Et des témoins privilégiés de l’histoire politique du pays ne se sont pas privés de revenir sur le passé de l’homme fort de la période révolutionnaire. 

Si l’ancien ministre Adékpédjou Sylvain Akindès ne s’est pas prononcé publiquement sur la mort du célèbre marabout du Grand Caméléon, il s’est épanché sur le rôle non moins majeur qu’il a tenu au cours de la période révolutionnaire à travers son livre Essai d’histoire du temps présent au Bénin postcolonial : Problématique d’un engagement politique Tome II.
Pour ce dernier, Mohamed Amadou Cissé était considéré comme le ‘’charlatan’’ du président Kérékou. Et à ce titre, il bénéficiait de tous les passe-droits. « Il régna en maître sur le Bénin, au centre des promotions aux très hauts postes de l’Etat : ministres, directeurs généraux des sociétés d’Etat (notamment du secteur économique et surtout du secteur financier), etc.»
Son action la plus importante et la plus néfaste a été le pillage de la Banque commerciale du Bénin, souligne l’ancien ministre. La principale banque des petits épargnants béninois a en effet connu le détournement de leurs avoirs au profit du marabout. Quoique l’on note un clair-sombre autour des montants exacts soutirés des comptes de la banque, il est toutefois admis qu’une somme totale de 1 825 000 000 francs Cfa a été frauduleusement versée par la banque sur des comptes en France ouverts au nom de Cissé Mohamed Amadou, en une seule année, de novembre 1987 à novembre 1988.
Par ailleurs, le ministre révèle dans son ouvrage que pour avoir eu la faveur d’être nommé ministre des Finances et de l’Economie, Barnabé Bidouzo, s’est engagé le 2 mars 1986 à tout mettre en œuvre pour que les projets économiques et financiers qu’il sera amené à réaliser en République populaire du Bénin engendrent d’ici cinq ans à compter de sa date de nomination, un profit cumulé de 4 milliards de francs Cfa dont 3,5 milliards seront remis au fur et à mesure de leur production au camarade Cissé M. Amadou, en espèces ou par virements bancaires dans des comptes à désigner par le bénéficiaire.
Autant de faits qui ont conduit à son extradition le 27 juillet 1990 de la Côte d’Ivoire où il retrouvait une nouvelle vie à l’avènement du Renouveau démocratique au Bénin. Condamné à une peine d'emprisonnement de dix ans et d'interdiction de séjour pendant 20 ans au Bénin pour ses crimes, l'homme responsable de la faillite de nombreuses banques du pays, libéré le 8 juin 2001 sur ordonnance de la Cour suprême, s'est définitivement retiré de la scène. Après une longue procédure judiciaire engagée contre Moustapha Niasse,
actuel président de l’Assemblée nationale sénégalaise avec qui il était en affaires à une certaine époque. Une bataille qu’il a fini par perdre, débouté par la justice sénégalaise.

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