Alors que la plupart des Etats africains accédaient à l’indépendance dans les années 1960-1963, aux Etats-Unis d’Amérique, les Noirs, descendants d’esclaves, livraient de dures et sanglantes batailles pour faire reconnaître leurs droits en tant que citoyens à part entière d’un pays que leurs ancêtres avaient grandement contribué à construire. Au nombre de ces vaillants combattants pour la fraternité et la liberté, figure Martin Luther King Junior, auteur du célèbre discours «I have a dream (J’ai fait un rêve)», Prix Nobel de la Paix en 1964...

Pendant que le gouvernement des Etats-Unis d’Amérique se positionnait auprès des nouveaux Etats indépendants d’Afrique en mettant au point des programmes spécifiques d’aide à leur intention, et en créant des structures de coopération telle que le Corps de la Paix, des citoyens américains ne pouvaient pas jouir de leurs droits civiques sur une grande partie du territoire américain à cause de la couleur de leur peau. Parmi les membres de la communauté afro-américaine qui se sont dressés contre les brimades et humiliations dues à cette situation, le nom de Martin Luther King Junior résonne encore aujourd’hui comme un cri de ralliement.
Depuis son assassinat le 4 avril 1968, en plein combat pour consolider les victoires remportées sur les tenants de la ségrégation et de l’oppression des Noirs, Martin Luther King Junior est célébré tous les troisièmes lundis du mois de Janvier. La date de cette célébration est en rapport avec la période où il est né dans la partie sud des Etats-Unis fortement marquée par les stigmates de l’esclavagisme sur la société américaine.
En effet, Martin Luther King Junior est né le 15 janvier 1929 dans la ville d’Atlanta en Georgie. Son père Martin Luther King Senior était un pasteur de l’Eglise Baptiste. L’enfance du jeune Martin Luther sera donc marquée par des enseignements bibliques dont on retrouve des traces dans pratiquement toutes ses interventions au cours des années de braise de la lutte contre la ségrégation raciale.
Chez les baptistes, le baptême est un acte fondamental de la vie chrétienne. Il intervient pratiquement toujours après l’âge de raison et sur la demande de celui qui veut se faire baptiser. Et ce n’est qu’après cette cérémonie que, le baptisé peut être considéré comme un membre actif de l’Eglise et occuper des postes de responsabilité. Martin Luther King a franchi toutes ces étapes qui lui donnent une solide "base spirituelle" pour faire face à l’adversité.
Brillant élève, il entre en 1942, à 13 ans, au Lycée Booker T. Washington de sa ville natale, le seul établissement secondaire ouvert aux Noirs à cette époque. En dernière année, il sera, pour la première fois, confronté à la dure réalité de la ségrégation raciale dans le train qui le ramenait avec un de ses professeurs d’un concours oratoire où il s’était brillamment illustré. A un arrêt, des Blancs étaient montés ; tous les sièges étaient occupés. Le chauffeur du car, un Blanc, vint alors à l’arrière du car – réservé comme il se devait alors aux Noirs – et ordonna à King et à son professeur de céder leurs places. Martin Luther King refusa de bouger, le chauffeur le menaça et le traita de "sale nègre, fils de chienne". Sur les conseils de son professeur, il finit par se lever à contrecœur.
« Cette nuit ne s’effacera jamais de ma mémoire", dira-t-il plus tard. "Je n’ai jamais été aussi meurtri et furieux de ma vie ».

Réalité douloureuse

A 15 ans, il s’inscrit pour ses études universitaires au collège Morehouse d’Atlanta où étaient admis les élèves les plus doués du lycée Booker T. Washington. Dans le train qui le ramenait en famille pour les congés, il est une seconde fois victime de pratique ségrégationniste. S’étant rendu au wagon restaurant, il a voulu s’installer à une place de son choix comme il l’avait fait pendant la traversée des Etats de New York et de New Jersey, quand il fut conduit par un garçon à une table à l’arrière du train où un rideau fut tiré pour masquer sa présence aux Blancs. Il ne s’était pas rendu compte qu’il était arrivé dans le sud où la ségrégation dans les transports et sur les lieux publics était on ne peut plus officielle et systématiquement appliquée.
Pourtant, à Morehouse, il devint membre du Conseil inter-collèges d’Atlanta, un groupement interracial d’étudiants. Cette expérience de contacts interpersonnels a été enrichissante pour lui, bien que les réalités de la vie quotidienne fussent amères. C’est pourquoi il dira plus tard, appréciant ces contacts : « A mesure que je rencontrais davantage de Blancs, mon ressentiment s’estompait pour faire place à un esprit de coopération ».
Par ailleurs, il se consacra à l’étude des combats des précurseurs comme Booker T. Washington, W. E. B. du Bois et Marcus Garvey qui s’étaient engagés dans les combats pour la réhabilitation de l’homme noir. Mais le jeune King n’était pas satisfait de leurs visions ; il était en quête de la voie la plus efficace pour permettre aux Noirs de s’intégrer dans la société américaine. Il crut entrevoir la solution à sa quête dans un ouvrage d’Henri Thoreau sur "La désobéissance civile". Selon ce dernier, une minorité créatrice, fut-elle réduite à "un seul honnête homme" pouvait mettre en branle une révolution morale. Il semble qu’à partir de cette lecture, Martin Luther King Junior avait décidé quel sens il allait désormais donner à son existence.
En 1948 à 19 ans, il décroche sa licence en sociologie et opte pour la préparation d’une licence en théologie au séminaire Grozer en Pennsylvanie.
En 1952, par l’entremise d’une amie, il fait la connaissance de celle qui va devenir son épouse le 18 Juin 1953 : Correta Scott. Elle sera toujours à ses côtés pendant les dures années de la lutte antiségrégationniste.
En juin 1955, il est reçu à sa thèse de doctorat en théologie fondamentale à l’université de Boston ; quelques temps après, il prend la direction de la paroisse de Dexter Avenue, dans la ville de Montgomery.

Militant social

Très vite, le jeune pasteur se fait une réputation de militant social. Ses sermons agissent comme un véritable levain de la conscience de ses paroissiens. Excellent dans l’art de l’exhortation, ses prédications deviennent rapidement un dialogue entre lui et l’assistance. En l’espace d’un an d’exercice, il est élu membre du comité exécutif local de la Naacp (National Association for the Advancement of Coloured People : Association nationale pour le progrès des gens de couleur).
En décembre 1955 commence véritablement son action sur le terrain dans la lutte contre les lois ségrégationnistes officiellement en vigueur, et appliquées par les gouverneurs des Etats. Le point de départ est l’affaire Rosa Park. Couturière dans un grand magasin de Montgomery, cette femme avait pris place dans un autobus, sur le premier siège libre derrière "la section des Blancs ". Sur le parcours, le bus se remplissant, le conducteur ordonne à madame Park de céder sa place à un Blanc qui venait de monter. Rosa Park refuse de bouger. Très fatiguée après ses courses, elle ne peut se faire à l’idée d’effectuer le trajet debout. Le chauffeur menace d’appeler la police ; devant la détermination de la femme noire, il met sa menace à exécution. La voyageuse entêtée est conduite au commissariat où est rédigé contre elle, un procès verbal pour avoir enfreint la réglementation des autobus urbains. C’est le début de l’histoire de boycott des autobus de Montgomery par la communauté noire. La lutte va durer un peu plus d’un an, soit du 2 décembre 1955 au 21 décembre 1956, jour où la déségrégation devint effective dans les autobus de Montgomery.
Malgré les violences physiques qu’ils eurent à subir, King et ses partisans ne dévièrent point de la méthode non violente choisie pour faire reconnaître leurs droits civiques dans une société américaine où la couleur de la peau servait à catégoriser les citoyens.
Cette première victoire servit de catalyseur aux actions futures de celui qui va désormais se poser comme la conscience morale d’un grand pays où les pratiques ségrégationnistes étaient devenues de véritables plaies.

Le rêve de la fraternité et de la liberté

Les autres épisodes de la guerre antiségrégationniste qui méritent d’être soulignés concernent les "Freedom Rides" (les voyageurs de la liberté) lancés en avril 1961 par le Congrès de l’Egalité raciale (Core). Il s’agit d’une vaste campagne contre la ségrégation dans les autobus reliant les différents Etats de la Fédération nord-américaine. La réaction des Blancs, en particulier du Ku Klux Klan, fut violente. Cette organisation ouvertement raciste avait pignon sur rue, et comptait dans ses rangs des personnalités au-dessus de tout soupçon pendant le jour, mais qui devenaient de véritables assassins des Noirs une fois la nuit tombée.
Les dirigeants et animateurs de la campagne antiségrégationniste au premier rang desquels, on retrouve Martin Luther King, furent physiquement agressés; beaucoup se retrouvèrent en prison.
En septembre 1962, King était au premier rang des protagonistes du dossier relatif à l’inscription de James Meredith à l’université du Mississipi. Cet étudiant noir, ne put se faire admettre à l’université que grâce à un fort déploiement d’agents de sécurité, y compris de l’armée américaine pour assurer sa sécurité.
Mais l’événement qui aura le plus grand retentissement à l’échelle du monde, est sans conteste, la grande marche interraciale de protestation pour commémorer, le 28 août 1963, le centenaire de l’Emancipation (Abolition de l’Esclavage en 1863 par Abraham Lincoln). C’est à cette occasion que Martin Luther King Junior délivra sur les marches du Mémorial de Abraham Lincoln, à Washington, son célèbre discours passé dans l’histoire par ces premiers mots "I have a dream – J’ai fait un rêve". Le rêve de la fraternité entre toutes composantes de la société américaine, le rêve de la liberté pour chaque citoyen des Etats-Unis, quelle que soit la couleur de sa peau.
A la fin de ce discours, Martin Luther King Junior entre définitivement dans l’Histoire. Il est reçu à la Maison Blanche par le président John F. Kennedy, en compagnie d’autres leaders du mouvement des droits civiques.
Le 10 décembre 1964, le Prix Nobel de la Paix lui est remis à Oslo en Norvège.

Par Noël ALLAGBADA (Coll. ext.)

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