De la plume au rôle de ‘’peace lady’’, Evelyne Quenum est officiellement entrée, samedi 20 janvier dernier, dans sa fonction de militante résolue pour l’enracinement de la paix au Bénin et en Afrique. Elle place son mandat sous le signe de la « citoyenneté engagée ». Elle dévoile dans cette interview les actions qui vont meubler son mandat.

La Nation : Vous incarnez la ‘’peace lady’’ 2018. Pourquoi vous êtes-vous lancée dans cette aventure ?

Evelyne Quenum : Je suis une femme astreinte au service de la communauté et à autrui. La vie m’a enseigné la nécessité et le besoin de me rendre utile. Mon histoire personnelle m’a appris à être davantage active et m’oblige à servir sans retenue. Quand vous avez été orphelin à l’âge de trois ans, que vous avez été envoyé à l’école par un couple qui vous a adopté simplement par amitié, quand vous avez tout eu de cette famille d’adoption jusqu’à l’obtention du baccalauréat et qu’après cette étape, vous avez été astreinte à la débrouillardise, quand vous avez évolué dans un environnement où vous avez tout le temps bénéficié d’assistance et de solidarité, vous comprenez qu’il ne faut jamais rester insensible à la détresse autour de vous. Vous apprenez à lire le besoin et la détresse autour de vous. Une fois que vous avez décelé tout cela, vous vous sentez dans l’obligation de mener des actions en faveur de la communauté.
La peace lady, c’est une femme volontaire, engagée, au service de la communauté, qui veut mener des actions dans le cadre de la pacification de son environnement immédiat et du monde, dans la mesure de ses capacités. L’expérience est béninoise, mais des actions sont prévues au cours du mandat au profit de l’Afrique et bien au-delà pour prôner les idéaux de paix. Je m’engage à travailler pour la consolidation et l’ancrage de la paix. Je ne peux me soustraire à cela. C’est un appel du destin.

Le Bénin revendique souvent son modèle de paix. En quoi l’engagement de peace lady pourra-t-il aider à l’y renforcer davantage ?
La paix n’est pas seulement l’absence de guerre. La paix est un état de concorde et de sérénité. C’est un sentiment de bien-être qu’on peut ressentir individuellement et collectivement. Il est vrai que les questions de paix ont été agitées au lendemain des grandes guerres. Le monde a ressenti la nécessité de parler de paix presqu’uniquement lors des conflits et des ravages. Il a fallu attendre la fin de la seconde Guerre mondiale pour que se tisse un lien fort entre la paix et les questions de droits de l’Homme, parce que les Nations Unies ont ressenti la nécessité de respecter les droits humains pour favoriser l’avènement d’un monde de paix. Elles ont compris à la fin de la seconde Guerre mondiale que le non-respect des droits de l’Homme et de la liberté de l’autre, sont des éléments favorables aux conflits. Toutefois, la paix est une quête perpétuelle. Il faut y travailler tous les jours même dans un environnement sans guerre. Le Bénin d’aujourd’hui revendique son modèle de paix.
Mais est-ce qu’il est véritablement un pays de paix lorsque ses citoyens ne peuvent se faire délivrer des documents administratifs du fait des grèves ? Peut-on parler de paix, lorsque citoyen que je suis, je ne peux pas bénéficier des soins de santé au Centre national hospitalier universitaire (Cnhu) du fait des mouvements de débrayage ? A partir du moment où le citoyen est privé de ses droits à cause des grèves, il perd sa sérénité. Lorsque du fait des grèves, les femmes se rendent dans des hôpitaux publics, ne trouvent personne pour les recevoir, se couchent à même le sol et accouchent par terre, il s’agit d’une menace à la paix. Lesquelles menaces sont en permanence au Bénin. Il n’y a pas de paix définitive. Il n’y a que de paix précaire. Pour cette raison, elle doit être une quête permanente et le travail pour son enracinement doit être une tâche de tous les instants. C’est en cela que l’engagement des hommes et des femmes pour la préservation de la paix est plus que nécessaire. Il est souhaitable que les hommes et les femmes s’engagent résolument en faveur de la paix.

Pour cette édition 2018, peace lady a placé son mandat sous le signe de la « citoyenneté engagée». Comment comptez-vous impacter les populations ?

En tant que citoyen d’un pays, j’ai des droits et devoirs. Il en est de même pour les dirigeants. La citoyenneté engagée interpelle d’abord nos dirigeants. Il faudrait d’abord qu’ils prennent conscience de leur statut de citoyen et de patriote de sorte à poser des actes dans le cadre de la promotion de la paix. Nos dirigeants doivent avoir de la mesure et de la retenue dans les prises de décisions. S’ils cultivent des comportements de citoyens engagés, ils vont utiliser les outils de mesure à leur portée pour pouvoir apprécier l’impact de leurs décisions et actes sur l’ensemble de la population. Une fois qu’ils auront compris cela, leur gestion sera plus aisée, avec moins de conflits.
La citoyenneté engagée implique également la responsabilité des citoyens. Notre engagement en tant que citoyen exige que nous prenions la décision de mener des actions en vue d’endiguer les facteurs qui constituent des menaces à la paix dans notre environnement.
Par exemple, les actes d’incivisme à l’endroit des femmes en pleine circulation sont des menaces à la paix. Beaucoup d’usagers posent des actes à l’antipode de la citoyenneté en pleine circulation qui induisent d’énormes conséquences. Il suffit que deux personnes se disputent en pleine ville pour que cela engendre des tensions inutiles, un incendie ou un accident.
Le mandat de peace lady 2018 sera fait d’actions. Nous avons prévu une série d’activités visant à promouvoir la citoyenneté, entre autres ‘’Zem citoyenneté’’, prévu courant début mars et la Journée internationale de la femme (Jif). On ne peut pas réussir quand on est seul. Nous envisageons créer des cellules ‘’Women of peace and development’’ (cellules de femmes engagées pour le développement et la paix) à l’intérieur du pays. Pour permettre à ces femmes engagées de mener des actions de médiation, nous avons prévu des séries de formation sur le leadership en leur faveur. Pour le mois de la paix qui s’étend du 21 août au 21 septembre, nous avons également prévu des activités, des actions de médiation au sein des foyers. Je reçois déjà plusieurs dossiers de conflits familiaux. Beaucoup de foyers sont brisés aujourd’hui par des conflits. Nous n’allons pas oublier les personnes vulnérables, les handicapés, les orphelins et les personnes du troisième âge.

De quels atouts dispose peace lady pour réussir ces chantiers ?

Le premier atout, c’est la volonté et l’engagement. Nous sommes un certain nombre de femmes volontaires pour la paix. Pour notre mandat, nous n’aurons pas forcément besoin des millions pour réussir. Il n’y a aucun esprit mercantiliste derrière la notion de peace lady. Nous avons besoin de la contribution de toutes les personnes éprises de paix et de justice au Bénin et ailleurs pour relever les défis que nous impose notre mandat. Le 31 décembre 2018, une autre femme porteuse de paix prendra le flambeau.

De la plume et du micro à votre toge de peace lady, comment vous sentez-vous dans votre nouvelle fonction ?

Je reste une femme des médias. Je continuerai à écrire et à donner mon point de vue sur des sujets d’actualité. Je trouverai le juste milieu entre le journalisme, mon mandat de peace lady et ma vie familiale.

 

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