L’un des défis en ce qui concerne la promotion du planning familial passe par la ‘’délégation des tâches’’ aux relais communautaires. La stratégie est encore à l’étape embryonnaire au Bénin. Le pays doit lever les barrières en la matière pour se mettre au pas.

« Réviser les politiques, normes et protocoles pour renforcer la délégation des tâches et améliorer la santé reproductive. Le gouvernement va disséminer la loi sur la santé de la reproduction et ses textes d’application ». Cet engagement pris par le Bénin à la Conférence d’Addis-Abeba en 2013 est un signal fort pour booster la planification familiale. La mesure vise à affecter une partie des prestations des agents de santé qualifiés aux relais communautaires, aux infirmiers et aux aides-soignants en matière de planning familial en vue de pallier l’insuffisance numérique des agents qualifiés.
Selon Gaston Ahounou, médecin de santé publique, chef service planification familiale au ministère de la Santé, la délégation des tâches est nécessaire pour rapprocher les services de planification familiale des utilisateurs au regard du manque de ressources humaines qualifiées dans le domaine sanitaire. Si elle arrivait à être adoptée, la stratégie permettra au Bénin d’améliorer ses performances en matière de planification familiale.
Seulement, depuis 2013, le Bénin n’a pas pu mettre en œuvre cette réforme. Cinq années après la conférence d’Addis-Abeba sur la planification familiale, les fruits tardent à tenir la promesse des fleurs. Au cours de cette rencontre, le pays avait pris l’engagement de réviser les politiques et protocoles en matière de délégation des tâches en vue d’améliorer la santé reproductive.
A l’heure actuelle, des difficultés émoussent l’ardeur des acteurs. « Si le Bénin doit accélérer son rythme en matière de délégation des tâches, cela suppose davantage de ressources humaines, financières et matérielles. Il faut également une continuité dans l’action des responsables de planification familiale au sein des structures concernées », souligne le chef service planification familiale au ministère de la Santé.

Inquiétudes

Ce qui inquiète certains acteurs de la société civile, c’est le retard qu’accuse le pays à mettre en place la réforme alors que l’échéance fixée dans ce cadre est arrivée à terme. « Jusque-là, la loi sur la santé reproductive et ses textes d’application ne sont pas pris», déplore Nourou Adjibadé, point focal Bénin de l’Alliance droit et santé.
Paradoxalement, cette inquiétude n’est pas partagée par les acteurs.
« Qui va lentement va sûrement. En ce qui concerne la délégation de tâches, nous allons scientifiquement. Le Bénin doit tenir compte des réalités propres à lui », tempère le chef service planification familiale, santé des adolescents et jeunes à la direction de la mère et de l’enfant au ministère de la Santé.
Selon lui, des actions sont en cours pour relever le défi. «Nous avons élaboré en novembre 2017, avec l’appui de l’Oms, les directives nationales sur la délégation des tâches. Lesquelles permettront aux relais communautaires d’offrir certains services et de réviser les documents normatifs à savoir les protocoles des services de santé familiale composante commune concernant la planification familiale », argumente-t-il.
Il poursuit : « Les textes d’application sur la loi de la Santé de la reproduction sont dans le circuit des ministères de la Justice et de la Santé et prendront le temps nécessaire. Ce qui reste à faire concerne la révision des politiques des services de santé relative à la délégation des tâches. Ce sera chose faite en 2018 », indique-t-il.
Mais cela ne suffit pas pour dissiper les inquiétudes de la société civile. « Il est important que le gouvernement lève les barrières réglementaires ou légales qui empêchent le développement de cette stratégie déterminante pour améliorer les performances en planification familiale au Bénin », préconise le point focal Bénin de l’Alliance droit et santé, Nourou Adjibadé.
Il explique que pour atteindre les nouveaux objectifs de prévalence contraceptives d’ici à 2022, « il est indispensable que la délégation des tâches soit véritablement promue et renforcée ».

Nécessité de la délégation de tâches

Selon les directives de l’Oms “Optimisation des rôles du personnel de santé par la délégation des tâches pour améliorer l’accès aux interventions de santé maternelle et néonatale”, le partage des tâches concerne les différentes catégories, du personnel non médical aux prestataires de niveau intermédiaire, qui peuvent être formées et encouragées à fournir, en toute sécurité, les méthodes de contraception suivantes : la ligature des trompes, la vasectomie, les dispositifs intra-utérins (Diu), les implants, les contraceptifs injectables, ainsi que des activités de promotion de la santé.
La dix-huitième session ordinaire de l’Assemblée des ministres de la Santé de la Cédéao, le 16 juin 2017 en Côte-d’Ivoire, a formulé également des recommandations sur la nécessité de la délégation des tâches.
Conscient de la nécessité d’accélérer les progrès en vue de la couverture sanitaire et l’atteinte des objectifs de développement durable à travers l’accès universel, les ministres de la santé encouragent les Etats à promouvoir la délégation des tâches afin de contribuer à mettre fin aux décès maternels et infantiles évitables.
Il est opportun d’envisager le partage des tâches de planification familiale lorsque l’accès aux services est limité en raison de la pénurie globale d’agents de santé disposant des compétences pour fournir des méthodes spécifiques ou de leur répartition inégale dans un pays ou une région.
Le Bénin doit accélérer ses efforts pour la mise en œuvre effective de cette stratégie en vue d’améliorer les performances en matière de planning familial.

 

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