Le vodoun est une source de bonté. Au-delà des considérations sociales, il rime avec la paix et la promotion des droits des enfants. C’est ce que défend Olga Vigouroux, alias Atcho, artiste et prêtresse de la divinité Thron Kpéto Déka Alafia dans cette interview.

La Nation : L’on entend souvent dire que le vodoun incarne la paix. La femme aussi. Quel lien peut-on établir entre les deux ?

Une vodounsi (adepte du culte vodoun) est une femme précieuse. Il n’est pas donné à toutes les femmes de pratiquer le vodoun. Celles qui supportent bien sont celles qui ont déjà rencontré plusieurs difficultés dans leur vie. Ce n’est pas aussi facile pour une femme de s’imposer dans ce milieu. Elles doivent faire preuve d’humilité, de respect de soi et de l’autre. Dans certains couvents, les femmes détiennent un pouvoir énorme, mais elles s’affichent rarement.
Le vodoun lutte contre la sorcellerie, le mauvais sort et l’envoûtement. Il n’est pas synonyme du diable, comme certains le font croire. On ne doit pas le craindre, mais peut-être celui qui le pratique. Celui-là peut, en dépit de la divinité qu’il vénère, chercher à faire du mal à son prochain. Mais il lui est impossible de réussir son coup tant qu’il est en contact avec le vodoun.

Quel est l’accompagnement des voudounsi dans l’épanouissement des adeptes filles ?

Le culte vodoun, religion de paix et d’harmonie, et les droits relatifs à la protection de l’enfant, peuvent être complémentaires. C’est dans cette ambition que nous collaborons avec les acteurs en charge de la protection de l’enfant, au premier rang l’Unicef et le ministère en charge des Affaires sociales, de même que des dignitaires du culte vodoun ces dernières années, sur la nécessité de promouvoir les droits des enfants dans les couvents.
Dans ce cadre, la durée d’initiation qui s’étendait sur seize jours à trois ans pour les enfants adeptes est réduite juste à la période des vacances varie de seize jours à trois mois. En plus du droit à la scolarisation des filles, nous mettons également l’accent sur l’accès des enfants aux soins de santé et à la protection.
J’ai fait récemment un clip en featuring avec Zeynab, Sagbohan Danialou, Angélique Kidjo, Sèssimè, Ignace Don Mètok, Norberka… sur la lutte contre le mariage des enfants. C’est une initiative de l’Unicef qui s’inscrit dans le cadre de la campagne tolérance zéro contre le mariage des enfants. Je répercute dans les couvents tout ce que je note de bien dans ma vie professionnelle. Je cumule la pratique artistique (théâtre, danse, musique) et la pratique cultuelle (religions endogènes) pour le bonheur des enfants adeptes. Je soutiens et encadre plusieurs enfants à suivre mes traces. Je travaille actuellement sur un projet qui permettra d’apprendre certaines valeurs traditionnelles aux écoliers dès le bas âge.

Est-ce dire que si tous les Béninois revenaient aux valeurs endogènes, le pays se porterait mieux ?

(Sourire !) Les être humains demeurent ce qu’ils sont. Ils sont méchants et pervers. Il serait difficile de les changer. L’histoire de Caïn et d’Abel dans la Bible nous rappelle que la méchanceté ne date pas d’aujourd’hui. Il en est de même de l’inceste où un père de famille fait l’amour avec sa propre fille. Quoi qu’on fasse, les méchants ne pourront pas changer, mais grâce à la prière, beaucoup de choses peuvent être corrigées. Chaque individu est libre de pratiquer sa religion. Le Bénin reste un pays de tolérance.

Pourtant, lorsqu’on invoque le vodoun, on a l’impression qu’il s’agit d’un mystère...

Le vodoun, c’est notre religion. Nous sommes nés avec les religions endogènes. Nous les avons hérités de nos ancêtres et grands-parents. Le vodoun est un mystère. Avant l’arrivée des Blancs, l’Afrique avait ses cultures, ses manières de s’habiller, ses plats culinaires. Le continent avait pratiquement tout. En 1648, lorsque le roi belge envoyait les missionnaires en Afrique, il leur avait interdit d’enseigner Dieu, car les Africains le connaissent déjà. Mais il leur intima l’ordre de tout faire pour les détourner de leur religion afin de ramener leurs richesses. Si les Africains connaissaient cette réalité, ils ne vont pas courir vers d’autres religions. J’ai été en France plusieurs fois, mais je n’ai jamais vu dix personnes à l’église.

Avec la prolifération des églises aujourd’hui, tout porte à croire que le roi belge a eu raison des Africains ?

Les Africains, en l’occurrence les Béninois, sont hypocrites. Beaucoup parmi ceux qui fréquentent les églises sont encore dans les couvents des divinités vodoun. Ils visitent leur père (vodoun : ndlr) la nuit, excepté peut-être quelques rares fidèles religieux. Même certains prêtres, des pasteurs le visitent. Je ne peux pas vous décrire tout ce que je vois la nuit dans mon temple. Que nous soyons chrétiens, musulmans ou athées, nous avons tous d’une manière ou d’une autre communié avec le vodoun. Quand les gens font de la fausse propagande ou de la mauvaise publicité pour une quelconque religion, sachez que c’est souvent pour des questions d’intérêts. Si ce n’était pas le cas, quelle que soit l’obédience d’un fidèle, il doit pouvoir s’y plaire, au lieu de chercher mieux ailleurs.

Les dignitaires des religions endogènes revendiquent souvent le vodoun comme une source de bonheur alors que dans le même temps, les personnes non averties semblent plutôt s’en méfier ?

Sans le vodoun, l’on ne saurait parler de paix. La première valeur qu’incarne le vodoun, c’est la paix. Ensuite, il enseigne l’amour, la solidarité et l’harmonie. Les pays dans lesquels les gens ne reconnaissent pas l’importance du vodoun sont souvent déchirés par la haine et les violences. Le vodoun est une valeur précieuse.

Les religions révélées mettent également l’accent sur ces valeurs. Est-ce à dire que toutes les religions prônent les mêmes valeurs ?

Le vodoun existait avant toutes les autres religions importées. Nos ancêtres avaient toujours travaillé avec les ‘’vodounons’’ (prêtres vodoun). L’espace abritant la Basilique de l’Immaculée conception de Ouidah a été donnée par les ‘’vodounons’’. En ces temps, il n’y avait pas de critiques. Si c’était le cas, le temple des pythons ne serait pas érigé juste en face de la Basilique. Les Blancs qui l’ont construit et les vodounons jouaient au ‘’domino’’ ensemble. Aujourd’hui, c’est à cause des intérêts pécuniaires que les gens sont divisés.
Il me plaît de rappeler que la terre appartient au vodoun depuis les temps immémoriaux. Toute construction de bâtiment repose sur la terre et il est impossible de le faire sans invoquer le dieu ‘’Sakpata’’ (dieu de la terre). Nous nous nourrissons grâce à la terre.

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