Les différentes réalisations du Projet d’appui aux filières lait et viande (Pafilav) ont été visitées du 18 au 23 décembre dernier par les membres de son comité de pilotage. En dehors de certaines défaillances dues à l’incompétence des entrepreneurs et des structures chargées du suivi et du contrôle des activités, les éleveurs hésitent à contribuer au fonctionnement des ouvrages mis à leur disposition.

Constitué des représentants des ministères en charge du Plan, de l’Agriculture, de l’Economie, de la Microfinance, de la Décentralisation, de l’Industrie et du Commerce et autres, le Comité de pilotage du Projet d’appui aux filières lait et viande (Pafilav) était en mission sur le terrain, du 18 au 23 décembre dernier. Outre la visite des différentes infrastructures et autres ouvrages réalisés par le projet, il était question de s’assurer de leur fonctionnement. Ce qui, malheureusement, n’est pas le cas dans certaines localités. D’où les observations, les recommandations fortes et les suggestions faites par ses membres.
Selon le coordonnateur du Pafilav, Dr Emile Godonou Toïgbé, il s’agissait de rendre dynamique le fonctionnement de leurs comités de gestion. Il faut également améliorer leurs relations avec les mairies qui sont les propriétaires desdites infrastructures. Au niveau des marchés à bétail, fait-il constater, la clé de répartition des taxes qui y sont perçues pose problème. « C’est là que se situe le point d’achoppement entre les comités de gestion et les mairies. Si cette question n’est pas réglée, à terme, il y aura des risques de voir ces marchés à bétail abandonnés. Les ouvrages réalisés grâce à d’importants investissements vont devenir des éléphants blancs », a prévenu le coordonnateur du projet. « Tout ce qui a été fait, n’est pas parfait. Il y a eu des défaillances au niveau de certains ouvrages. Elles sont liées à la faible capacité technique des entreprises qui ont été recrutées et aux insuffisances du système de contrôle », a-t-il également relevé.
Par rapport aux nombreux dysfonctionnements relevés, le représentant du ministre en charge de l’Agriculture, Cossi Akomédi, estime que le bilan est mi-figue, mi-raisin. « Le projet a fait ce qu’il doit faire, mais les bénéficiaires n’ont pas pris le dossier à la base. A Tchaourou et à Kandi, par exemple, les éleveurs ne fréquentent pas les magasins d’aliments pour bétail, qui leur ont été construits. On a été obligé de casser les prix. De 6 000 F Cfa, on est venu à 3 000, soit 60 000 la tonne. C’est de la gratuité et pourtant, ils ne viennent toujours pas », a déploré Cossi Akomédi. « Il en est de même pour les mini-laiteries. Les éleveurs n’y viennent pas vendre leur lait. Alors qu’une infrastructure qui ne fonctionne pas, est condamnée à disparaître sans pouvoir donner satisfaction », a-t-il poursuivi.
Au niveau des postes d’abattage, les bouchers souhaitent qu’au cours des réunions, dans le cadre du suivi, que l’on leur paie des primes. Ce qui porte à croire qu’ils n’ont même pas pris conscience que c’est pour améliorer leurs conditions de travail que ces infrastructures ont été gratuitement construites pour eux.
La retenue d’eau de Soukarou s’est effondrée par deux fois. Ce qui met à nu, ont fait observer les membres du Comité de pilotage, l’incompétence criarde de l’entrepreneur. A voir la qualité des matériaux utilisés, le contrôle n’a pas du tout suivi. C’est le même constat qui a été effectué au marché à bétail de Mongo à Kandi. Les abreuvoirs érigés pour permettre aux animaux d’avoir de l’eau ne peuvent pas supporter la charge de deux taureaux. Ils n’ont même pas été connectés avec le château d’eau.

Des problèmes de gestion

Pour le représentant du ministre de l’Industrie et du Commerce, Youssouf Mama Cica, c’est déjà important d’avoir trouvé des réalisations sur le terrain. A certains endroits, il va falloir régler les problèmes de gestion et de coordination dans leur fonctionnement.
Le président de l’Association nationale des organisations professionnelles d’éleveurs de ruminants du Bénin (Anoper), Alfa Tidjani Aboubacar, se réjouit des différentes infrastructures réalisées par le projet. Il a, toutefois, dénoncé la mauvaise volonté de certains entrepreneurs surtout au niveau des retenues d’eau. « Lorsque vous voulez coudre un chapeau au sanglier en son absence, ne vous attendez pas à ce qu’il lui siée », a expliqué le président de l’Anoper, par rapport à la désaffection des magasins d’aliments et des postes de collecte de lait par les éleveurs. « Lors de la réalisation de ces ouvrages, ils n’ont jamais été associés », a confié Alpha Tidjani Aboubacar.
Chacune des mini-laiteries a coûté environ 60 millions francs Cfa pour le bâtiment et en ce qui concerne les équipements, près de 80 millions F Cfa. Pour ce qui est du coût moyen de chacune des retenues d’eau, il avoisine près de 70 millions ; celui de chaque magasin d’aliments, 50 millions ; et les marchés à bétail, 70 millions F Cfa chacun.
Le projet vise à améliorer les systèmes de production et la compétitivité des filières lait et viande, ainsi que les revenus de leurs acteurs. Il prend fin normalement, samedi 30 décembre prochain. Mais pour permettre l’achèvement de certaines infrastructures notamment de deux retenues d’eau, cinq postes d’abattage et surtout l’abattoir de Cotonou, il a été prorogé jusqu’au 30 juin 2018.

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