La création de partis politiques a pris une allure vertigineuse, ces dernières semaines, alors qu’une nouvelle charte suscitant le regroupement de partis politiques a été adoptée par l’Assemblée nationale. Une attitude qui amène beaucoup d’observateurs à se demander les réelles motivations des initiateurs.

« Nous ne voulons plus jouer les seconds rôles », a lâché un responsable de parti politique lors de l’assemblée générale constitutive de son parti alors qu’il était membre d’un grand regroupement politique mis sur les fonts baptismaux depuis 2008. Nombreux sont-ils à tenir ce raisonnement et à claquer la porte des partis et autres mouvements politiques traditionnels pour se lancer dans une aventure solitaire. Aujourd’hui, semble-t-il tout le monde entend être chef de parti politique et plus personne ne veut être considéré comme un simple militant.
C’est le constat fait au regard de la naissance tous azimuts de partis politiques ces derniers temps. L’actualité est constituée en grande partie d’assemblées générales constitutives de partis et autres mouvements politiques. Tous les week-ends sont mis à profit pour la circonstance. Selon certaines personnes averties de la question, plusieurs raisons peuvent expliquer cette envie effrénée de se lancer dans cette aventure malgré la pléthore de partis existant déjà sur l’échiquier politique et vu la nécessité aujourd’hui d’aller vers de grands regroupements pour assainir le milieu. Parmi les initiateurs, certains ont déjà une petite expérience en politique et d’autres pas, tablant juste sur leur proximité avec le régime en place pour prendre leur envol. Selon Francis Lalèyè, expert en gouvernance politique, l’approche des élections législatives en est pour quelque chose. Elles font bouger beaucoup de lignes et les fondateurs de partis politiques font semblant d’animer la vie publique politique pour se faire une place dans l’arène à l’approche de ces joutes. Il fait savoir qu’après avoir effectué un travail il y a quelques années sur le rythme de création des partis politiques au Bénin avec d’autres experts, ils se sont aperçus qu’à chaque fois que le Bénin se trouve dans une année pré législative, il y a une ascendance de la courbe de création des partis politiques contrairement aux années non pré électorales stables. « Cette courbe devient vertigineuse dans le dernier trimestre de l’année qui précède les élections législatives », poursuit-il. Il conclut alors que cela s’explique par le fait que tout le monde veut aller aux législatives, car on ne peut se présenter à ces élections sans parti politique puisque, selon la Constitution, ce sont les partis politiques qui portent les candidatures. Ce qui n’est pas le cas dans les années pré présidentielle où l’on assiste plutôt à des regroupements. Cette thèse est renforcée par Laurent Zomaï, président du Cadre de concertation des jeunes, membre de la coalition Union nationale démocrate (UND), mis sur les fonts baptismaux le 18 août dernier. Il explique que, pour faire partie d’un bloc, selon la nouvelle charte, il faut être d’abord membre d’un mouvement ou d’un parti politique. « Et tous ceux qui animaient la vie politique sans parti et mouvement politiques et se disaient personnalités politiques se retrouvent aujourd’hui en difficulté. Il faut forcément qu’ils créent leur dispositif politique pour pouvoir rentrer dans les blocs », a-t-il clarifié. C’est donc à juste titre que les partis politiques naissent en masse ces derniers temps.

Rapport de forces

Francis Lalèyè trouve une seconde explication à cette floraison de partis politiques. Pour sa part, les initiateurs créent leurs partis politiques avant leur adhésion aux grands ensembles, dans l’espoir de se voir pris en compte ou de peser. Il y a donc le désir d’exister et de faire partie des instances dirigeantes du grand regroupement pour ne pas être mis de côté complètement au moment de la création des grands ensembles. Il s’agit, souligne-t-il, d’un jeu de rapport de forces qui a déjà commencé à l’intérieur des grands ensembles où ce sont les plus forts qui vont s’imposer. Et l’on peut déjà remarquer que les grands regroupements de la mouvance qui se forment tournent autour de grands partis politiques traditionnels tels que le Parti du renouveau démocratique (PRD), l’Union fait la nation (UN), l’Alliance pour un Bénin triomphant (ABT) autour desquels gravitent de petits partis qui s’efforcent à se faire une place. Si la nouvelle charte est promulguée, ces petits partis n’auront pas d’autre choix que de se dissoudre dans les grands ensembles ou, à défaut, de disparaître simplement de l’échiquier politique.
Loin de ces considérations, certains responsables défendent que leurs formations politiques doivent leur avènement à de nobles causes : mener des combats politiques dans l’intérêt de la nation, tel que Laurent Zomaï, membre de l’Union nationale démocrate (UND) voit l’enjeu.
L’UND, à ses dires, entend fédérer les efforts et unifier les actions politiques des jeunes sur toute l’étendue du territoire national pour véritablement remporter la victoire à partir des législatives de 2019. « L’UND n’est pas un bloc univoque, mais elle est la fusion de plusieurs partis, mouvements et associations politiques ayant une même vision », se défend-il.
Occultant tout le travail à abattre par les membres de la coalition pour réussir à rivaliser avec les blocs constitués autour des partis traditionnels tels que le Bloc progressiste, Dynamique unitaire… ayant déjà les reins solides.
« Bien que la coalition soit un nouveau-né, elle ne va adhérer à aucun bloc puisque la coalition constitue elle-même un bloc », a-t-il précisé. 

A l'ère de la nouvelle charte

La nouvelle charte adoptée à l’Assemblée nationale, le 26 juillet dernier, et qui attend d’être promulguée, comporte 70 articles avec des conditions particulières de création de parti politique, de son financement et de la régulation du système partisan. La création de nouveaux partis politiques ne sera donc plus chose aisée après sa promulgation. Désormais, il faut avoir 15 membres fondateurs par commune, soit exactement 1155 membres pour créer un parti, contrairement à la loi 2011-21 du 21 février 2003 qui ne demande que 10 membres par département, soit 60 membres environ. Même si beaucoup voient dans cette disposition une manière de réorganiser les partis politiques, certains acteurs de la sphère politique pensent le contraire.
C’est le cas de Me Robert Dossou qui, dans un entretien à une chaîne de télévision de la place, estime que ce n’est pas effrayant que le Bénin ait plus de 500 partis politiques. Il poursuit qu’il n’y a pas de multipartisme restreint dans une démocratie et qu’aucune règlementation n’a réussi à limiter le nombre de partis politiques dans un pays démocratique. « On ne restreint pas les partis politiques de manière artificielle. On peut les restreindre par le biais des élections. Et au fur et à mesure, ça se régularise. Des partis naissent et d’autres meurent », explique-t-il.
Francis Lalèyè quant à lui, trouve qu’il faut aller aux grands regroupements, mais il éprouve certains doutes sur la façon dont cela est envisagé et sa mise en œuvre. « Pour ma part, on va aboutir à des ensembles apparents où les gens seront contraints et forcés », confie-t-il avant de faire allusion au scénario des années 1960 avec des ensembles régionaux mais un peu modernisés dont un grand parti au Nord, un grand parti au Sud et un grand parti au Centre.
De toute façon, les députés ont joué leur partition en mettant un outil démocratique à disposition du peuple qui saura à son tour s’en servir pour l’avancement de la démocratie?

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