Lancée depuis lundi 15 janvier dernier au Bénin, la transhumance transfrontalière bat son plein. Malgré les dispositions prises pour faciliter son déroulement et éviter les conflits entre les agriculteurs et les éleveurs, des difficultés persistent. L’adhésion des communes pour faire respecter le passage dans les couloirs, en dépit des travaux de traçage et de balisage effectués, est loin d’être acquise.

Acause de la traversée du territoire par des milliers de bêtes en provenance d’autres pays, la transhumance est souvent objet de grandes inquiétudes. A plusieurs reprises, elle a été à la base de conflits meurtriers avec des dégâts matériels énormes. D’où l’urgence de prendre des mesures pour éviter ces affrontements qui se font récurrents chaque année.
C’est ainsi que, par décisions gouvernementales, des couloirs de passage et des zones interdites ont été définis. Ainsi, cette année, la première zone interdite aux transhumants venant de l’extérieur est la zone méridionale à partir de Dassa, en descendant vers le Sud, a précisé le directeur de l’Association pour la promotion des initiatives de développement durable et ancien conseiller à la transhumance au palais de la République, Dr Mama Sambo Adamou. Une telle mesure, les autorités l’expliquent par les violences survenues au cours de ces deux dernières années et par la concentration de la population. Elle n’est que transitoire. Pour la zone dans laquelle sont compris les départements de l’Atacora, de la Donga, du Borgou, de l’Alibori et des Collines jusqu’à hauteur de Savè, elle est autorisée à accueillir ces transhumants. Obligation y a été faite aux agriculteurs de libérer les pistes de passage des animaux. Des instructions ont été données aux forces de sécurité pour veiller à cette libération et orienter les éleveurs par les portes autorisées. Pour les animaux en provenance du Nigeria, ils sont tenus de remonter jusqu’à Savè, Ouessè et non par Kétou et Pobè, avant de rentrer au Bénin.

L’implication des élus locaux attendue

La campagne de transhumance transfrontalière prenant fin, jeudi 31 mai prochain, il est prévu le prélèvement des taxes à hauteur de 5000 F Cfa par tête de bête, pour les gros ruminants et 1000 F Cfa, en ce qui concerne les petits. Ce qui assure d’importantes rentrées dans les caisses de l’Etat.
Au-delà de la libération des couloirs, il s’agira donc de voir les dispositions à prendre pour leur entretien et leur sauvegarde. Ce qui, selon le coordonnateur du Projet d’appui aux filières lait et viande (Pafilav), Dr Emile Godonou Toïgbé, n’est pas une tâche aisée. Il fait remarquer que les travaux sur les capacités de charges des pâturages est une chose, alors que le tracé et le balisage en est une autre.
En effet, une des réalisations à l’actif du projet qu’il dirige, c’est le tracé et le balisage des couloirs de passage. A cet effet, il est prévu que soit balisée une distance de 1000 km de Malanville jusqu’à la zone de Ouinhi, ainsi que l’aménagement d’aires de pâturage estimées à 10 000 ha. « Aujourd’hui, nous en sommes à 1158,13 km déjà balisés. Nous étions obligés d’observer une flexibilité, parce que certaines communes n’étaient pas prévues. Elles ont été prises en compte en raison des conflits qu’il y a eus », a indiqué Dr Emile Godonou Toïgbé. « Après le traçage et le balisage, il est important de faire respecter le passage dans le couloir », insiste-t-il. De peur de voir les balises placées, emportées ou détruites, il propose alors un dialogue entre tous les acteurs. D’où l’intérêt du partenariat noué avec l’Association nationale des organisations professionnelles d’éleveurs de ruminants du Bénin (Anoper).
Un arrêté interministériel ayant été pris pour sécuriser tout ce que le projet a tracé, le coordonnateur du Pafilav demande aux maires de prendre également des arrêtés dans ce sens. Et c’est à ce niveau que les difficultés surviennent. Ne voulant pas déplaire aux agriculteurs, parce qu’ils sont les plus nombreux de leur électorat, la plupart des maires hésitent à prendre leurs responsabilités. Craignant d’être sanctionnés aux prochaines élections, ils préfèrent sacrifier les intérêts de leur commune au profit de leurs ambitions politiques. « A la date d’aujourd’hui, en dehors de ceux de Banikoara et de Pèrèrè, je ne connais pas un maire qui ait pris cet arrêté de manière très claire, pour dire je balise et déclare la zone, zone exclusive d’élevage », a déclaré Dr Emile Godonou Toïgbé. Une relance, a-t-il informé, est en train d’être préparée et va être transmise aux préfets, pour les instruire à l’effet de prendre l’arrêté attendu. « Les cartes indiquant pour chaque commune, où passent les couloirs, seront jointes à ces correspondances. Sur les 26 communes concernées, 16 ont déjà leurs cartes prêtes », a-t-il poursuivi, promettant d’impliquer davantage les préfets.
Quant au président de l’Anoper, Alfa Tidjani Aboubakar, il trouve plutôt qu’il faut aller à un niveau plus élevé. Il souhaite que le ministre de la Décentralisation soit saisi. Par rapport aux conflits qui naissent, il estime que les éleveurs et agriculteurs n’en ont pas besoin. « Ce sont des communautés qui vivaient ensemble depuis longtemps. C’est peut-être au Sud où les populations n’étaient pas trop habituées aux éleveurs, qu’ils sont récurrents», s’est-il défendu. « Le Togo profite déjà de la transhumance et pourquoi pas le Bénin ? », s’interroge le président Alfa Tidjani Aboubakar. Selon lui, il y a également des couloirs secondaires où on a besoin des maires. Aussi, propose-t-il un plaidoyer à leur endroit. Une démarche dont pourraient bien se passer certaines communes qui se sont rendues célèbres, grâce à la transhumance transfrontalière. Elles en tirent d’énormes ressources et sont même pressées de voir les animaux entrer sur leurs territoires?

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