La révision annoncée de la charte des partis politiques donne la trouille à certains acteurs politiques qui s’empressent de créer leurs mouvements ou partis politiques, avant l’effectivité de la réforme du système partisan au Bénin. Et pour cause !

Il ne se passe plus de week-end sans qu’on enregistre de nouveaux partis ou de mouvements politiques. C’est pratiquement à une course contre la montre qu’on assiste ces dernières semaines où des formations politiques naissent rapidement. La tendance qui s’est timidement signalée au cours du second semestre de l’année 2017 avec la naissance à Cotonou, le samedi 19 août dernier, de la coalition baptisée « Bénin en route » composée d’une centaine de partis, mouvements et personnalités politiques soutenant le chef de l’Etat, a amorcé ces dernières semaines une vitesse exponentielle.
Huit partis et mouvements politiques ont vu déjà le jour depuis le début de cette année 2018, en moins de cinq semaines. Le dernier des nouveau-nés a pour nom : Mouvement Laada créé le samedi 3 février dernier à Ouassa-Pèhunco par l’ancien député Victor Dangnon. Une semaine plus tôt, l’échiquier politique avait enregistré la création du parti « La lumière » de l’opérateur économique Paul Kéta. Et, le rendez-vous de ce week-end est déjà pris. Il est annoncé la transformation en parti politique de l’Alliance des forces cauris pour un Bénin émergent (Fcbe) qui avait soutenu l’ancien chef de l’Etat, Boni Yayi. Le congrès est prévu pour se tenir à Parakou le samedi 10 février prochain.
Avant l’alliance Fcbe qui se réclame aujourd’hui de l’opposition, c’est l’Union fait la Nation (Un) qui avait aussi annoncé les couleurs. Ce regroupement politique présidé par l’honorable Bruno Amoussou avait fait savoir sa volonté de fusionner les partis membres de l’alliance politique pour la muer en un véritable parti politique dans le courant de cette année 2018. L’information avait été donnée à Cotonou, le samedi 6 janvier dernier, à la faveur de la cérémonie de présentation des vœux des membres de l’Union fait la Nation à leur président Bruno Amoussou. D’ailleurs, cette cérémonie avait pour thème : « La réforme du système partisan : enjeux et perspectives ». Ce qui ne manquera pas de colorer davantage le tableau sombre de prolifération des partis politiques au Bénin. Et, selon les chiffres officiels de la direction générale des Affaires intérieures et des cultes du ministère de l’Intérieur et de la Sécurité publique, le Bénin compte, à la date du 12 décembre dernier, 236 partis politiques et 17 alliances politiques régulièrement enregistrés. Un nombre que d’aucuns qualifient, à tort ou à raison, de pléthorique et honteux pour ce petit pays peuplé d’à peine onze millions d’habitants.

Une réforme contraignante

Mais ces critiques ne disent apparemment rien aux politiciens qui en ont cure. Sinon l’on ne devrait plus enregistrer de naissance de parti ou de mouvement politique. Surtout que la réforme est en cours pour assainir le système partisan et relooker l’échiquier politique. Cet assainissement va permettre de mieux encadrer le secteur et de corser la procédure de création des partis politiques ; pour sonner l’avènement d’un système partisan de développement bénéficiant du financement public. La proposition de loi de la nouvelle charte politique est déjà sur la table des députés à l’Assemblée nationale. Il est prévu son examen et son vote avant la fin de la première session ordinaire de l’année 2018 qui s’ouvre dans la première quinzaine du mois d’avril prochain pour durer trois mois. L’article 21 du texte en étude fait par exemple obligation à un parti politique en création de disposer au moins de cent membres fondateurs par commune. Ce qui fait dix fois le quota actuel fixé à dix militants non pas par commune mais par département prévu dans la charte des partis politiques encore en vigueur. Les discussions dans les couloirs de l’hémicycle renseignent même que certains députés veulent amender cet article 21 de la proposition de loi pour hausser la barre de cent militants par commune. Ce qui témoigne clairement de la volonté des législateurs de mettre fin à la pagaille et nettoyer les écuries d’Augias pour un système partisan fort et crédible et qui rehausse la démocratie béninoise.
Il est donc clair que plus rien ne sera comme avant après la mise en vigueur de cette loi dès qu’elle sera votée. Il faudra dorénavant avoir les reins solides pour créer un parti politique au Bénin avec 1200 militants au moins comme membres fondateurs si le quota de 100 personnes par commune est maintenu. Il y a plusieurs autres dispositions très contraignantes dans la proposition de loi. A y voir de près, c’est ce que craignent des acteurs politiques qui se pressent pour porter sur les fonts baptismaux leurs partis avant l’adoption de cette loi curative. Parce qu’ils sont bien conscients qu’il leur sera très difficile de réaliser leur rêve après l’effectivité de la réforme sur le système partisan. Or, s’ils les créent maintenant, ils n’auront qu’à faire quelques réglages pour se conformer à la nouvelle loi, après bien évidemment une période de transition. C’est ce qui fait courir actuellement certains acteurs politiques qui cherchent à vite se positionner sur l’échiquier politique dans la perspective des prochaines élections législatives et se mettre à l’abri des contraintes de la prochaine charte. Il va sans dire que le mouvement de création tous azimuts des formations politiques ne s’arrêtera de sitôt. Il se poursuivra encore le temps que durera la mise en place de la nouvelle législation.

Évaluer cet élément
(3 Votes)
Lu 2771 fois