Le Parti du renouveau démocratique (Prd) est visiblement dans une dynamique de reprendre le contrôle de ses bastions traditionnels qui lui ont échappé. La configuration politique du bureau politique et du Haut conseil des sages, instance nouvellement créée, à l’issue du quatrième congrès ordinaire du parti tenu, les 1er et 2 décembre derniers à Porto-Novo, montre clairement que les positionnements n’ont pas été faits au hasard.

Le Parti du renouveau démocratique (Prd) se redonne une nouvelle santé politique. Il s’est requinqué à la faveur des travaux de son quatrième congrès ordinaire qui s’est déroulé les 1er et 2 décembre derniers à Porto-Novo. En témoigne la nouvelle configuration des instances dirigeantes du parti, notamment le bureau politique et le Haut conseil des sages composés désormais de sang neuf. Au-delà du rajeunissement et de la féminisation du Prd avec des jeunes et des femmes reconnus pour leur militantisme au sein du parti, force est de constater l’entrée au sein de ces organes politiques de plusieurs hommes ‘’nouveaux’’ capables d’huiler la machine et d’apporter de la plus-value politique sur le terrain. Il s’agit par exemple de l’ancien chef d’état-major général des Forces armées béninoises, le général Denis Gbessèmèhlan qui fait son entrée au sein du bureau politique du Prd et précisément au poste de vice-président. La promotion de ce digne fils d’Avrankou a été la révélation du congrès. Car jusque-là personne ne savait que l’officier à la retraite était membre du Prd. L’entrée dans le bureau politique de Denis Gbessèmèhlan est perçue par d’aucuns comme du sang neuf injecté à la section Prd d’Avrankou. Ce qui permettra inévitablement la reconquête de l’aire Tori avec de nouveaux hommes. En dehors de Denis Gbéssèmèhlan, il y a aussi le ministre de l’Energie, Jean-Claude Houssou, promu aussi premier vice-président. Cette ascension politique de ce militant Prd de la diaspora béninoise va indubitablement changer la donne à Porto-Novo surtout au quartier Zèbou dont est originaire le ministre. Lequel quartier est fortement convoité aujourd’hui par les éléments d’un ancien candidat à la présidentielle 2016 et qui a sérieusement éprouvé le cheval du Prd dans ses fiefs traditionnels, notamment dans l’Ouémé et environs. Et c’est en cela que la promotion du ministre Jean-Claude Houssou, fils du terroir, pourrait être salutaire pour le parti. Il y a aussi le cas de l’expert-comptable international Rouf Ahmadou Raïmi promu par le congrès au poste de président du Haut conseil des sages du parti. Un homme qui serait resté dans l’ombre et aurait œuvré avec le président Adrien Houngbédji à l’enracinement du parti depuis sa création, il y a plus de 25 ans. Rouf Ahmadou Raïmi est désormais mis au-devant de la scène politique. Il servira certainement de caution surtout pour l’électorat yoruba de Porto-Novo et environs.

Redonner espoir

Après Tori, Goun et Yoruba, l’électorat Wouémè n’a pas été du reste. Il a bénéficié aussi du sang neuf avec l’ascension du ministre chargé du Commerce, Joseph Ahissou, au poste de vice-président du nouveau bureau politique du parti. Le premier adjoint au maire de Dangbo, Emmanuel Voglozin, siège aussi depuis le quatrième congrès du parti au sein du bureau politique. Il aura à travailler pour refaire la santé politique du Prd dans cette région, jadis acquise au parti mais devenue une citadelle prenable depuis quelques années. Le Prd ne s’est pas arrêté seulement dans l’Ouémé. Il a tendu aussi ses tentacules dans le département du Plateau avec l’entrée au bureau politique du député de la 21e circonscription électorale, Joseph Bamigbadé, suppléant de l’ancien ministre François Abiola. C’est dire que le quatrième congrès ordinaire du Prd a été celui du resserrement des rangs du parti dans ses fiefs traditionnels aussi bien acquis ou perdus. Le parti a saisi l’occasion de ce congrès pour revoir son logo et le rendre plus attractif. Il s’est aussi doté d’un nouveau siège national mais encore en chantier et situé en plein cœur de Porto-Novo. L’ouvrage coûterait plusieurs dizaines de millions francs Cfa au parti. Le jeu en vaut vraiment la chandelle non seulement après plus d’un quart de siècle d’existence mais surtout au regard des enjeux des échéances électorales à venir dont les législatives de 2019. « En réunissant ce quatrième congrès ordinaire ici, nous avons voulu rendre hommage à la ville, capitale du Bénin, notre fief, qui, un quart de siècle durant, nous a toujours accordé sa confiance. Les événements d’avril 2015 ont été une fausse note, une exception qui confirme la règle, la règle de l’osmose entre un peuple et un parti », précise Me Adrien Houngbédji dans son discours d’ouverture du congrès. Selon lui, ce congrès vient pour redonner confiance aux militants, renouveler et renforcer le pacte politique qui lie le parti à Porto-Novo et à ses environs. « C’est ici notre base électorale, c’est ici que nous comptons le plus grand nombre de députés, de maires, de conseillers municipaux et de chefs quartiers. On dit souvent, non sans raison, qu’à Porto-Novo, le Prd est une religion. Eh bien, désormais, cette religion a un temple : ce temple, c’est le siège national flambant neuf de notre parti », déclare le président Adrien Houngbédji pour montrer qu’il tient à Porto-Novo comme à la prunelle de ses yeux. C’est d’ailleurs à juste titre que le parti sort la grande artillerie pour tenter de reprendre la main dans ses fiefs naturels afin de ne pas se mordre les doigts, à l’arrivée, face à des adversaires politiques très redoutables et qui ne comptent pas lui faire de cadeau en son temps. Il faut faire les choses avec parcimonie pour que les résultats soient au rendez-vous. Pourvu que les fruits tiennent la promesse des fleurs, surtout face à des adversaires politiques qui ne se laisseraient pas aussi faire et disposent de plusieurs tours dans leurs sacs. La politique, c’est surtout une question de rapport de forces.

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