Les sondages l’avaient prévu. Alors que les Socialistes et les Républicains vont régler leurs comptes, les deux qualifiés devront rassembler autour de leur nom.

On sentait que cette élection ne ressemblerait à aucune autre. Mais les sondages s’étaient tellement trompés, au Royaume Uni, puis aux États-Unis, qu’il fallait bien attendre le verdict des urnes. On n’est pas déçu. Ce n’est pas un coup de balai, c’est un cyclone. Les deux partis qui ont gouverné depuis le début de la Vème République sont éliminés de l’élection présidentielle dès le premier tour. Les Français ont choisi le renouvellement.

En cela, il y a une convergence entre les électeurs d’Emmanuel Macron et ceux de Marine Le Pen : un désaveu de "l’UMPS". Le résultat de ce scrutin appelle d’abord à une mobilisation contre un parti extrémiste qualifié pour la deuxième fois en 15 ans pour le deuxième tour. Même si ce résultat était annoncé par tous les sondages depuis des mois, on aurait tort de le banaliser.

Il appelle d’abord un rassemblement contre l’extrême droite. Chez les perdants, à de très rares exceptions, tous les dirigeants des Républicains et du Parti socialiste ont clairement appelé à voter pour Emmanuel Macron. Chez les "Insoumis", dont le leader Jean-Luc Mélenchon obtient un résultat exceptionnel, l’hésitation est à son paroxysme.

Ce qui est inédit, c’est la fragmentation de la France entre quatre forces pesant entre 20 et 25 % des voix et qui n’ont aucun allié naturel. Or ce sont les élections législatives qui décideront de l’orientation de la politique du pays dans les cinq prochaines années. Et dans le système majoritaire qui est le nôtre, pour atteindre une majorité, il faut des alliés. Il appartiendra au futur président de la République de créer les conditions du rassemblement. Une entreprise qui promet d’être chaotique et semée d’embûches.

Il trouvera sur son chemin des ralliements, mais aussi des chausse-trappes.
Car les deux partis de gouvernement n’ont pas (encore) complètement disparu. La menace est plus immédiate pour le Parti socialiste qui touche littéralement le fond. Il était en réanimation et va connaitre une terrible hémorragie.

La situation est un peu moins critique pour les Républicains qui ont soutenu jusqu’au bout un candidat disqualifié moralement par sa mise en examen. Ils auront un peu moins de mal à se trouver un nouveau chef pour conduire la campagne des législatives. Tout est possible, du retour de Nicolas Sarkozy qui mettrait en avant son statut d’ancien président à un affrontement entre les quadragénaires et les quinquagénaires du mouvement.

Au traditionnel clivage droite/gauche, les électeurs ont substitué un monde politique dans lequel s’affronteront deux visions du monde. L’une ouverte sur l’Europe et confiante dans la mondialisation (en tentant, espérons-le, d’en corriger les défauts et les injustices), et une autre, repliée sur l’Hexagone et une conception étriquée de l’identité nationale.

Si Emmanuel Macron l'emporte, il aura, comme tout président nouvellement élu, toutes les cartes en mains et une responsabilité historique de réussir le rassemblement qu’exige cette recomposition. Au soir du 7 mai prochain, il pourrait fort bien répéter ces mots de François Mitterrand le 10 mai 1981 : "Quelle histoire !" 

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