Le président du Conseil régional de l’épargne publique et des marchés financiers, Mamadou Ndiaye, déclare que l’ambition de son institution est de vulgariser l’éducation boursière. C’était à l’occasion d’une journée d’information et de sensibilisation à Cotonou, jeudi 19 juillet dernier, sur le marché financier de l’Union monétaire ouest-africaine à l’intention des étudiants qui, selon lui, sont des relais extrêmement importants. Car, ils sont dans un milieu propice pour discuter de ces problématiques et se préparer à l’exercice de ce métier.

La Nation : Monsieur le président du Conseil régional de l’épargne publique et des marchés financiers, vous avez retenu le Bénin pour organiser une séance d’information et de sensibilisation sur le marché financier de l’Union monétaire ouest-africaine. Pourquoi avoir choisi les étudiants ?

Mamadou Ndiaye : Il faut juste préciser que nous sommes au Bénin pour tenir notre session statutaire qui vient de s’achever et nous en avons profité pour avoir cette journée de sensibilisation à l’instar des expériences que nous avons eues au Burkina Faso et au Sénégal. Nous sommes un organe de l’Union monétaire ouest-africaine (Umoa), chargé d’assurer la régulation du marché financier qui, actuellement, nous pensons, est un problème du point de vue public. Et c’est pour justement améliorer l’éducation financière, la culture boursière que nous avons décidé, depuis quelques mois en marge de nos sessions, d’organiser des journées de sensibilisation surtout à l’endroit des étudiants des universités et écoles de commerce. Donc, c’est pour les sensibiliser sur le marché financier régional, son fonctionnement, ses produits et les opportunités qu’il présente. C’est la raison pour laquelle après les deux étapes de Ouagadougou et de Dakar, nous sommes à Cotonou au Bénin pour échanger avec les étudiants sur cette problématique. Il faut préciser également que nous avons engagé des réformes et que ces réformes vont complètement changer la configuration du marché financier régional. Les étudiants des écoles de commerce et des universités sont les futurs cadres comme je l’ai dit tantôt professionnels du secteur et nous entendons échanger avec eux, les préparer à l’exercice de ce métier d’ici quelques années.

Pour le citoyen lambda qui veut avoir une idée sur le marché financier régional, qu’est-ce qu’il peut y comprendre ?

Il faut comprendre que le marché financier, c’est un segment du système financier. Le système financier comprend plusieurs segments dont le système bancaire, les établissements de crédits financiers, la microfinance, et le secteur des assurances. Mais, chaque segment a une particularité. Celle du marché financier est qu’il permet de lever des ressources, c’est-à-dire d’emprunter des sommes importantes sur une longue période. Si vous voulez financer une route, si vous voulez financer des hôpitaux, des investissements qui vont durer plusieurs années et qui nécessitent des centaines de milliards, ce n’est pas une banque qui va vous les prêter. La banque est juste là pour accompagner. Mais si vous voulez aller sur une longue période et financer des investissements, c’est des ressources appropriées dont vous avez besoin. Donc le marché financier permet justement de pouvoir mobiliser ces ressources. Vous voyez le cas des Etats, le représentant du ministre de l’Economie et des Finances a tantôt parlé de l’emprunt public du Trésor qui a été émis récemment au Bénin et qui a permis de mobiliser soixante-deux milliards de francs Cfa. La particularité du marché financier c’est cela, c’est la durée mais également le taux. Le coût de financement peut être plus faible, parce que c’est des taux de 6,5%, 5% et sur une longue période donc ça vient compléter les financements bancaires mais également les financements basés sur les microfinances.

Cette fois, vous avez choisi comme cible les étudiants et vous avez expliqué qu’à la fin de leurs études, qu’ils puissent réellement se préparer à diriger. On sait que les opérateurs économiques sont très importants sur le marché financier. Alors pourquoi n’avoir pas pris en compte les opérateurs économiques pour cette journée?

Le tour des opérateurs économiques à venir. C’est en perspective. Il faut dire que cette action, c’est les premières actions de communication et comme j’ai dit tantôt, nous voulons vulgariser l’éducation boursière. Nous pensons que les étudiants sont des relais extrêmement importants. Ils sont dans un milieu propice pour discuter de ces problématiques et se préparer à l’exercice de ce métier. Bien entendu, les autres structures du marché travaillent à cet exercice de vulgarisation. Les Sociétés de gestion et d’intermédiation (Sgi) le font, même le Conseil régional a un programme de communication beaucoup plus ambitieux qui va toucher, qui va brasser plus large. Dans un premier temps, nous avons pensé plus opportun de commencer par cette cible spécifique que sont les étudiants. Mais le programme de communication et de sensibilisation s’adresse à l’ensemble des acteurs du marché financier, surtout aux opérateurs économiques et au grand public. Parce qu’aujourd’hui, ce que nous déplorons, c’est que nous pouvons mobiliser suffisamment de parts si les agents économiques, ceux qui détiennent les parts sont mieux sensibilisés sur les opportunités que porte le marché financier. Même vous, en tant que journaliste, vous devez pouvoir bénéficier des opportunités du marché financier pourvu que vous ayez l’information pertinente. Vous avez entendu le directeur de cabinet le dire « l’information est capitale dans un marché financier ». Vous avez la bonne information, vous faites des placements qui vont vous permettre d’engranger des gains. Mais si vous voulez également recouvrer votre épargne, si vous avez la bonne information, vous pouvez faire cette transaction très facilement. Aujourd’hui, le marché financier n’est pas exploité jusqu’à son potentiel le plus important.

Vous avez sans doute choisi le Bénin à dessein, puisque récemment il y a une publication de l’agence américaine Standard and Poor’s donnant la note B+ au Bénin. Quelle est votre appréciation par rapport à cette nouvelle ?

Je dois avouer que c’est une très bonne nouvelle. Sur le marché financier, vous vous adressez à des investisseurs qui placent l’argent qu’ils vous prêtent. Quand vous prêtez à quelqu’un, vous le faites parce qu’il est fiable. Vous donnez de crédit à quelqu’un parce qu’il est solvable. La notation, c’est la traduction de la qualité de la signature de l’émetteur. Si l’Etat béninois, je l’ai appris hier (mercredi 18 juillet) à travers le journal télévisé, a eu cette note, c’est une excellente nouvelle. Cela signifie que vous avez un cadre économique qui est satisfaisant, un taux de croissance supérieur à 6%, donc une stabilité et des perspectives très intéressantes. Vous avez une bonne signature d’une agence de notation de dimension internationale, ça crédibilise l’émetteur. Mais, même avant cette notation les opérations que le Trésor public béninois a eu à faire se sont bien déroulées. Vous cherchez soixante milliards de francs Cfa, vous obtenez soixante-deux milliards. Si vous avez une notation, ça renforce donc la qualité de votre signature et ça vous permet de solliciter davantage le marché financier. Nous souhaitons actuellement que les Etats profitent justement de ces programmes de politique économique qu’ils ont tous engagés pour exploiter au maximum les potentialités qu’offre le marché financier. Et nous pensons que cette notation qui vient à point nommé permettra, bien entendu, au gouvernement de pouvoir réaliser tous les investissements prévus dans son Programme d’action. Je crois que c’est une excellente nouvelle, que nous saluons et nous souhaitons justement que les autorités béninoises utilisent cette nouvelle notation pour venir sur le marché financier afin de lever les ressources dont elles ont besoin pour accompagner le développement de leur Etat.

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