Le dernier volume du rapport Africa’s Pulse, publié, il y a quelques jours, révèle une inquiétude sur le rythme de l’endettement dans la région Afrique subsaharienne et note une discordance entre la maturité des nouveaux emprunts et les investissements publics.

Le rapport Africa’s pulse volume 17 d’avril 2018 note la reprise de la croissance en Afrique subsaharienne. Cette relance des économies de la région devrait remonter à 3,1 % en 2018, et s’établir à 3,5 % en moyenne en 2019 et à 3,7 % en 2020. En 2017, le taux de croissance était de 2,6 % et chute à 1,5 % en 2016. Cette reprise cache une augmentation de la dette publique qui a touché toutes les catégories de pays. Mais, son évolution s’est avérée plus préoccupante. 

Le rapport note que les ratios de la dette publique ont augmenté dans certains petits pays à des niveaux proches des 100% du Pib et parfois dépassant ce taux à fin 2016.
Albert Zeufack, économiste en chef de la Banque mondiale pour la Région Afrique, reconnaît l’importance du recours à la dette pour investir et favoriser la création d’emplois pour les populations. « L’accès aux marchés financiers internationaux permet aux pays émetteurs de pallier une épargne très faible, d’emprunter rapidement de gros volumes et de diversifier la clientèle d’investisseurs », dit-il. En revanche, il s’inquiète du rythme de l’endettement dans la région. « Lorsque le rythme de l’endettement est effréné, cela pose un problème de soutenabilité, parce qu’il faut que ces investissements aient le temps de rembourser cette dette », sonne-t-il.
Pour M. Zeufack, les risques liés à la soutenabilité de la dette dans la région ont considérablement augmenté au cours des dernières années. Il cite 18 pays présentant un risque élevé de surendettement fin 2017, contre 7 en 2013, quand bien même le rapport reconnaît que les niveaux d’endettement restent significativement inférieurs à ceux d’avant l’Initiative d’allégement de la dette multilatérale (Iadm) aux Pays pauvres très endettés (Ppte).

Déterminants de l’endettement public

L’accélération de l’encours de la dette en Afrique subsaharienne est intervenue, selon M. Zeufack, à partir de 2013 où les cours des matières premières se sont effondrés, provoquant un ralentissement de la croissance économique. Ce qui, dit-il a provoqué une augmentation du déficit public et la dépréciation du taux de change, en particulier dans les pays exportateurs de produits de base. « Ceux-ci ont subi une dépréciation de leurs taux de change ainsi qu’une chute des prix des produits de base, pesant lourdement sur le service et le remboursement de la dette libellée en devises », indique le rapport.
Aussi, le rapport constate-t-il une discordance entre la maturité des nouveaux emprunts et les investissements. Les rédacteurs notent que la majorité des emprunts émis sur les marchés internationaux commencera à arriver à échéance en 2021. « Cela représente un volume important de l’encours de la dette », avertit Albert Zeufack, ajoutant que « l’importance des remboursements représente un risque sérieux de refinancement pour la région ».
« Cela pose un problème fondamental au niveau des politiques budgétaires : la gestion des recettes et dépenses publiques », alarme Albert Zeufack poursuivant que si les pays avaient pu mener une politique budgétaire contre cyclique, l’endettement rapide aurait pu être évité. C’est pourquoi, il suggère aux pays de renforcer les réformes qui permettront une croissance rapide des économies pour faire face aux services de la dette.

Améliorer le cadre et l’environnement de l’investissement

L’accélération des emprunts reste une source de préoccupation. Pour enrayer cette évolution, le volume 17 du rapport Africa’s pulse d’avril 2018 souligne qu’il est impératif de réduire les déséquilibres budgétaires, de maintenir une croissance économique forte, et d’assurer une gestion efficace et prudente de la dette publique.
M. Zeufack indique la nécessité pour les États d’accélérer les réformes et approfondir celles structurelles pour améliorer le cadre et l’environnement d’investissement, de permettre au secteur privé de créer des emplois et de diversifier les économies pour les rendre plus résilientes. Ce qui implique également une extension de l’assiette fiscale à ceux qui sont en mesure de payer l’impôt, mais qui ne le font pas. L’extension de la base de l’assiette fiscale implique aussi « de regarder dans les directions nouvelles telles que les taxes immobilières ou les taxes foncières qui sont certainement plus justed que les impôts sur la consommation », suggère-t-il en indiquant des opportunités de mobilisation de ressources.
Pour mieux gérer la dette, la Banque mondiale conseille aux États de mettre en œuvre des politiques de gestion budgétaire stricte qui mettent l’accent sur l’efficience de la dépense aux fins de mieux cerner les dépenses publiques, de renforcer la mobilisation des ressources internes. M. Zeufack préconise par ailleurs une politique budgétaire contre cyclique. Il insiste pour que les gouvernements dégagent un espace fiscal suffisant pour que les pays continuent d’investir sur fonds propres sur les infrastructures, sur l’éducation et la santé.

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