La décision du Conseil des ministres du 2 août dernier de lever la mesure d’auto-suspension de l’exportation de l’ananas vers le marché européen fait jubiler les producteurs et exportateurs locaux. Les nouvelles mesures prises par les autorités donnent les gages d’un meilleur contrôle de la qualité du produit à l’export.

La levée de la mesure d’auto-suspension de l’exportation de l’ananas vers l’Union européenne est pour Cyrille Gbovidémlan, un réel soulagement. Producteur d’ananas dans la commune de Toffo, la mesure de suspension lui a créé des pertes de recettes importantes, d’autant que les 23 hectares de Cayenne lisse qu’il produit sont exclusivement tournés vers le marché européen. «Avec la suspension, j’ai dû me reporter sur des exportateurs du Nigéria. Cela m’a créé des manques à gagner importants parce que je suis obligé de livrer une parcelle de pieds d’ananas entre 430 et 460.000 contre plus de 700.000 F Cfa pour les clients qui exportent vers l’Europe ». Du 15 décembre 2016, date de la suspension des exportations à ce jour, il confie avoir enregistré une chute de 40% de son chiffre d’affaires.
La décision de l’auto-suspension est consécutive à l’ambition du Gouvernement d’aider les exportateurs à se conformer aux normes européennes en matière de limitation maximale des résidus d’éthéphon dans l’ananas béninois. A la suite d’un diagnostic réalisé début janvier, un plan d’action prioritaire a été concocté. Ce plan comporte, entre autres actions, le recensement par l’Agence béninoise de sécurité sanitaire des aliments (Abssa) des exportateurs d’ananas, le renforcement des capacités du personnel du Laboratoire central de sécurité sanitaire des aliments (Lcssa), la confection d’un guide d’inspection des lots d’ananas. « Le Lcssa est aujourd’hui capable de réaliser les analyses appropriées, de fournir les résultats d’analyses en 48 heures et de faire des tests d’inter-comparaison avec d’autres laboratoires sur des échantillons d’ananas éthrélé. Nous disposons également d’un pool d’inspection à l’aéroport et dédié à l’inspection avant embarquement », confie un cadre du ministère en charge de l’Agriculture. Le nouveau dispositif permet désormais un contrôle rigoureux en matière de respect des normes prescrites sur le traitement de l’éthéphon. Désormais, tout embarquement d’ananas à l’aéroport international de Cotonou est subordonné à la présentation d’un certificat sanitaire et d’un certificat phytosanitaire portant la signature de l’inspecteur habilité et le cachet officiel de validation de l’Agence béninoise de sécurité sanitaire des aliments (Abssa).
Au niveau des champs, les producteurs ont été sensibilisés à un nouvel itinéraire technique pour la production de l’ananas à l’export et à l’abandon des engrais habituels. « Il a été dit qu’il faut désormais des engrais spécifiques pour l’ananas pour pouvoir accéder à la certification. Mais la balle est dans le camp du Gouvernement qui doit nous y aider», conclut Cyrille Gbovidémlan.
Environ 2% de l’ananas produit au Bénin sont exportés vers le marché européen contre 40% d’exportation vers le Nigéria et 35% en consommation locale. La production annuelle est estimée aujourd’hui à plus de 200. 000 tonnes?

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