Le Bénin s’est singularisé au plan artistique, il y a quelques années, en innovant autour des sculptures vivantes. Forme d’expression artistique très peu en vogue, cette méthode exploitée particulièrement par Laudamus Sègbo, a suscité diverses réactions. On la croyait conjuguée au passé, mais elle revient encore avec beaucoup d’innovations.

«On ne peut pas dire que ceux qui se badigeonnent le corps et se mettent en spectacle sur fond de mendicité à l’occasion des manifestations publiques ou privées font de l’art. J’y vois plutôt une manière d’amuser la galerie qui vire sur la publicité.» Fresnel Adilèhou est formel. Pour avoir, il y a quelques années, travaillé aux côtés de certains artistes qui excellaient dans les sculptures vivantes, il s’oppose au fait que l’on mélange ces deux genres qui, même s’ils affichent des points de similitude, sont loin d’appartenir au même registre. Celui-ci nuance, expliquant qu’il s’agit avec ces «publicistes» d’utiliser le corps à des fins définies par eux. L’artiste ou le plasticien, de son côté, martèle-t-il, utilise certes la même matière (le corps humain), mais pas pour la même finalité. Ici, fait observer Fresnel Adilèhou, il est question d’art, de sculpture et le produit présenté par l’artiste doit révéler ces aspects. «Le corps sert de support à une sculpture qui vit, peut prendre des formes variées et passer des messages», retient-il par ailleurs. Et contrairement au travail des publicistes, il n’est pas forcément question ici de passer de la peinture ou autre sur le corps. Le sujet ou modèle peut être simplement habillé pour illustrer l’artistique. Il est être même dénudé. En effet, c’est là aussi l’une des particularités de cette forme d’expression artistique et il n’est rare de voir les artistes présenter des modèles à poils, ou à peine vêtus. Tout ceci est fonction du message à véhiculer.

La valeur du corps

«Le fait que le corps, ses gestes et ses attitudes, modèlent l’œuvre, transforment cette dernière en un processus dans lequel le temps joue un rôle sur le caractère d’objet temporel. Ce n’est pas seulement notre perception visuelle qui a une valeur mais le corps qui a un sens et une signification. L’utilisation du tissu, matière malléable qui a certes une configuration mais qui est aussi façonnée suivant les actions de l’artiste, permet un retour au point de départ, où rien n’a de forme et où tout commence à se former. Des formes qui ne cessent de prendre forme, toujours inventées et réinventées», commente un expert. Cette perception de la chose n’a pas toujours été acceptée par le public, notamment béninois. Les premières sculptures vivantes présentées sous nos cieux ont suscité diverses réactions. En dehors des initiés et des observateurs habitués à la chose culturelle, qui n’ont eu aucun mal à s’adapter et se familiariser avec cette innovation, d’autres y ont vu une «tendance qui glisse vers la perversion». Ces appréciations ont été faites surtout par rapport à certaines présentations de l’artiste Laudamus Sègbo. Peintre du nu, les premières présentations faites par lui étaient osées. Réalisées pour la plupart sur des modèles féminins, elles donnaient souvent à découvrir de belles nudités. C’est donc avec une sorte de curiosité qu’elles ont été accueillies puis adoptées. Mais avec le temps, l’artiste a disparu avec ses œuvres, replongeant dans la réalisation des toiles.

Le come-back de l’«audacieux»

La version améliorée et actualisée des sculptures vivantes sera au devant de la scène dans les prochaines semaines. Après avoir roulé sa bosse dans la production cinématographique, Laudamus Sègbo, semble-t-il, retrouve ses premiers instincts, ou plutôt son réflexe nudiste. Après s’être écarté des sculptures vivantes, en raison de la «prostitution» qui avait envahi cette sorte d’expression artistique, l’homme signe en effet son retour avec une cinquantaine de modèles qui seront présentés sous diverses formes et variantes dans les prochaines semaines. Le casting est très avancé, nous a-t-il confessé hier. «J’ai fini les 5 ans de silence que je me suis imposé et je suis prêt pour une nouvelle performance», rassure par ailleurs le plasticien. L’avant-goût de ladite performance laisse entrevoir que son rendez-vous s’apparentera à une rencontre exotique. Le public en aura donc pour son émotion et pour ses yeux.

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