En pays bariba, la Gaani est un passage annuel obligé. C’est la fête que tous guettent. Une fête lunaire (les dates sont fixées par le roi en fonction de la position de la lune). Nikki en est le cœur. Elle mobilise tous les fils de la commune, et même ceux des localités environnantes, certains arrivant même de l’étranger.

Elle se déroule généralement en deux jours. Le premier, consacré au parcours rituel qu’effectue le roi à travers le royaume, avant de recevoir allégeance des princes et princesses. Au deuxième jour dit de la Kayessi, ceux-ci sont rasés et reçoivent un nom de baptême. Le cérémonial est haut en couleurs et constitue, en soi, un événement. Mais l’on peut aussi apprécier le tambour sacré et les trompettes, qu’il revient à une seule famille ici, les Toufaroukpè, de manier.

De même que la parade des chevaux est intéressante à voir. Autant d’atouts qui font de la Gaani, un rendez-vous incontournable. L’édition de cette a connu son point d'orgue le 03 janvier dernier. Mais pour donner une grande dimension à cette fête culturelle et cultuelle, « il faudra sans doute penser à intensifier la communication autour, et relever le défi de la réalisation d’infrastructures hôtelières », estime Biba Maboudou Kankoumè, princesse du royaume (son nom de baptême étant Manou) et chef service Communication, Information et Documentation à la mairie de Nikki.

Sanni Adamou, chargé des Affaires culturelles à la même mairie pense comme elle que pour soutenir la Gaani et en renforcer l’attrait touristique, les infrastructures hôtelières sont une nécessité absolue. La mairie avait même donné des opportunités aux opérateurs économiques afin qu’ils viennent acquérir des domaines à cette fin, mais cela n’a pas encore pris ; en dépit des 20ha de terre mise à la disposition de la cour royale. Pourtant, il urge que la Gaani, grâce à ces infrastructures de soutien, acquière une nouvelle dimension. En effet, la Maison de la Gaani, achevée en 2006, et qui devient, le temps de la fête, un dortoir pour les forains et les touristes, n’a ni cette vocation, ni la capacité d’accueillir tout le monde.

Sa salle de spectacle de 480 places assises, ses six bureaux de 16m2 chacun, sont pris d’assaut par ceux qui ne peuvent pas dormir dans les écoles et autres lieux de fortune. Pour qu’elle remplisse cette fonction, il faut bien qu’elle soit entretenue. Or, explique Sanni Adamou, « nous avons constaté que c’est seulement à l’occasion de la Gaani que la Maison est animée ». C’est pourquoi la mairie a autorisé une ONG à s’y installer et à assurer l’entretien du site. Un site qui dispose d’une bibliothèque, «mais très peu fréquentée» déplore le chargé des Affaires culturelles de la mairie. Ce n’est pas le cas de la salle informatique équipée grâce au ministère en charge de la Culture et du Tourisme, mais qui ne dispose pas de connexion internet, et qui est très sollicitée pendant les vacances.

Une maison qui ne tourne pas

La Maison de la Gaani ne tournant pas à plein régime, elle ne génère pas de ressources à la ville. Cela pourrait changer si l’ambition d’en faire aussi un centre de promotion artisanale porte ses fruits. Autrement, ce n’est qu’à l’occasion de la fête proprement dite que la mairie perçoit les droits de place auprès des forains, ce qui lui a rapporté, en 2014, près de 3.000.000FCFA indique Sanni Adamou. La mairie qui n’organise donc que l’aspect administratif de la fête, le culturel et le cultuel étant la chasse gardée de la cour royale. Mais si le volet touristique est mieux cerné et pris en compte, projette le chargé des Affaires culturelles à la mairie de Nikki, le rôle d’autorité municipale pourrait être plus accru.

En attendant, le Collectif des jeunes pour le développement de la commune de Nikki (JCN), s’emploie depuis quatre ans à agrémenter la fête d’un championnat intercommunal de football de la Gaani. Pour celle de janvier dernier, il projette, informe Mohamed Adam Soulé, un de ses responsables, un tissu est imprimé à l’effigie du roi; aussi il y a eu l'organisation d'un séminaire autour de la culture béninoise, des concerts, ou encore la promotion des visites guidées vers les sites historiques…

Minutieuse préparation

Mais la Gaani, c’est une préparation minutieuse. Le catalogue ‘’Nikki la Majestueuse Gaani’’, édité par la Fondation royale de Nikki-Bénin, renseigne bien à ce propos. Il suggère que « la Gaani se prépare à partir du 2ème mois du calendrier baatonu appelé Donkon wonnon et qui a pris le nom de Gaani Gobi Kasso (ou mois de recherche du financement de la Gaani). Durant ce mois, le roi entreprend des tournées dans le royaume pour solliciter les contributions de ses chefs provinciaux (NDLR : Il ne le fait plus forcément en personne). Les chefs provinciaux, à leur tour, prennent des dispositions pour bien préparer cette rencontre annuelle et se faire remarquer parmi les plus méritants… ».

Une semaine avant les festivités, on note une intense activité des personnalités de la zone centrale du royaume, la prise de mesures pour l’ordre et la sécurité, la veille, pour éviter qu’il pleuve, pour perturber les cérémonies, les sacrifices et cérémonies nécessaires dits Kangui sont faits à cette fin. «Mais il est déjà arrivé que la fête se tienne par temps de pluie, notamment l’année de mon rasage en 1998 » se souvient Naguiba, princesse du royaume. Enfin, à la veille de la fête, les tambours sacrés et les trompettes royales du souverain (le Sinboko) sont mis en place dans la cour du palais…

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