Le secteur du tourisme au Bénin, est, vante-t-on au ministère de la Culture, de l’Artisanat, de l’Alphabétisation et du Tourisme (MCAAT) promis à un rôle moteur dans le développement économique du Bénin. Du coup, on attend de lui de grandes retombées. Une ambition qui oblige à lui impulser une nouvelle dynamique.

Pour le moment, bien que le tourisme constitue avec l’artisanat et la culture, le 5ème pôle de développement du Bénin, «nous faisons la politique des moyens que nous avons», constate El-Kir Moudachirou Babio, conscient que «des goulots d’étranglement restent à lever». Pour lui, le secteur paraît encore diffus et pas suffisamment perçu. Le transport, le guidage et la restauration devraient y être intégrés par exemple, mais se retrouvent ailleurs au niveau des agrégats économiques. Le directeur du Développement et de la Promotion touristique pense qu’il faut tenir compte du contexte socioculturel pour promouvoir le tourisme intérieur, avec un rôle de premier plan pour les communes.

Celles-ci, comme à Kandi ou à Bohicon, se plaignent de ne pas disposer d’assez de ressources. Promouvoir le tourisme intérieur, c’est ce qu’entend réaliser l’agence Mamou Voyages qui a lancé le programme « A la découverte du Bénin» depuis quelques mois. Mais l’initiative prend timidement, nous a-t-on expliqué à son antenne de Parakou; les populations venant généralement, pour le moment, s’informer des tenants et aboutissants du programme, même si à Cotonou, des colonies ont été organisées en direction du nord, notamment pour les meilleurs élèves admis aux différents examens. Mais si les populations marquent le pas, ce n’est pas toujours faute d’envie.

Peu d'engouement

«Comment dépenser plus de cent mille, ou deux cents mille pour une expédition touristique de cinq jours à peine, connaissant le pouvoir d’achat du Béninois?», s’étonne Karimou Agani, salarié qui se réclame de la classe moyenne. «Cela représente bien une petite fortune, qui pourrait être utilement investie dans une autre cause», renchérit Madinath Amoussa, qui se verrait «plutôt doper son fonds de commerce d’alimentation générale à Parakou, plutôt que de se livrer à ce gaspillage». De fait, on comprend pourquoi le programme, aussitôt lancé, n’a pas suscité l’engouement escompté. Mais à Mamou Voyages, on a foi, qu’à terme, ce programme va connaître un intérêt certain de la part des populations.

«En attendant, les agences de voyages et de tourisme ne vivent, en réalité, que de la billetterie», lâche Elodie D., gestionnaire d’une de ces agences à Cotonou. Qui pointe du doigt « la faiblesse de la règlementation sur le tourisme», invitant «l’Etat à mettre en place un cadre incitatif pour amener les privés à s’y lancer réellement». El-Kir Moudachirou Babio concède ce besoin de règlementation hardie, confessant que «pour le moment chacun fait ce qu’il veut».

Cette règlementation permettra au secteur qui «commence à bien se porter, de se porter davantage mieux». Et si le Bénin veut vraiment tirer parti de son secteur tourisme, il n’a pas d’autre choix, semble dire le directeur du Développement et de la Promotion touristiques pour qui «il faut comprendre que ce secteur est un infuseur de développement et une niche de ressources où le produit d’exploitation n’est pas exporté». Selon les statistiques de l’Organisation mondiale du Tourisme (OMT), démontre-t-il, derrière chaque personne qui voyage, il y en a dix-sept (17) qui travaillent. C’est dire que le potentiel est énorme en termes de création d’emplois et de promotion de la croissance économique.

Or, relève-t-il, «le Bénin jouit de trois atouts majeurs pour dynamiser son tourisme:balnéaire, culturel et naturel». Reste maintenant à réorganiser et schématiser le secteur pour en faire un réel moyen de développement local; la stabilité dont jouit le pays étant un ingrédient fondamental. D’ici là, à ceux qui se plaignent de la cherté des prix dans le cadre du tourisme intérieur qui reste cependant à développer, El-Kir Moudachirou Babio oppose que «ce que nous gaspillons dans les cérémonies mortuaires, nous pourrions l’orienter vers le tourisme».

Quand le terrorisme nuit...

Bien que n’étant pas affecté directement par la vague de terrorisme qui secoue le monde, et la sous-région ouest africaine, notamment le Nigeria, le Bénin semble payer un lourd tribut à ce phénomène. Ses effets induits se ressentent ainsi sur les chiffres du tourisme. En réalité, si les statistiques évoquées supra incitent à l’optimisme, il y a aussi qu’elles sont menacées. Car, ces chiffres constants cachent le fait, préoccupant s’il en est, que les arrivées internationales aient baissé de 18% en 2012 ; le gap n’étant comblé que par les arrivées intra-régionales, souligne El-Kir Moudachirou Babio.

Tendance confirmée par Arimi Soglo, guide sur le site archéologique et touristique d’Agongointo, qui observe que «les arrivées d’étrangers ont baissé» et impute directement cette tendance baissière «au terrorisme» et, depuis peu, «à Ebola». Tout ceci conforte bien dans l’idée qu’un accent particulier doit être mis sur le développement du tourisme intérieur. A ce propos, «un leadership fort doit se manifester de la part du gouvernement, ou de grands promoteurs privés à l’instar d’Atouts France en France, pour impulser une dynamique irrésistible à cette branche du tourisme. On assisterait ainsi à des vagues de colonies traversant le pays de part en part, toute l’année et particulièrement pendant les congés et vacances scolaires», analyse un observateur.

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