La situation des bibliothèques dans les collèges d’enseignement général publics laisse à désirer et interpelle la conscience collective. Ces centres de lecture qui, jadis, étaient des lieux par excellence de recherches pour beaucoup sont aujourd’hui dépourvus de manuels, de personnel et mal entretenus.

« Quelle bibliothèque ? Est-ce que nos établissements publics au Bénin disposent encore de bibliothèques ? », a lâché le directeur du collège d’enseignement général de Gbégamey lorsque la question lui a été adressée sur le fonctionnement de la bibliothèque de son collège. Nicolas Hountondji a en effet eu cette réaction spontanée, au regard de ses expériences dans d’autres établissements et de ce qu’il vit présentement au Ceg Gbégamey. « Depuis que la dernière bibliothécaire est décédée, la salle est restée fermée », fait-il savoir, tout en décrivant l’état actuel du centre qui abandonné dans la poussière avec de vieux documents indignes d’une bibliothèque sérieuse. Nicolas Hountondji se désole de l’état dans lequel végète la bibliothèque malgré ses nombreuses notes adressées au ministère de tutelle et restées sans suite. Le premier responsable de cet établissement public a non seulement fustigé le défaut d’entretien de ces centres de lecture et de recherche qui manquent cruellement de manuels, mais également relevé le problème de profil des agents qui est loin de la norme. « Les bibliothécaires sont formés normalement à l’Ecole nationale d’administration et de magistrature (Enam), mais ceux que nous recevons d’habitude n’ont aucune formation en la matière », précise-t-il. Il explique qu’ils sont soit des professeurs parachutés dans les bibliothèques, soit des parents et amis dépourvus de tout diplôme académique et qui savent prononcer à peine une phrase correcte en français. D’autres responsables d’établissements publics ayant requis l’anonymat qui n’ont pas voulu se prononcer sur le sujet ont toutefois confirmé que les bibliothèques scolaires sont en souffrance. Ils ont également dénoncé les mêmes maux que le directeur du Ceg
Gbégamey. En soulevant le problème de qualification des bibliothécaires, certains ont même évoqué le cas des secrétaires de direction à eux affectées et qui n’ont aucune base en la matière et sont incapables de rédiger des documents administratifs. Ces dénonciations des responsables d’établissements publics témoignent des fraudes soulevées dans le passé par le régime. Nicolas Hountondji, directeur du Ceg Gbégamey a foi que très bientôt, le ménage sera fait pour redresser la barre, surtout avec la rigueur dont fait montre le gouvernement de la rupture. « Les archivistes recrutés par l’Etat ne sont pas faits pour rester uniquement dans les ministères. Leur place se trouve aussi dans les bibliothèques de nos collèges », dira-t-il.

Le réquisitoire

L’amertume des chefs d’établissements face à l’état peu reluisant des bibliothèques aujourd’hui est tellement grande qu’ils n’ont pas voulu cacher la vérité et faire croire que tout va bien. « Se taire face à cette situation serait participer à la déchéance totale des bibliothèques dans nos collèges. Il faut que cela change, surtout avec la volonté du nouveau régime qui fait autrement les choses », affirme Nicolas Hountondji. Des salles sont toujours affectées aux bibliothèques dans les collèges, mais les unes restent fermées pour diverses raisons et les autres sont ouvertes chaque jour, mais vides de documents ou ne contiennent que des documents inutilisables, qui ne cadrent aucunement avec les réalités de l’enseignement au Bénin.
Ginette Egué Couao-Zotti, bibliothécaire au collège d’enseignement général de Sainte Rita, va lever un coin de voile sur la provenance des documents. Il s’agit de guides et manuels au programme, des documents d’accompagnement, et même des dictionnaires et des ordinateurs offerts par le ministère de l’Enseignement secondaire. Certains documents viennent des partenaires occidentaux tels que les Belges. Ce qui est déjà bien mais il faut reconnaitre que c’est insuffisant au regard des défis du moment où l’effectif dans les établissements va chaque année grandissant. Le matériel informatique qui devrait servir de moteur de recherche pour les apprenants est encore mal entretenu et n’existe pratiquement plus dans les bibliothèques. Ce que va attester Ginette Egué Couao-Zotti qui indique que certes, l’établissement reçoit des dons en matériel informatique, mais que ce matériel ne dure pas puisqu’il est rapidement bousillé par les élèves, à cause de la mauvaise manipulation. Aussi, les livres en provenance des pays occidentaux comme dons sont des documents hors programmes aussi bien en Occident qu’au Bénin. Même si certains sont parfois utiles pour les recherches, les directeurs ne sont pas allés du dos de la cuillère pour fustiger ce fait. « Notre pays n’est pas une poubelle. Il faut qu’on arrête avec cela un jour. Equipons nos bibliothèques de documents dignes », souligne un directeur. Le vœu de ces chefs d’établissements en dénonçant la situation des bibliothèques scolaires est que ces centres de lecture et de recherche retrouvent leurs lettres de noblesse et soient mis aux normes.

En souffrance mais…

Les bibliothèques scolaires ont certes perdu leur valeur aujourd’hui, mais ceux qui ont à charge ces centres, notamment les bibliothécaires, reconnaissent tout de même le rôle important qu’elles ont joué dans la formation des élites. La bibliothécaire du collège d’enseignement général Sainte Rita reconnaît que les élèves fréquentent toujours la bibliothèque de son collège même si l’effectif d’aujourd’hui diffère de celui d’hier. Ginette Egué Couao-Zotti précise qu’elle dispose d’un registre d’enregistrement des visites depuis plusieurs années. « Et lorsque je fais la comparaison de l’effectif, la différence est nette. Mais ils viennent quand même », explique-t-elle. Ce que confirme Léa Akouesson, bibliothécaire au collège d’enseignement général Houéyiho qui a reconnu l’état peu reluisant de la bibliothèque de son collège avec un manque criant de documents au programme ou d’actualité mais qui pourtant, satisfait tant bien que mal les apprenants et enseignants. « Les apprenants et les enseignants font le tour, selon les informations qu’ils recherchent. Parfois, ils les trouvent, parfois, ils ne les trouvent pas », indique-t-elle. Concernant la baisse d’effectif comparativement aux années antérieures, elle estime que cela est lié aux centres d’intérêt des apprenants qui a aujourd’hui changé. Pour elle, les élèves préfèrent se diriger aujourd’hui vers d’autres centres d’intérêts tels que la télévision et les jeux vidéo plutôt que de se consacrer à la lecture comme auparavant. Ginette Egué Couao-Zotti, bibliothécaire du collège d’enseignement général Sainte Rita, explique les stratégies adoptées par son administration pour désorienter les apprenants des vices de la télévision et des jeux vidéo et les inciter à la lecture et donc à aller vers la bibliothèque. Elle relève dans ce cadre les mesures dissuasives du directeur qui les sensibilise chaque lundi matin au drapeau. Elle évoque également l’aide des enseignants qui les obligent à s’y rendre en donnant des exercices dans des documents un peu rares, à ne trouver qu’à la bibliothèque. Ce qui montre qu’en dépit de tout, chaque maillon doit jouer sa partition pour sortir les bibliothèques de leur état actuel.

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