Quelle peut être la politique extérieure d’un « petit » pays comme le Bénin dans un monde en constance mutation? A cette question, Noukpo Eric Padonou essaie de trouver des réponses à travers son dernier livre « La politique étrangère du Bénin sous le renouveau démocratique : paradigmes et acteurs ».

C’est un énarque accompli, très vite débarqué pour servir dans l’arène politique, qui scrute la politique étrangère du Bénin à travers l’ouvrage « La politique étrangère du Bénin sous le renouveau démocratique : paradigmes et acteurs ». Le libre est préfacé par l’ambassadeur Gratien Lazare Pognon, ancien secrétaire adjoint de l’Oua et postfacé par le professeur Frédéric Joël Aïvo, doyen de la Fadesp de l’Uac. «Le Bénin peut-il mettre en œuvre une politique étrangère originale dans ses orientations tout comme la conférence nationale a été un mécanisme innovant de sortie de crise politique ? ». C’est bien là l’interrogation qui a conduit l’auteur à offrir sa plume à une belle réflexion qui analyse la politique étrangère du Bénin avec à la fois le pessimisme de l’intelligence et l’optimisme de la volonté.
« Ce pessimisme se justifie par les mutations rapides de l’ordre mondial post chute du mur de Berlin avec un système international productiviste engendrant la course aux armements, la débâcle écologique, la modification des rapports de force internationaux avec une présence accrue sur la scène internationale de nouveaux acteurs tels que les firmes internationales, les Ongs, les marchés financiers, la technoscience, l’affrontement entre le monde de Davos et de Porto Allègre, le passage du système bipolaire au système unipolaire et plus tard au multipolaire… », analyse l’auteur du livre. L’optimisme pour sa part «s’explique par le fait que, malgré tout, il existe encore des forces qui poussent à des sociétés solidaires, démocratiques, équitables et pacifiques, il existe un chemin pour les petits Etats sur la scène internationale ».
Son ouvrage, révèle-t-il alors, a vu le jour pour contribuer à une meilleure compréhension du comportement et des réactions du Bénin sur la scène internationale depuis 1990. « Il n’est donc ni une compilation de faits divers diplomatiques, ni un panégyrique encore moins une critique diplomatique stérile », mais voudrait contribuer à mieux situer la politique étrangère par rapport à des valeurs à découvrir, à défendre et à promouvoir sur la scène internationale et à identifier ceux qui gouvernent la politique étrangère du Bénin. A sa manière, Noukpo Eric Padonou compte remédier à la faible production scientifique sur le sujet.

Les paradigmes de la politique étrangère du Bénin

« Dans ce livre, nous avons développé nos analyses et conclusions autour d’un plan binaire. Je convie donc le lecteur à d’abord comprendre les paradigmes qui fondent la politique étrangère du Bénin depuis le renouveau démocratique et ensuite à identifier les acteurs influents du processus décisionnel », révèle-t-il. Aussi, fait-il la nuance de n’avoir pas fait une étude systémique de la politique étrangère du Bénin, car par exemple, la dimension géographique et sectorielle de la diplomatie béninoise n’a pas été abordée.
Dans la première partie de cette publication dont le lancement officiel a eu lieu récemment à Cotonou et a mobilisé universitaires, acteurs politiques et de la société civile, l’auteur a tenté de retracer l’ensemble des idées autour desquelles la politique étrangère est structurée. Des réponses, il espère en avoir apporté à plus d’une question sur la politique étrangère du pays. « A travers ces réponses, vous allez vous rendre compte que le Bénin s’est émancipé, comme lui seul sait le faire, du paradigmatisme qui frappe les relations internationales, consistant à voir les différentes théories comme des paradigmes mutuellement exclusifs », note l’auteur.
« A travers les différentes thématiques traitées par les discours diplomatiques, il y a en Nicéphore Soglo, en Mathieu Kérékou et en Boni Yayi quelque chose à la fois d’Emmanuel Kant, l’utopiste des lumières, de Kenneth Waltz, le concepteur de l’autorégulation spontanée des unités politiques et de Raymond Aron », développe-t-il. Son analyse, se satisfait-il, permet d’installer le pouvoir exécutif au cœur du pouvoir décisionnel conformément aux grands classiques des régimes politiques de type libéral. « Contrairement à une opinion répandue qui fait du ministre des Affaires étrangères l’acteur principal de la politique étrangère, c’est le président de la République qui détient le monopole de la prise de décisions », rectifie l’auteur.
La lecture combinée des paradigmes et des acteurs permet de dire qu’à l'instar de toutes les grandes nations du monde, et malgré le contexte mondial agité, le Bénin a une politique étrangère qui a été constante dans le temps malgré les alternances politiques. L’auteur en vient donc à la conclusion que cette politique étrangère n'a pas brillé de mille feux malgré quelques succès diplomatiques. « Nous continuons de penser qu’au-delà des déterminants quantitatifs de la politique étrangère utilisant des critères bruts tels que le produit intérieur brut, les réserves stratégiques, les dépenses militaires, la production industrielle, les réserves d’énergie, il existe d’autres critères, difficilement quantifiables, mais qui ont une grande influence sur la capacité d’un Etat à agir sur la scène internationale », tranche Noukpo Eric Padonou.

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