Les innovations du nouveau Code électoral confortent-elles la gent féminine? Léontine Konou Idohou, présidente du Rifonga-Bénin et actrice majeure de la société civile se prononce à ce propos.

La Nation: Le président de la République penche pour une promotion des femmes dans les instances décisionnelles et l’a clairement dévoilé récemment à travers l’amendement relatif à la représentativité des femmes dans les instances décisionnelles. Quelle est votre appréciation de sa démarche ?

Léontine Konou Idohou : Le président de la République doit d’abord montrer sa volonté politique en nommant plus de femmes ministres dans ses gouvernements. Nous n'avons actuellement que 4 femmes sur 22 ministres au gouvernement. L’article 26 de la Constitution a été clair sur le principe d’égalité homme-femme. La promotion dont nous parlons vise la représentativité des femmes à tous les niveaux.

Vous n’adhérez pas à l’idée d’une présence massive des femmes dans les institutions?

Je ne partage pas cette approche. Je souhaite que le président de la République témoigne de sa volonté politique en nommant plus de femmes au gouvernement.

Le nouveau Code électoral vient d’être voté avec certaines innovations. Conforte-t-il selon vous la cause de la femme ?

Les choses se sont tellement mal passées par le passé, qu’aujourd’hui on a tendance à toujours comparer la politique à l’argent. Les gens s’attendent même à recevoir de l’argent du politique, et non à aider le politique. Si nous voulons des femmes compétentes, des femmes engagées au niveau des partis politiques, combien peuvent avoir 3 millions pour aller aux élections ? N’oublions pas qu’en dehors de la caution, il faut également mobiliser des ressources pour les campagnes électorales. Cette innovation du Code électoral pose un sérieux problème pour les femmes. Mais une chose est sûre, nous n’allons pas abandonner la lutte. Nous devons poursuivre nos efforts, d’une manière ou d’une autre pour marquer notre présence. Habituellement, ce sont les femmes qui font la mobilisation pour les hommes politiques à la base. J’espère qu’elles vont prendre conscience de la situation et mieux s’engager désormais pour leur propre compte. J’attends les réactions des ex candidates à la présidentielle, Célestine Zanou et Marie-Elise Gbèdo sur la question. Les réactions des femmes politiques comme Melvina Iroko et de la doyenne d’âge de l’Assemblée nationale, Rosine Soglo, nous aideront aussi pour la conduite à tenir.

Vous semblez incriminer le nouveau Code électoral mais les partis politiques ne faisaient déjà pas beaucoup de places aux femmes sur les listes électorales ?

Au départ, les partis politiques évoquaient le manque de compétences féminines. Maintenant que nous avons formé les femmes, il peut se poser un problème d’argent. Les hommes en général aiment le pouvoir et ils ne veulent pas consentir un peu de place aux femmes alors que le développement du pays incombe à nous tous. Ils ne peuvent pas faire le développement sans nous. Sinon en 2030, notre pays aura du mal à rendre compte de ses efforts pour l’atteinte des Objectifs de développement durable. (Odd), notamment l’Odd N°5. Il faut que le Bénin comprenne que c’est un problème de développement, et non celui des femmes uniquement.

Le problème est certes d’ordre général, mais il relève également du manque de solidarité des femmes. Elles ont de la peine à s’entendre sur les préoccupations qui les concernent…

Oui, nous ne sommes pas unanimes sur les questions qui nous concernent. Sachez que ce sont les hommes qui nous divisent. Parce-que les sœurs analphabètes ne comprennent pas grand-chose au jeu politique. C’est ce qu’on leur explique sur ‘’l’oreiller’’ (telle femme politique est prostituée, telle est célibataire,…) qu’elles répètent. Et il faut scinder les choses. Il y a aussi les femmes politiques qui ne visent que leurs intérêts. C’est pourquoi quand nous parlons de positionnement, elles sont choquées car elles veulent toujours être des élites. Elles veulent seulement des femmes qui vont les aider à gagner.
Dans le même temps, certaines femmes préfèrent composer uniquement avec les hommes qui ont les moyens. En réalité, les femmes ne sont pas divisées, mais il se pose un problème d’intérêt personnel. Mais cela ne saurait continuer, sinon en 2030, le Bénin aura des problèmes à présenter son bilan des Odd. Les femmes dont vous parlez sont-elles des femmes de terrain? Il ne suffit pas d’intégrer les partis politiques pour porter la voix de toutes. Nous connaissons les vraies militantes des partis. Qu’est-ce que les nouvelles connaissent ? Elles ont milité où? Comprennent-elles même le problème des femmes ? Il faut aborder la question de la représentativité des femmes sur la base des textes. Il faut qu’elles comprennent de quoi elles parlent. Les femmes doivent se réorganiser pour prendre leur destin en main?

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