Parue aux éditions Tamarin, De Pères en Fils est une œuvre littéraire du journaliste Assiongbon Kangny Assiongbon. A allure tragique, ce roman de 200 pages réparti en seize chapitres, replace le lecteur au cœur des pratiques culturelles endogènes en retraçant le quotidien de la vie en campagne.

De l’épisode de la réunion sous l’arbre à palabres à celui de la mort tragique du vieux Zankou dans la forêt sacrée en passant par la fin dramatique du personnage principal Ayato, le forgeron, le roman De Père en Fils d'Assiongbon Kangny Assiongbon met en exergue l’ordinaire de la vie en campagne et l’extraordinaire sinon le mystique caché derrière certaines réalités.
Le titre « De Pères en Fils » laisse entrevoir l’héritage culturel transmis de génération en génération. En outre, la première de couverture donne une vue panoramique de l’architecture des habitations de campagne. On y retrouve une concession faite de cases en terre battue couvertes de paille, sous un ciel bleu, avec la présence de quelques ruminants errant sur la terre rouge de la cour. Le décor ainsi planté plonge le lecteur dans les premières lignes du roman consacrées à la réunion des sages sous l’arbre à palabres, une fameuse rencontre pendant laquelle les sages du village se penchent sur l’organisation des travaux champêtres à l’approche de la saison des grandes pluies.
C’est à travers le récit de la vie du vieux forgeron Ayato et de sa famille que le roman prend forme. Père de cinq enfants, le vieux Ayato est un illustre forgeron du village Affomadjè, une bourgade limitée au Nord par la forêt sacrée, au Sud par des champs, à l’Ouest par un grand marché et à l’Est par le village Gogotinkpon. Il ne manquait aucune occasion pour transmettre sa sagesse et les valeurs culturelles à ses enfants Sagbo, Alihonou, Allagbé, Ayaba, Assiba. Avec ceux-ci et sa femme Anagonou, le vieux Ayato préparait les prochains travaux champêtres lorsqu’il fut pris d’une maladie mystérieuse. Malgré les nombreux soins atypiques prodigués par les guérisseurs et l’assistance de tante Noubouli, la santé du vieux Ayato continua de se détériorer. Pour faire face aux besoins quotidiens, il envoya, entre-temps son fils-aîné Sagbo, chercher de l’aide auprès de leur oncle Coffi à Cotonou. Le fils-aîné ne revînt que quelques-jours après, chargé de commissions. Son père était déjà mort et la concession baignait dans une ambiance maussade. Par ces temps funestes, un autre événement plus tragique survint ; la mort du vieux Zankou déchiqueté par les charognards dans la forêt sacrée. De tels évènements au village sont perçus comme des présages.

Pratiques mystiques

L’œuvre De Pères en Fils est parsemée de scènes traditionnelles. A la page 30 du roman, l’auteur expose les hommages rendus aux génies dans la grande forêt. « Chaque samedi, c’est la fête dans la grande forêt. On immole des coqs et les poules aux génies afin que ces derniers protègent les maisons et les habitants », peut-on y lire. A la même page, l’auteur raconte le sacrifice organisé un samedi soir en l’honneur des génies pour qu’ils protègent tous les habitants contre la morsure des serpents pendant la période de travaux champêtres. Il s’agit d’une cérémonie à laquelle les femmes ne participent pas de peur qu’elles ne disparaissent à jamais. Seuls les jeunes circoncis sont autorisés à suivre les vieux qui immolent la volaille au rythme des tam-tams et offrent de la pâte rouge aux génies de la forêt. Des scènes inconnues de la jeune génération.
Par ailleurs, l’auteur aborde l’entrée dans la forêt sacrée comme un événement nécessitant plusieurs précautions. Il en parle dans le dernier chapitre de l’œuvre qui décrit tous les rituels et conseils prodigués aux jeunes intrépides avant leur entrée dans la grande forêt où ils retrouvèrent le corps déchiqueté du vieux Zankou. « La forêt sacrée du village, comme son nom l’indique, est un lieu réservé aux seuls initiés ; les néophytes n’y ont pas accès jusqu’à la fin de leur initiation. Et celui qui ose braver cet interdit rencontre toujours malheur en chemin avant d’atteindre ses lisières », écrit l’auteur à la page 197.

Évaluer cet élément
(0 Votes)
Lu 1348 fois