Connue dans le monde des médias, Raïssa Gbédji est aussi une artiste chanteuse. Passionnée de la musique traditionnelle, elle entend apporter une plus-value à la musique béninoise à travers une touche locale dans l’univers du jazz. L’ancienne correspondante de Rfi à Cotonou parle ici de sa passion pour la musique et de ses perspectives, notamment la sortie imminente d’un maxi single fait de trois titres.

La Nation : Journaliste et chanteuse, comment vivez-vous ces deux passions ?

Raïssa Gbédji : Quand je me suis engagée dans ma vie de journaliste, j’ai voulu taire toutes ces velléités musicales. Mais je ne pouvais pas. J’étais chanteuse, on m’a connue chanteuse et j’ai ensuite viré vers le journalisme. Aujourd’hui, j’essaie de rendre justice à la musique qui m’a permis de retrouver l’équilibre quand ça chauffait dans ma peau de journaliste. A un moment, j’ai pris du recul mais je n’ai pas quitté la musique et je compte faire un peu plus en tant qu’artiste. Mon idée, c’est de chanter pour dire quelque chose de nouveau, pour sensibiliser à l’instar du journaliste qui est dans l’éducation, la sensibilisation, la distraction… Je voudrais donc que la musique m’aide à poursuivre mon travail de journaliste mais autrement, musicalement.

Quel est votre genre musical de prédilection ?

Je fais surtout du jazz et des variétés aussi. J’ai appartenu à un orchestre qui animait beaucoup de soirées de gala et qui a aussi presté longtemps dans des cabarets. Or dans les cabarets, c’est souvent de la musique soft qui est recommandée. Toutefois, par rapport à la demande, le répertoire était diversifié. Il fallait servir au public la musique de son choix. Il s’agit bien de l’orchestre "Feeling Jazz" qui est devenu plus tard "Feeling Star". Notre chef d’orchestre c’était Rock Quenum.

Des cabarets à une carrière solo qui s’annonce avec des compositions personnelles, ça a évolué !

ça a évolué parce que j’ai eu des expériences avec des artistes béninois comme Janvier Dénagan, Sagbohan Danialou, Jolidon Lafia et les membres de l’orchestre notamment les frères Koud’akoll, Gilles Louèkè, Rock Quenum… Personnellement, je n’ai pas encore beaucoup évolué dans le milieu mais je m’accroche à l’existant. J’ai des modèles qui sont là et que j’aime bien. J’apprends d’eux en les écoutant. Je présenterai bientôt un maxi-single de trois titres qui est déjà prêt. Et je suis en route vers l’album. Mais vu le temps, je vais d’abord présenter le travail qui a été fait au public, solliciter son soutien afin d’aller vers cet album tant attendu. En 2011 lors du concert "Hommage à la presse", une belle soirée avec les confrères, j’avais déjà promis l’album. C’est alors le moment de dire à tous que je n’ai pas lâché l’affaire.

Avec Raïssa Gbédji, quoi de plus à la musique ?

Chemin faisant, je me suis beaucoup plus intéressée à la musique traditionnelle béninoise que j’aime beaucoup mais je n’avais pas les clés de lecture pour bien aborder ce registre musical. J’ai donc beaucoup plus travaillé dans ce sens. Ce qui me permet d’apporter un plus à ce qui existe déjà notamment dans l’univers du jazz. L’idée aujourd’hui, c’est de ne pas jeter tout ce que j’ai pu acquérir comme expériences musicales, mais d’apporter aussi une touche locale pour montrer ma différence, ma touche béninoise dans l’univers musical que ce soit jazzique, afro-pop…

Comment appréciez-vous la musique béninoise ?

La musique au Bénin est très riche, très variée. Nous sommes tellement riches au Bénin que nous n’avons pas encore trouvé la façon dont il faut exporter notre musique pour réussir à donner une identité unique à notre musique. Il y a, en fait, beaucoup de domaines, de genres à exploiter encore. Nous avons tellement de rythmes… et il y a un travail à faire pour rendre ces rythmes beaucoup plus digestes au niveau international. Le travail à faire est si difficile que certains artistes versent rapidement dans la tendance pour être plus sollicités. Or quand vous êtes dans la tendance, vous êtes bouffés, vous n’avez pas le temps de la recherche. Pourtant, il faut vraiment un travail de recherche pour voir comment adapter et agrémenter notre musique traditionnelle pour qu’elle soit plus exportable.

La recherche d’une identité propre, tel est donc le défi de la musique béninoise selon vous ?

Le challenge de notre diversité culturelle, c’est de trouver ce qui permet à notre musique d’être la plus digeste possible au niveau international. Si nous voulons nous faire écouter dans d’autres contrées, il faut trouver le bon véhicule à l’instar de notre aînée Angélique Kidjo qui a su trouver la bonne formule qui lui permet de véhiculer notre identité culturelle, ne serait-ce que la langue, les expressions béninoises... Il y a également des artistes comme Sagbohan Danialou qui sont à mi-chemin parce qu’il y a une touche de modernité dans ce qu’ils font. C’est de la musique moderne d’inspiration traditionnelle. On essaie donc de marcher avec les deux pour garder un peu l’équilibre. Je pense qu’il est important de ne pas se laisser totalement absorber uniquement par ce qui vient de l’extérieur et de garder aussi une touche locale.

Quelles sont les perspectives de l’artiste face à ces défis ?

Elles sont grandes. C’est conquérir le monde. J’ai toujours rêvé d’être une très grande vedette de la chanson. Et dans ma vie, je n’ai jamais été très éloignée du micro. Je ne suis donc pas dépaysée. Mon ambition, c’est de pouvoir apporter une touche dans l’univers musical. J’ai été beaucoup plus perçue comme une artiste de jazz et par rapport à cet acquis, j’aimerais apporter ma touche. On dit que le jazz est une musique élitiste mais moi, je ne vois pas les choses de cette façon parce que le jazz est notre chose. C’est le résultat de beaucoup de cultures. Les nôtres sont parties d’ici, sont allées rencontrer d’autres et c’est dans ce brassage qu’est né le jazz. C’est donc aussi une part de notre héritage. Mon challenge, c’est de réconcilier, de restituer en me basant sur la touche béninoise.

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