Déjà plus de 100 ans que disparaissait le héros national Bio Guerra. Pour le développement de la commune de Bembèrèkè et du Bénin, les différentes étapes ayant marqué sa résistance contre la puissance colonisatrice méritent d’être valorisées en circuit touristique.

Des devises provenant du tourisme, Bembèrèkè en a bien besoin pour son développement. Malheureusement, le secteur reste encore sous-exploité au niveau de la commune qui, pour avoir été le théâtre de la résistance de Bio Guerra contre l’occupant français et son armée, regorge de nombreux sites et curiosités. Autant de vestiges laissés par l’histoire.

En premier lieu, il y a le champ de bataille de Gbêkou, un village de Gamia et dont Bio Guerra était le chef. Les ruines de sa case y sont toujours visibles. Destitué de la tête de ce village par le colonisateur, en septembre 1915, Bio Guerra n’a pas voulu réagir aussitôt contre l’affront qui lui a été fait. Il a préféré prendre son mal en patience. C’est un an plus tard, que profitant de la présence du commandant Ferius dans le village, qu’il va déclencher les hostilités. Pour s’en sortir, rapporte le petit-fils de son griot, Mama Bio Kana, le chef militaire français a dû prendre ses jambes à son coup. Il a passé la nuit dans la brousse, avant de rejoindre Bembéréké, le lendemain.

Des potentialités non-exploitées

Après la localité de Wanrarou et la rencontre qu’elle a abritée, comment passer sous silence l’étape de Bembèrèkè et de son champ de bataille. Très stratège, explique Mama Bio Kana, Bio Guerra priva d’eau l’ennemi, en s’arrangeant pour occuper la partie du village où se trouvait la rivière. S’étant retrouvés à court de munitions et de vivres, Ferius et ses hommes ont dû se réfugier dans leur campement. Ils ont été assiégés du 12 au 29 octobre 1916, jusqu’à l’arrivée des renforts de Parakou.
En réalité, cette bataille a eu lieu dans un périmètre défini entre Bembèrèkè, Sinendé, N’Dali et la localité de Bouayoù, les troupes françaises basées dans le bas Niger appelées en renfort, ont été bloquées par les hommes de Bio Guerra. A N’Dali, c’est à plusieurs reprises qu’ils ont intercepté la légion de Parakou. C’est le 26 octobre 1916 que cette dernière finira par rallier Bembèrèkè, inversant alors les rapports de forces sur le terrain. « Pour surprendre Bio Guerra par derrière,elle a dû contourner par Sinendé », informe Mama Bio Kana. Les combats reprirent de plus belle, devenant plus âpres. En témoignent les empreintes indélébiles des sabots du cheval blanc de Bio Guerra sur les montagnes de Bembèrèkè.
En effet, assailli par les troupes ennemies mieux armées, Bio Guerra et son cheval ont mystérieusement disparu du haut de ces montagnes, en plein combat. L’endroit est actuellement occupé par la forêt sacrée de Doumagnonrou qui signifie en baatonu, « le lieu où le cheval a bondi ». Située au cœur de la forêt classée de Ouénou-Bénou, elle couvrait une superficie de 76 a 32 ca jusqu’en 2012. Contrairement aux autres forêts sacrées, elle ne sert pas d’abri à des fétiches. Le cheval de Bio Guerra y a tout simplement pris son envol, pour atterrir sur un baobab à Baoura qui porte également les empreintes de ses sabots.
Selon les propos de Mama Bio Kana, c’est au cours des affrontements qui ont à nouveau éclaté à Baoura le dimanche 17 septembre 1916, que Bio Guerra a perdu son ami sincère, Sanni Guiso. Très affecté, poursuit-il, il retira son gilet pare-balles, ses amulettes et bracelets de protection, avant de les confier à son fils aîné, Soro Komandi. Ses hommes n’avançant plus face à l’inégalité des forces, Mama Bio Kana a laissé entendre qu’il sortit de sa cachette, pour s’adosser à un arbre. Si l’ennemi a réussi à le localiser, regrette le petit-fils de son griot, c’est parce qu’il a été trahi par un Peul. Il succomba le 16 décembre 1916, sous les balles de l’ennemi sur le champ de bataille à Baoura et y a été enterré. D’où « Bio Guerra Baoura Kounon », pour indiquer le lieu où il s’est endormi. Jusqu’à une époque récente, a rappelé Mama Bio Kana, les Peuls évitaient de se hasarder dans les lieux. Pour honorer sa mémoire, l’armée y a érigé un mausolée dans lequel sont exposées ses munitions de guerre, ainsi que sa lance et son poignard resté vénémeux.
Par ailleurs, toutes les tentatives menées pour construire la tombe en béton ont été vaines. Elle est donc restée en terre battue jusqu'à présent.
Autant de potentialités donc à découvrir, sans oublier la visite des tombes des colons français et du village de Gbêkou avec les vestiges de la case de Bio Guerra à la porte ouverte du côté du coucher du soleil. Un tour au village Guerra N’Kali qu’il a rejoint entretemps, ne serait pas inutile. Au regard de leurs intérêts historiques et touristiques, ces potentialités méritent d’être réhabilitées.
Il s’agit de les valoriser en tant que circuit touristique. Ce serait l’occasion pour faire la promotion de la destination Bembèrèkè et de son riche patrimoine. Le nouveau maire de la commune, Salihou Mifoutaou Sambo, et les membres de son conseil en sont préoccupés. Ils sont convaincus que Bembèrèkè gagnerait beaucoup à faire revivre l’histoire de Bio Guerra.
A la recherche des ressources complémentaires pour le développement de la commune, l’aménagement de ses sites lui tient beaucoup à cœur. Ils font partie, selon lui, des richesses jusque-là inexploitées dont elle regorge.

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