L'ouvrage : Les vissicitudes de l'histoire de Ketu vient d'être réédité par les éditions du Flamboyant. Contenant 152 pages, il est subdivisé en douze chapitres.

Depuis sa parution en 1956, l’ouvrage Les vicissitudes de l’histoire de Ketu n’a pas qu’un intérêt local, limité au seul royaume qui constitue l’objet. Il est un document de première importance sur le monde yoruba et ses relations conflictuelles, voire tumultueuses avec le Danhomè. Cependant, cet ouvrage de Geoffrey E. Parrinder, en dépit de son âge, reste une référence essentielle.
Signalons que la parution de ce livre est un hommage posthume rendu par l’éditeur, l’Agence de la Francophonie (Acct) et un groupe d’amis à l’auteur, Toussaint Sossouhounto, éminent professeur d’anglais et diplomate, disparu brutalement le 10 mars 1996, quelques mois après avoir déposé son manuscrit.
La ville de Ketu (Kétou) fait aujourd’hui partie de la République francophone du Dahomey (devenu Bénin). C’est une vieille ville avec une porte fortifiée bien conservée, située à une trentaine de kilomètres à l’ouest de Mèko au Nigeria, et une centaine de kilomètres d’Abéokuta. Ketu est à 95 kilomètres au Nord de Porto-Novo, capitale du Dahomey colonial et postcolonial. Il était traditionnellement une ville yoruba, l’une des anciennes ramifications du berceau yoruba d’Ilè-Ifè. Il faut noter que la séparation de Ketu des royaumes centraux yoruba résulte de sa situation à l’extrême ouest de l’aire des peuples yoruba. Lors du tracé de la frontière entre le Dahomey français et le Nigeria britannique (1895-1906), le Royaume de Porto-Novo était sous protectorat français depuis quelque temps. Cette frontière fut fixée à quelques kilomètres à l’Est de cette ville, orientée presque en ligne droite vers le nord suivant le méridien, à partir de la crique d’Adjarra, en remontant le cours de la rivière Opara. Ketu s’était ainsi trouvé à l’ouest de cette ligne, séparé des grandes villes yoruba situées à l’est. Il fut même baptisé « Ketu Dahoméen », du nom de ses pires ennemis, parce que toute la colonie française prit ce nom. Le territoire de Ketu se trouva coupé en deux par cette frontière artificielle.
Dans son introduction, l’auteur rappelle que l’histoire de Ketu est d’une importance capitale pour ceux qui s’intéressent à l’évolution des peuples yoruba. Mais cette histoire a été peu connue. Les noms des trente-sept rois de Ketu ayant régné avant 1750 sont connus, de même que ceux de leurs parents et les membres de leurs familles respectives. La chronologie de l’histoire de Ketu est liée à celle des autres traditions yoruba. Elle peut aussi être utile aux hypothèses sur l’âge et l’originalité des œuvres d’art qui commencent à être mises à jour. Elle peut aider à comprendre les croyances religieuses des premiers peuples du Nigeria. Certains récits de missionnaires du début du XIXe siècle donnent de précieuses informations sur Ketu, mais ils n’en n’ont tenté aucune approche historique. L’auteur précise que l’histoire de Ketu avait été presque perdue de vue. Elle risquait de disparaître pour le lectorat anglophone. Aussi, il indique que l’histoire de Ketu doit être étudiée en corrélation avec celle des autres royaumes yoruba. Pour lui, il faut nécessairement faire mention des traditions du peuple Egba qui, de nos jours, gravite autour d’Abéokuta. Il ajoute que les Egba sont les voisins des Ketu auxquels ils sont étroitement liés dans les légendes relatives aux premières migrations. Il fait remarquer qu’un auteur voudrait établir une parenté entre les peuples Aja et Ewe du bas-Dahomey et du bas-Togo et les peuples Yoruba. Il est impossible d’affirmer avec certitude quels étaient les peuples propriétaires de la terre de Ketu avant l’arrivée du groupe yoruba conduit par le roi Ede. Les anciens de Ketu, de nos jours, pensent que les aborigènes étaient le peuple Fon, plus tard le peuple du royaume du Dahomey, parentés au peuple Ewe, qui pendant des siècles étaient des voisins et finalement devenus les destructeurs de Ketu. Mais les Fons eux-mêmes avaient des traditions de migrations en ces temps anciens.

Traditions

A Ketu, un ‘’rituel du feu’’ est observé à la mort de chaque roi. Dès qu’on annonce publiquement le décès d’Alaketu régnant, tout feu doit être éteint dans la ville. Après quoi, une procession se met en route pour aller chercher du feu nouveau. Elle est conduite par un ministre appelé Alalunon, l’un des principaux dignitaires de Ketu auquel est attribué le nom de ce premier chasseur du temps de la fondation. Le peuple de Ketu ne paie aucun tribut à ses voisins. Les traditions relatives aux premiers rois de Ketu ne sont pas très riches ; certains d’entre eux ne sont connus que par leurs noms. La période historique proprement dite commence au cours des siècles suivants et s’intéresse en grande partie aux relations conflictuelles avec le Dahomey. Plus importante est l’histoire de la fusion des deux populations, celles des aborigènes et celle de Ketu, solution proposée par cette dernière pour maintenir la paix. Après Ede, fondateur de Ketu, le roi Sa est le plus célèbre des souverains de la première période. On lui attribue la construction des murailles qui entourent Ketu jusqu’aux temps modernes, ainsi que l’installation de la porte fortifiée. En 1851, Bowen dit : « en ce moment Egbas amenaient beaucoup de prisonniers du Dahomey à Ketu, pour être rachetés par leurs compatriotes ». A l’exception d’une possible attaque en 1789, Ketu n’avait pas été conquise par les Dahoméens jusqu’à la fin du XIXe siècle. La période des premiers rois était-elle paisible une fois que le peuple de Ketu eut établi ses droits dans son pays d’adoption, et fortifié sa ville. Tout cela fut changé avec la montée en puissance du royaume du Dahomey. Au cours des premiers siècles de son histoire, Ketu semble avoir vécu dans un isolement relatif. Il n’était pas autant que nous le sachions, agité par les troubles du fait des puissants royaumes voisins. Mais les difficultés avec ces Etats commencent au XVIIIe siècle, et avec ce contact vient la possibilité de datation historique. L’empire Oyo s’est développé en s’étendant à l’Est et à l’Ouest, et la puissance montante du Dahomey chercha à s’affranchir d’Oyo. Le Dahomey est le plus proche voisin de Ketu et son histoire est importante. Le nom du roi conquérant était Dakodonou. La tradition de la fondation du royaume sur un sacrifice humain a été répétée par toutes versions. Le nouveau royaume du Dahomey avec pour capitale Abomey, devait devenir une puissance en Afrique de l’Ouest. La date de l’avènement de ce royaume était vers 1625 de l’An de Grâce. La tension sous laquelle vivait le peuple de Ketu au XIXe siècle entraina la division en son propre sein, et c’est ce qu’illustrent les règnes infortunés des deux rois voisins suivants : Alaketu, Adegbede. Après la défaite dahoméenne à Abéokuta, le peuple Egba envoya des prisonniers à Ketu, endroit situé à mi-chemin et convenable pour leur rachat. Lorsque la décision du roi Adiro de ne pas retourner à Ketu s’était avéré irrévocable, un successeur fut élu. L’histoire de Ketu prendra sa place comme l’un des facteurs déterminant de l’histoire yoruba. L’auteur conclut que c’est une œuvre de grande importance.

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