L’écrivain béninois Florent Couao-Zotti procède, ce jeudi 1er mars à Paris, au lancement de son nouveau roman Western Tchoukoutou. Un ouvrage riche de 180 pages fragmenté en 18 “épisodes”.

Reconnu tel le plus grand écrivain béninois de sa génération, Florent Couao-Zotti, Prix Ahmadou Kourouma 2010 et traité avec la considération digne des intellectuels ayant dédié leur vie à l’écriture, au renouvellement du monde et à sa dépollution, sort officiellement, ce jeudi 1er mars 2018 à Paris chez Gallimard dans la collection « Continents noirs » son roman Western Tchoukoutou. Un roman noir de 180 pages fragmenté en 18 épisodes, comme s’il s’attendait à son adaptation au cinéma : “Le western, fût-il tropical ou dilué dans du tchoukoutou, n’échapperait pas à la règle du dernier rendez-vous, celui qui oppose les deux personnages antagonistes de l’histoire”, lit-on dans cette nouvelle parution : Kalamity Djane et Boni Touré.

Une histoire d’amour
fantastique et horrible

Kalamity Djane se présente au Saloon du Despérado sous l’œil horrifié de Xuo Luo. Ainsi le fantôme de Nafissatou Diallo (à ne pas confondre avec le dossier DSK) réapparaît-il à Natingou City pour se venger. Ses assassins, ce sont les hommes les plus craints de la ville : son fiancé, l’inspecteur/shérif Boni Touré, Ernest Vitou propriétaire du Saloon du Despérado et le bouvier Allassane Gounou dit Al.
L’annonce de cet incident improbable par Xuo Luo, l’épouse chinoise d’Ernest Vitou, met les trois hommes en émoi. D’abord sceptiques, ils finissent d’être convaincus par le pygmalion de Nafissatou Diallo (le vieux troubadour Ebénézer Dassagoutey) qu’elle a cruellement abandonné pour rejoindre le shérif. Il n’en faut pas plus pour mettre en branle et effrayer les trois hommes qui vont se mettre en chasse pour la renvoyer aux enfers.
Une question hante tous les esprits visités par Nafissatou Diallo : la prétendue Kalamity Djane est-elle un fantôme ou un sosie de la défunte ? Nul ne saura le dire jusqu’à l’épilogue de ce thriller hilarant et grave à la fois. Certaines amours sont aussi fatales que la mort. Nafissatou Diallo, l’égérie-pygmalion de Dassagoutey, en s’entichant du don juan Boni Touré, a creusé sa propre tombe. Le shérif, lassé par cette amante teigneuse qui finit par concevoir, demande l’aide des acolytes pour se débarrasser de la grossesse à défaut de se débarrasser de la porteuse. La jeune femme, maltraitée mais pugnace, avale goulûment un repas assaisonnée d’une poudre abortive livrée par Al. Cet ignoble attentat a raison de la vie de Nafissatou et de son fœtus. Ernest Vitou lui recommande alors de se débarrasser du corps encombrant de cette demoiselle opiniâtre jusque dans la mort. Quelques jours après la dépouille ensanglantée et bouffie de Nafissatou Diallo est retrouvée, en pâture dans la nature sauvage.
La revenante Nafissatou Diallo alias Kalamity Djane parvient au bout de sa mission vengeresse laissant la Chinoise Xuo Luo désormais veuve dans un état de décrépitude mentale irréversible.

Une écriture burlesque et tragique

Ce western, campé dans le décor sans peine remarquable du nord-Bénin comme les vallées et les plaines montagneuses du grand canyon, use savamment, en les détournant, des codes du western classique : un crime, une victime, des assassins, des justiciers, les courses-poursuites et le duel final. Même le pseudonyme et les caractères de l’héroïne sont une parodie de Calamity Jane, la fameuse héroïne de l’ouest-américain à la gâchette aussi sûre et mortelle que Billy the Kid ou Lucky Luke, l’homme qui tire plus vite que son ombre.
C’est toujours une histoire humaine et un devoir de justice qui motive ce déchaînement de violence extrême, cette soif impitoyable de vengeance pour suppléer le défaut de justice pour les victimes. Et Florent Couao-Zotti dont la plume s’est engagée pour la femme fabrique une femme dont la faute est d’avoir trop aimé, et la mue en super-héroïne. Le temps des amazones est passé, place maintenant aux justicières qui sont leurs propres maîtresses.
La noirceur dominante de Western Tchoukoutou n’enivre pas moins grâce à l’accent pittoresque de Xuo Luo à se demander par quel miracle la Chine s’impose jusqu’aux tréfonds des montagnes béninoises. Moins comique et plus tragique la scène de correction de la vedette Pélagie Lalumeuz en laquelle le lecteur reconnaîtra sans peine une autre Pélagie (Pélagie La Vibreuse) dont les mélodies et les paroles grivoises, les coups de reins lubriques enchantent l’irresponsabilité libidineuse de certains hommes, est une façon pour le romancier de manifester son opinion. On pourrait être tenté de spéculer que l’auteur, poète dans l’âme, cherche lui-même à se venger de ces races d’artistes qui semblent prostituer le métier : « Elle se baissa, s’agenouilla, puis tenta d’incliner le dos au sol. Ses seins, à peine retenus par le soutien-gorge qu’elle portait, remontèrent vers le haut. Ce faisant, sa camisole, court taillée, dénuda son ventre, offrant à voir ses poils fins qui contrastaient avec la couleur banane de son corps […] Râblé tel un bûcheron, il monta hardiment sur scène ; Lalumeuz ouvrit les bras comme pour l’accueillir. Lui-même fit mine d’établir une complicité avec elle, mais d’un geste inattendu, il sortit de sa poche un sonkpaka et le fit claquer dans son. […] Et l’homme, de nouveau, leva la main et la frappa. Pélagie Lalumeuz tomba sur le coup. » Ce spectateur qui sort de nulle part pour corriger Pélagie Lalumeuz, prise pour sataniste, se prend lui-même pour un fidèle, un fervent intimement lié à la Volonté de Dieu ! Et Couao-Zotti en profite pour régler son compte aux croyants brigadiers « de la Foi chrétienne », plus omniscients, plus omnipotents, plus omniprésents et plus omni-éthiques que Dieu Lui-même !

Évaluer cet élément
(1 Vote)
Lu 3372 fois