D’une élection à une autre, les Béninois expérimentent de fort belle manière les principes de la démocratie. Ils touchent également du doigt combien ses dédales sont jonchés d’embûches. Après vingt-huit ans de démocratie, une tradition et un savoir-faire se développent.

Cinq chefs d’Etat se sont succédé sans heurt mais plutôt au gré de la « souveraineté » du peuple. La première alternance a été plus difficile que la deuxième et les autres. La démocratie transforme progressivement et profondément certaines mentalités, voire les mœurs à la grande stupéfaction des Béninois eux-mêmes.

Il y a moins de deux ans seulement, le président Boni Yayi aussi déterminé à faire passer son dauphin (M. Lionel Zinsou) dans une démarche, selon lui, de continuité de ses actions de développement, a été contraint par la vérité des urnes à l’instar de ses prédécesseurs (Mathieu Kérékou, Nicéphore Dieudonné Soglo) pour s’imposer de passer le pouvoir les sourires aux lèvres à l’élu du peuple, M. Patrice Talon. Jusqu’à la veille de la passation du pouvoir, tous les Béninois en doutaient.
La démocratie fait bouger donc sans bruit les mentalités, les montagnes de pratiques sociales obsolètes qui nous hantent, nous défigurent et nous animalisent.
Elle inculque ainsi, aujourd’hui mieux qu’hier, aux leaders africains de nouvelles et nobles armes d’autodiscipline qui jadis étaient synonymes de faiblesses, de façon à cultiver sinon imposer le détachement vis-à-vis du pouvoir. Des armes qui, au lieu de pousser au fratricide, attisent à tuer plutôt en soi « l’instinct animal » avide de s’éterniser au pouvoir pour laisser grandir en nous notre vraie humanité prête à tout abandonner au profit de l’intérêt général. Cette propension au détachement du pouvoir qui requiert une dose d’héroïsme fabrique progressivement dans le silence un nouveau type de citoyen béninois, voire africain.
Aussi, aux plans législatif, local et infra-local l’alternance s’expérimente. L’Assemblée nationale s’est déjà renouvelée sept fois. Les communes renouvellent aussi sans grands accrocs leurs conseillers et leurs maires par la voie des urnes.
De plus, le rapport antagoniste entre les premiers gouvernements et Parlements de l’ère du Renouveau démocratique, s’est progressivement mué en relation aigre-douce et actuellement en une sorte de complicité au cours de ce quinquennat.

Evolution

L’Exécutif, le Parlement et le pouvoir judiciaire et toutes les institutions de la République essaient de se conformer souvent aux décisions de la Cour constitutionnelle quel que soit le camouflet que cela leur inflige. Les récents évènements au sujet de la loi sur le retrait du droit de grève à certains agents de l’Etat montrent combien chaque institution s’emploie à jouer sa partition dans le processus démocratique.
Aussi, les médias sensibilisent-ils à chaque période électorale les populations à œuvrer pour l’instauration d’une culture de paix et de tolérance.
La Commission électorale nationale autonome (Céna) qui proclamait les résultats des semaines après le scrutin a commencé à les donner 72 heures après la fermeture des bureaux de vote. La Cour constitutionnelle qui, auparavant, publie les résultats environ un mois après le scrutin, ne fait qu’une semaine pour lever le suspense. L’introduction des technologies de l’information et de la communication dans la gestion des élections ont rendu possibles ces améliorations.
Le Bénin marche donc jour après jour et à pas sûrs vers une tradition et un savoir-faire démocratiques?

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