Des spectacles et autres évènements à relent artistique qui foisonnaient il y a quelque temps dans la rue se sont raréfiés ces deux dernières années. Si certaines initiatives se sont étiolées d’elles-mêmes bien avant l’avènement de la Rupture, d’autres par le fait de la conjoncture actuelle ont disparu tout simplement des radars. Ousmane Alédji, initiateur et organisateur de « Miwo Nonvi » puis de « Rencarts », analyse la situation et nous donne sa lecture de la situation.

La Nation : En tant qu’entrepreneur culturel et organisateur de festivals, quelle lecture faites-vous de la rareté des spectacles et autres festivals de la rue qui porte un coup à l’opportunité offerte au public d’aller à la rencontre de la créativité et de s’évader ?

Ousmane Alédji : Le principal problème, c'est l'inexistence, le défaut d'une décentralisation culturelle avec des politiques culturelles communales dignes d'intérêt et dotées de ressources (expertises et budgets). Le deuxième problème est que l'environnement socioculturel n'incite pas les acteurs culturels à prendre des risques. Troisième et dernier problème, la rareté des initiatives dans ce registre ne favorise pas l'invention et la fidélisation d'un public. Il ne suffit pas de descendre dans la rue pour avoir un public; le public se crée et s'entretient dans la constance de l'acte et dans la durée.

Au-delà d’une opération de mobilisation des exclus des lieux huppés d’exhibition, les arts de la rue ont contribué à une certaine époque à l’animation de l’univers artistique avec des performances remarquables. La léthargie observée aujourd’hui dans le secteur artistique ne témoigne-t-elle pas de l’importance qu’ils revêtent au Bénin ?

Ce que vous dites est vrai. Les politiques culturelles au niveau communal, pour les municipalités qui se respectent devraient intégrer cet aspect-là de l'éducation des populations par la culture et inventer des mécanismes adaptés à leurs contextes cultuel et socioculturel. A défaut, mettre en place un dispositif de sélection et de subvention de projets d'acteurs professionnels privés. La seule mairie qui semble pour l'instant se préoccuper d'une dynamique culturelle active, c'est la mairie de Parakou. Je ne le dis pas parce que M. Charles Toko est un ami. Il a posé un acte. Nommer un expert du secteur, conseiller culturel à la mairie témoigne de son envie d'entreprendre des choses sérieuses. C'est du concret. La plupart de nos communes sont dépourvues d'interlocuteurs de qualité. Vous ne pouvez rien y développer de sérieux. Culturellement, j'entends. Donc, vous avez raison totalement. Il faut faire quelque chose à l'adresse des maires et conseillers communaux. C'est la solution.

Le souci d’amener l’art vers le public ne répond-il pas à une façon d’importer au Bénin le système de création en résidence en vogue en Occident ?

Oui et non. Normalement, l'un ne remplace pas l'autre. Les résidences de création répondent à des besoins de productions variées et de qualité alors que ramener les arts dans la rue répond à des besoins d'animation de la ville, des besoins d'attractivité et de visibilité (parfois à des fins de propagande politicienne) mais aussi de l'éducation des populations par les arts et la culture. Je veux dire même en Europe l'un ne remplace pas l'autre. Ça ne devrait pas être le cas chez nous. Il est temps que nos municipalités prennent toutes leurs responsabilités face à cette léthargie que vous déplorez ?

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