Vient de paraître aux éditions du Flamboyant de Cotonou un ouvrage intitulé « Vodoun Toxosu-Nesuxwé -Une esquisse de la musique sacrée chez les Fon ». Le livre écrit par Wanilo Bertrand Ananou, comporte 164 pages et six chapitres.

Le vodoun permet de déterminer les statuts sociaux, les rapports entre les différents lignages. Si pour le Fon, le vodoun est un esprit qu’il peut représenter et auquel il rend un culte, il n’en demeure pas moins qu’il existe d’étroits liens entre le vodoun et l’organisation sociale. L’auteur de l’ouvrage mentionne que rares sont les célébrations vodoun qui se déploient sans une musique sacrée. Celle-ci balise les rituels, établit le dialogue entre le visible et l’invisible, invite les divinités à se manifester, etc. Elle ne représente seulement pas une expression artistique ou un fait socioculturel qui véhicule l’esthétique de la tradition orale. Elle se charge d’un pouvoir ésotérique qui s’investit dans la dynamique fonctionnelle de la religion traditionnelle des peuples du Golfe du Bénin.
Elaborer une épistémologie vodoun à partir d’une exégèse musicale de Toxosu-Nesuxwé vise évidemment à mettre en lumière la théologie qui fonde la révérence à travers les pratiques endogènes des Fon du Danxomè (entre-temps Dahomey, aujourd’hui Bénin). Aux dires de l’auteur, il s’agit, en réalité, d’une analyse qui explique le sens et explicite la portée du verbe rituel et de l’action ritualisée dans une approche d’exposition des valeurs authentiques et conceptuelles du vodoun, notamment du double culte des morts mis en exergue. L’historique récent des Fon ne peut être abordé concrètement si une mention n’est faite du peuplement du Plateau d’Abomey et de la création du royaume de Danxomè qui est aujourd’hui réputé comme un milieu fon par excellence sur la carte linguistique du Bénin. En vérité, la musique sacrée constitue un élément de tradition orale qui marque de ses empreintes les cérémonies et les rituels vodoun. Il s’agit, en réalité, d’une analyse qui part d’une description étayée de l’ésotérisme et de l’exotérisme de Toxosu-Nesuxwé pour déboucher sur le sens profond et la portée du verbe rituel, puis l’action ritualisée. Le composé Toxosu-Nesuxwé désigne un culte du panthéon traditionnel vodoun, considéré comme un concept définissant le système de croyance du peuple fon. Selon l’auteur, Toxosu et Nesuxwé sont deux entités qui forment un collège de divinités célébrant les morts. A cause des spécificités qui incombent à l’une (Toxosu) et l’autre (Nesuxwé), il est plus commode à la compréhension de les conceptualiser et de déterminer l’ontologie de la mort qui le caractérise. Les Toxosu désignent les enfants qui naissent sous une impulsion divine qui les rend vodoun. Le plus souvent, il s’agit des êtres qui viennent au monde avec des malformations, peut-être des anomalies chromosomiques. La consultation du Fâ contribue, dans une large proportion, à la détermination de la réelle nature spirituelle de ces enfants.

Incarnation

Les Toxosu ne se métamorphosent véritablement pas en des êtres humains. Ils ne représentent pas en soi grand-chose. Ils servent juste de montures pour un genre d’esprits qui prend possession de leur corps afin de se faire honorer. Parfois, cette incarnation devient une punition aux parents qui abusent des impairs. L’auteur indique que les Nesuxwé divinisent les ancêtres dans les lignées nobles. Au Danxomè, en pays fon, il s’agit notamment des familles princières et celles des dignitaires et cadres de l’administration royale. Sous l’impulsion des successeurs de Soxa Gbaguidi, le culte de Nesuxwé a eu ses débuts à Savalou, en pays Mahi, bien après celui de Toxosu. Les consécrations à Abomey des premiers temples de Nesuxwé n’ont été effectives que grâce aux apports des prêtres de Savalou, célébrants d’Azaka sous le règne maxi de Baglo Gbaguidi (1769-1794). Ce sont eux qui ont initié les premiers dévots de la capitale du Danxomè. C’est dire que le Nesuxwé a une origine purement Mahi. En pays Fon, nul ne conteste d’ailleurs cette provenance. L’auteur Wanilo Bertrand Ananou souligne que la musique désigne un fait culturel, une forme d’expression humaine qui, dans bien de cultures, accompagne les événements de la vie. Puisque l’objectif déterminant de cet ouvrage se limite à l’aspect religieux de la musique sacrée chez les Fon, l’auteur déploie et étaye ce genre artistique dans une perspective globale avant de le circonscrire dans une approche spécifique au culte des Toxosu-Nesuxwé.
Dans sa conclusion, Wanilo Bertrand Ananou explique qu’au terme de cette étude, on se rend à l’évidence que le vodoun est un système de croyance qui ne déroge pas aux normes de la spiritualité universelle. En consacrant le présent livre à une étude de cas axé sur lesdits Fon de l’aire géographique de l’ancien royaume du Danxomè, il nourrit la noble ambition de joindre l’utile à l’agréable, faire la précision dans la concision. Puisque le double culte mis en lumière dans cet ouvrage confirme la sacralité de la vie, sans l’avouer expressément, il rejette toute atteinte à elle, surtout dans le cadre des interruptions volontaires de grossesse, de l’infanticide, etc.
Wanilo Bertrand Ananou est sachant fondamentaliste, chercheur indépendant et consultant culturel. Il porte ses réflexions sur les problématiques de la construction de l’identité et de l’altérité dans les savoirs et pratiques endogènes du Golfe du Bénin. Il est le PDG des éditions Naguézé. Aussi, il est auteur de plusieurs ouvrages intéressants : Vodun Xèvioso. Le culte du Principe cosmique transmetteur du Feu, Le vodun : la religion traditionnelle du Danxomè. Lumière sur l’univers spirituel du Bénin, Les vendeurs de parole. ?

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