Depuis bientôt un mois, le Nigeria a fermé ses frontières avec les pays voisins dont le Bénin. Officiellement, les raisons d’un tel acte fluctuent, côté nigérian, passant de nécessité d’opérations sécuritaires internes à des raisons liées aux fraudes douanières et aux activités de contrebande, puis à la réexportation via le Bénin de produits qui seraient indésirables sur le sol nigérian. Quel va être le dénouement de cette situation qui éprouve les relations entre les deux pays ?

La récente fermeture des frontières par le Nigeria, comme à ses habitudes, est un acte unilatéral qui laisse perplexe. Perplexe en raison des liens séculaires entre les deux pays et, de ce fait, la fermeture de frontières ne doit jamais s’opérer sans devoir aviser l’autre. Perplexe, en raison de ce que cette forme de protectionnisme s’exerce en violation des normes de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest et des exigences de la Zone de libre échange en Afrique, organisme et instrument auxquels le Bénin et le Nigeria sont parties. Alors ?
Quoi qu’il en soit, il faut déplorer la situation qui, en l’occurrence, n’est favorable ni au Nigeria ni au Bénin, surtout aux commerçants des deux pays qui en souffrent le plus. On ne le souligne pas assez, mais la fermeture des frontières a des impacts économiques négatifs aussi bien sur le Bénin que sur son voisin de l’Est, géant aux pieds d’argile en raison de ce que son sort est intimement lié au pétrole dont le cours ne dépend du reste pas des autorités nigérianes.

Difficile pour le Bénin

A hauteur de 13 %, les exportations du Bénin vers le Nigeria sont constituées de produits tels que le soja, le piment, l’ananas et bien d’autres produits maraîchers. Ce qui fait de ce pays le 4e partenaire du Bénin à l’exportation. C’est dire l’impact  de la mesure prise par les autorités nigérianes sur ces secteurs économiques au Bénin. Rien qu’à en juger par la sollicitude dont fait preuve le gouvernement depuis, à travers ses ministres sectoriels, à l’endroit des producteurs de tomates et autres produits maraichers ébranlés par la situation, on mesure que l’impact est d’importance.  
Autre pan des opérations économiques affectées au Bénin,  le commerce de réexportation d’ailleurs dans le point de mire d’Abuja. La fermeture des frontières induit de ce fait une réduction drastique du volume des échanges entre les deux pays et par ricochet des recettes fiscales de l’Etat béninois, voire des prévisions de croissance, comme a pu l’admettre en toute lucidité le ministre d’Etat en charge du Plan et du Développement, Abdoulaye Bio Tchané, lors d’une interview à Jeune Afrique.

Impacts sur le Nigeria

Mais comme dit un adage béninois, l’enfant qui empêche sa mère de dormir ne saurait piquer non plus un somme ! La situation actuelle n’est pas non plus sans préjudice pour le Nigeria, tout géant qu’il est. Aussi, le tissu industriel nigérian est-il soumis à rude épreuve. L’on sait, sans devoir recourir nécessairement à des statistiques, combien les Nigérians, nombreux, commercent au Bénin, en y vendant des produits made in Nigeria ou de réexportation, chose que reprochent paradoxalement les dirigeants nigérians au Bénin.
Ces commerçants nigérians, aujourd’hui bloqués, faisaient régulièrement la navette entre leur pays et le Bénin, autant voire davantage que les Béninois qui convoient leurs produits sur le marché nigérian. En général, selon les témoignages, les maraichers de Grand-Popo et d’autres régions du Bénin, vendent clé en main leurs productions à des Nigérians qui payent par avance ou réservent les produits bien avant récolte. La fermeture des frontières signifiant non circulation des biens, inutile de préciser que ces revendeurs et les consommateurs finaux au Nigeria sont tous pénalisés. Autant que les producteurs béninois. Il en est de même des produits nigérians qui transitent par le Bénin pour d’autres pays de la sous-région. Inutile de souligner également, que le Nigeria est aussi sujet à l’inflation du fait de cette situation qui prend les couleurs d’une crise entre le Nigeria et ses voisins. Et pour cause, qui dit rareté de biens, dit inflation, un principe économique basique. Une inflation qui va continuer à frapper les produits alimentaires de base des Nigérians. Alors, du Bénin ou du Nigeria, qui est le plus grand perdant ? Autant résoudre l’énigme de l’œuf et de la poule, à savoir lequel vient avant l’autre !
La situation étant ce qu’elle est, les autorités béninoises ont adopté la bonne posture pour son règlement : la discussion avec leurs homologues nigérians et des initiatives pour une solution régionale inclusive. Quand bien même, l’acte posé par le Nigeria a des relents hostiles dans un contexte d’intégration régionale où l’ouverture et le dialogue doivent primer sur toutes autres considérations.

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