Les ministres Gaston Dossouhoui et Shadiya Assouma ont pris langue, ce mercredi 18 septembre, à Allada, avec les acteurs de la filière ananas qui éprouvent des difficultés à écouler leurs produits suite à la fermeture des frontières nigérianes. Des propositions à court, moyen et long termes sont faites pour juguler la crise qui perdure depuis un mois.

Renforcer les capacités des unités de transformation locales ; mettre en place une plateforme de prospection et des mécanismes adéquats pour accéder aux marchés sahélien, maghrébin, européen et asiatique ; appuyer les organisations faîtières pour une meilleure structuration de la filière et la traçabilité des produits. Ce sont entre autres solutions envisagées par les acteurs de la filière ananas pour juguler la crise née de la fermeture de façon unilatérale, depuis le 23 août dernier, des frontières du Nigeria.
En effet, les flux d’exportation de l’ananas vers le grand voisin de l’Est qui consomme 47 % de la production nationale, sont très réduits. Même la voie de contrebande à Ifangni ne permet pas de décharger les commerçants béninois qui crient leur ras-le-bol. Les commerçants grincent des dents, les transformateurs rechignent, les producteurs sont aux abois et l’Etat a de la peine. Plus de 4500 tonnes de fruits seront accumulées d’ici à la fin du mois mais les unités de transformation n’arrivent à absorber que 500 à 600 tonnes par semaine, signale le ministre de l’Agriculture, Gaston
Dossouhoui qui a rencontré les acteurs de la filière, hier à la préfecture d’Allada, en compagnie de son collègue de l’Industrie et du Commerce, Sadiya Assouma.
«La situation est préoccupante et cruciale. Nous avons mal; aidez-nous à nous en sortir», supplie Bertille Guèdègbé
Marcos, présidente de l’Association interprofessionnelle de l’ananas du Bénin (Aiab). Mais au-delà de l’amertume et des plaintes relatives aux pertes énormes enregistrées, la séance d’échanges devrait permettre d’aboutir à des solutions. Au moins quatre séances de concertation sont déjà organisées sous l’égide du ministre de l’Agriculture ou des structures sous sa tutelle depuis le début de la crise, saluent les acteurs.
Gaston Dossouhoui se montre compatissant mais insiste sur la maîtrise des itinéraires techniques de production et l’adoption de bonnes pratiques en vue de garantir la qualité du label  béninois. Ainsi, l’ananas pourra être mieux conservé et exporté par bateau par exemple, selon lui.
Si en matière de commercialisation, il est question de porter la quantité exportée d’ananas de 4500 tonnes actuellement à au moins 12 000 tonnes l’an dans la sous-région et à 24 000 tonnes vers l’Union européenne, ce qui préoccupe davantage le ministre c’est la transformation sur place, surtout avec l’ambition du gouvernement de passer de 400 000 tonnes environ à 600 000 tonnes de production par an à l’horizon 2021.

Diversifier les champs d'exportation

La situation actuelle appelle à accélérer le processus de diversification des champs d’exportation en saisissant les opportunités du marché régional (Niger, Togo, Burkina Faso, Mali) et du marché international. Pour ce faire, le président de l’Association nationale des exportateurs d’ananas du Bénin (Aneab), Jean-Xavier Satola, propose la mise en place d’une cellule qui inclut les partenaires techniques et financiers afin de discuter des modalités d’accompagnement. Mais avant, il suggère que le gouvernement appuie les transformateurs qui manquent de fonds de roulement et d’équipements adéquats et surtout les producteurs endettés afin d’amortir les crédits consentis à taux élevé (environ 11 à 12 %) auprès des institutions de microfinance. A ce propos, les regards sont tournés vers le Fonds national de développement agricole (Fnda) qui devrait réduire les risques, bonifier les crédits et faciliter ainsi l’accès des bénéficiaires aux prêts bancaires, mais qui peine à satisfaire les entrepreneurs agricoles depuis son lancement en juin 2018, à en croire Mme Guèdègbé Marcos.
Félix Noutchédé Dossou, secrétaire général de la Fédération nationale des coopératives de transformateurs d’ananas du Bénin (Fenacotab), insiste, quant à lui, sur la nécessité d’équiper et d’aider les entreprises transformatrices à acquérir à moindre coût les emballages et autres consommables. « Si on a 20 à 30 entreprises bien équipées, on peut gérer la situation », estime-t-il.
La ministre de l’Industrie et du Commerce a salué la qualité des échanges tout en rassurant que les inquiétudes et les propositions des acteurs sont bien notées. «L’Etat va veiller pour une sortie honorable de la crise», apaise le ministre Dossouhoui, promettant de rendre compte à qui de droit.

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