La politique n’est sans doute pas un jeu pour enfants de chœur, si l’on s’en tient à a rudesse qu’elle recèle en termes de coups bas et d’entorse à la vertu. Mais elle n’a pas vocation non plus à servir d’estrade à la détestation, ni à la haine. On peut avoir des divergences de fond, des points de vue différents, sans devoir forcément céder au rejet de l’autre, à la tentation, il est vrai, réelle d’ériger de Ligne Maginot.

De façon très prosaïque, la problématique à résoudre a trait à ceci : de s’opposer en politique exclut-il que dans la sphère privée l’on puisse garder, si l’on en avait, des relations cordiales ? Assurément, non ! Car quelque part, la politique, à l’instar de tout autre jeu digne du nom, requiert un minimum de fair-play auquel il faut souscrire pour que le jeu soit plaisant.
Il en est ainsi dans les démocraties établies. Comment peut-il en être autrement dans le microcosme politique béninois?  
En tout cas, il n’est pas rare au Bénin de voir deviser en franche camaraderie, dans la sphère privée, des hommes et femmes politiques que tout oppose politiquement. Le délit d’amitié, au nom de la politique, est abscons, entendu qu’il n’y a pas de raisons objectives à renoncer à son ami de trente ans, à rompre avec son ancien camarade de classe ou d’amphi, au seul motif que celui-ci est d’un autre bord politique, soit-il opposé au sien. C’est pourtant le chef d’accusation d’un véritable procès en sorcellerie instruit récemment au Bénin par un tribunal qui relève de l’inquisition. Le summum de la bêtise aura été pour celui qui s’est retrouvé à la barre de s’en excuser, de faire ses plates excuses pour avoir pris part à une cérémonie d’ordre privé de son ami d’un autre bord politique. On ne s’excuse pas de ses amitiés. Au mieux, on y renonce pour peu qu’elles deviennent amorales, immorales ou indignes…Ce n’était pas le cas !  Et il vaut mieux, en politique, laisser les idées diverger.
Répondant à cette problématique, toujours relative aux liens d’amitié mais sur un tout autre pan, le président actuel de la Cour constitutionnelle, devant une brochette de journalistes, a récusé «la trahison », professant plutôt la « fidélité » dans l’amitié. De façon sibylline, il lui était demandé s’il avait pu rompre ses liens avec son ancien client et actuel chef du gouvernement en la personne du président Patrice Talon, au nom d’un idéal qui serait soi-disant attaché à la fonction qu'il occupe actuellement.
Admettant certes, que la fonction qu’il occupe requiert une certaine indépendance pour l’assumer en tant que mission républicaine, il n’y voit aucune nécessité de devoir renoncer à ses amitiés pour autant, nuance-t-il. Il faut avoir du courage, de sa position actuelle et dans une atmosphère délétère, pour donner une telle réponse urbi et orbi ! Mais l’iconoclaste juriste a raison à ce propos. Nommé en raison de ses attaches, comme cela se fait partout dans le monde, car il ne vient à l’esprit de personne de nommer son ennemi à une fonction aussi stratégique, doit-on renoncer auxdites attaches au nom d’une indépendance qui se voudrait  subjective et  surtout ingrate en soi ?  
Mettons-nous d’accord : bien entendu, le principe qui fait école, « vous m’avez nommé, je ne vous connais plus…», ne saurait être remis en cause, mais alors, il faut par-là comprendre, «je ne vous connais plus, seules les règles ont primauté », mais pour autant, l’on ne saurait renoncer à ses liens d’amitié !         
Je photographie des gens heureux pour essayer de leur ressembler, ça nous changera des minois facétieux.   

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