Du 28 au 30 juillet, le Bénin accueille pour la toute première fois de son histoire un président indien. Un grand coup diplomatique lorsqu’on se rend à l’évidence du poids commercial de l’Inde et de ses nombreuses performances. Dans cette interview exclusive, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, Aurélien Agbénonci, évoque les raisons qui militent en faveur du choix du Bénin pour accueillir le président indien.

La Nation : Sous quel sceau doit-on placer la visite du président indien Ram Nath Kovind qui signe ainsi une première au Bénin?

Aurélien Agbénonci : La visite qu’effectue au Bénin à la tête d’une importante délégation Son excellence Monsieur Ram Nath Kovind, est, comme vous le dites, une première. Elle traduit l’excellente qualité des relations de coopération que nos deux pays entretiennent. Cette visite s’inscrit également dans le cadre d’une tournée ouest-africaine qu’entreprend le président de l’Inde.
De plus, vous n’êtes pas sans savoir que depuis son accession au pouvoir en 2016, le chef de l’Etat, le président Patrice Talon a impulsé un nouveau mode de gouvernance avec de nouvelles orientations définies dans le Programme d’action du gouvernement, qui constitue un plan stratégique ambitieux de développement. Je puis vous dire que les résultats de nos réformes ainsi que les indicateurs de notre croissance économique enregistrés depuis trois ans, ont influencé le choix de notre pays parmi ceux retenus dans le cadre de cette tournée.

A quelle échelle doit-on situer aujourd’hui les relations entre le Bénin et l’Inde qui est du reste un grand partenaire économique du Bénin ?

Bien que récente, la coopération entre le Bénin et l’Inde s’est renforcée au fil des années et porte sur des secteurs importants. Sur le plan commercial, l’Inde est un partenaire stratégique du Bénin.
Avec sa population de près d’un milliard et trois cents millions d’habitants, l’Inde apparait aujourd’hui comme l’un des pays émergents d’Asie qui a atteint un niveau d’industrialisation et de développement soutenu. L’Inde fait partie du groupe des cinq pays communément appelés «Brics » (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud). Dans plusieurs secteurs, ses indicateurs font même pâlir d’envie certains pays développés. C’est un pays qui a une vitalité démocratique reconnue de par le monde entier et qui dispose de solides potentialités dans les domaines de l’énergie, de la technologie, de la santé, du tourisme et des technologies de l’information et de la communication. Notre pays gagnerait beaucoup à entretenir et dynamiser la coopération avec ce pays dans la perspective de tirer le meilleur de ce géant de l’Asie, après la Chine et le Japon.

Les relations entre les deux pays datent de plusieurs années. Quels en sont les paradigmes nouveaux et quelle dynamique entendez-vous lui insuffler ?

Depuis l’arrivée au pouvoir du président Patrice Talon, le Bénin s’est résolument engagé sur le chantier du développement. Sur le plan de la diplomatie, le président Talon a tenu à renforcer les liens existants mais aussi à diversifier nos relations. Une nouvelle méthode a été imprimée à l’action gouvernementale avec l’élaboration du Programme d’action du gouvernement qui définit les stratégies pour révéler le Bénin. La déclinaison de ces stratégies fait une place de choix au secteur privé, créateur de croissance et de la richesse. La coopération avec l’Inde doit désormais s’inscrire dans une approche pragmatique et être en adéquation avec ces nouvelles orientations fondées sur le partenariat public-privé. Dans cette perspective, les officiels des deux pays vont se rencontrer dans un proche avenir pour faire le bilan de la coopération bilatérale et définir de nouveaux axes dans les domaines offrant des avantages comparatifs favorables au développement d’un partenariat public-privé dans l’intérêt des deux parties.
Je voudrais rappeler que le président Talon s’est rendu en Inde au mois de mai 2017 et à cette occasion, il a eu une importante séance de travail avec le Premier ministre Monsieur Narendra Modi. Par ailleurs, la nouvelle vision de l’Inde et son intérêt pour les pays africains, augurent de nouvelles perspectives pour la coopération bénino-indienne. Le Bénin, dans son offensive pour les investissements étrangers devra saisir les opportunités que ce partenariat offre pour soutenir les efforts de développement.

Quel est l’agenda du président Ram Nath Kovind au Bénin? Et quelles vont en être les grandes résolutions ?

A l’occasion de cette visite, le président de la République de l’Inde aura, au cours d’un tête-à-tête, une série d’entretiens qui porteront sur la coopération bilatérale, le partenariat Inde-Afrique et la situation dans le monde. Plusieurs accords de coopération en discussion avec la partie indienne seront signés parmi lesquels on peut citer : l’accord d’exemption de visa, l’accord portant sur le programme d’échanges culturels entre le Bénin et l’Inde, l’accord sur la télémédecine et la télé-éducation et un protocole d’entente relatif à la coopération dans le domaine de la garantie des crédits à l’exportation.
Au cours de son séjour, le président de la République de l’Inde se rendra à l’Assemblée nationale où il prononcera un discours devant les députés béninois. La visite officielle du président de l’Inde s’achèvera par une rencontre avec la communauté indienne présente au Bénin. Il convient de souligner que le président Kovind sera l’un des rares hommes d’Etat en visite officielle au Bénin à s’adresser aux députés à l’Assemblée nationale. Ceci constitue un symbole important pour le peuple béninois que le président d’une des plus grandes démocraties au monde s’adresse aux Représentants dans un pays où les réformes s’opèrent même dans le domaine du système partisan.

Deux visites de chefs d’Etat, et pas des moindres, en moins d’une année, la diplomatie béninoise se veut-elle aujourd’hui sélective dans l’efficacité ?

L’action diplomatique est toujours sélective et est guidée par les intérêts de chacune des parties. En ce qui nous concerne, cela fait trois ans que, sous le leadership du chef de l’Etat, la diplomatie béninoise fait sa mue. Tout en maintenant les relations avec nos partenaires traditionnels, nous allons scruter d’autres horizons. Nous allons vers ceux qui font bien, les meilleurs dans plusieurs domaines. Nous n’allons pas vers les autres comme de vils quémandeurs. Nous allons vers eux en leur présentant les opportunités qui existent chez nous pour nouer des partenariats. Nous présentons le Bénin comme une terre d’opportunités. C’est pour vous dire que nous allons vers les meilleurs dans les domaines présentant un intérêt pour nos priorités de développement. De plus, les réformes courageuses opérées par le chef de l’Etat séduisent le monde. Le Bénin est respecté à l’extérieur. Tous ces facteurs militent en notre faveur.

Évaluer cet élément
(1 Vote)
Lu 966 fois