Le principe de précaution, mis en branle par le gouvernement, par souci de transparence et de bonne gouvernance, a permis de lever un gros lièvre, selon toute évidence, dans le dossier de réfection et de renforcement de la piste d’atterrissage de l’aéroport international
Cardinal Bernardin Gantin.

« …Les résultats de nos investigations ont montré que la qualité des travaux laisse à désirer et reste mitigée. Cet état de choses trouverait sa source en amont, depuis le choix du bureau d’études et du bureau de contrôle par le maître d’ouvrage… ». Voilà qui donne le ton de la qualité des travaux exécutés dans le cadre de la réfection et du renforcement de la piste d’atterrissage de l’aéroport international Cardinal Bernardin Gantin sous le régime précédent. Il s’agit de travaux de piètre qualité, à en croire les conclusions des investigations faites. Des travaux ayant coûté des milliards de
F Cfa se sont avérés défectueux. Chose que,faisant valoir le principe de précaution, le gouvernement actuel a décelée, dans une démarche toute naturelle de redevabilité et de transparence.

Quid ?

Tout est parti de la dégradation poussée de la piste, constat ayant conduit le gouvernement de la Rupture à engager des travaux pour une nouvelle réfection, en attendant la construction de l’aéroport de Glo-Djigbé. Etant donné que des fonds publics avaient été engagés pour ces mêmes travaux. En somme, un souci de bonne gouvernance qui a abouti à l’expertise des travaux effectués peu avant. Le rapport qui en a découlé est on ne peut plus accablant. Et pour les autorités publiques qui ont géré le processus de contractualisation, et pour les structures exécutantes.
Le rapport de la mission d’expertise de diagnostic et d’évaluation des travaux en cause fait état d’un scandale et décèle des vices dans la procédure d’attribution du marché et la qualité des travaux. Des indélicatesses dont la note se chiffre en milliards de F Cfa.
Pour des travaux de réfection de piste d’atterrissage d’une longueur de 2 400 mètres et d’une largeur de 45 mètres, selon le rapport, des contrats « … ont été conclus respectivement pour un montant de 3 619 218 424 francs Cfa dont un avenant accordé mais non signé pour 974 564 442 francs Cfa en ce qui concerne l’entreprise Cge/Nge et de 76 304 640 F Cfa suivi d’un avenant de 70 709 760 F Cfa en ce qui concerne la société Rincent international Btp... ». Suivant les termes du rapport qui lève le voile sur ce scandale financier sous Yayi, « auparavant, la société Rincent international Btp avait obtenu un marché de gré à gré avec la Daan (Asecna) pour un montant de 103 000 000 F Cfa pour les études techniques et la préparation du dossier d’appel d’offres relatif au recrutement de l’entreprise ».

Une mise en danger des aéronefs

Sans appel, le rapport d’évaluation pointe : « les normes en vigueur pour garantir la qualité de l’ouvrage et la sécurité des aéronefs ont été rappelées. Malgré cela, les investigations sur la piste ont montré après à peine un an d’exploitation, des nids de poules, des désenrobages, brûlures et pelades, etc. Ces constats mettent en doute la qualité des travaux selon les normes de construction et induisent des risques pour la sécurité des aéronefs », dit-il en substance. Dans un luxe de détails édifiant, le diagnostic établi « note sur cette piste la présence des trois grandes familles de dégradations : des zones affaissées (tassement différentiel) dues soit à un compactage insuffisant de la couche de base ou de roulement, au non refroidissement du béton bitumineux avant son exploitation, donc susceptible de déformation, car il y a instabilité des matériaux de la couche de roulement ; soit à la faible portance localisée de la structure de la chaussée ;au raccordement non harmonieux de pente dans le profil en long... ». Pis, il est fait état de « Fissures de joints et de mauvais raccordements des joints ; de transversaux dans le sens du profil en long pouvant générer des soubresauts lors du roulage des aéronefs augmentant ainsi les risques d’insécurité… ».
Au titre d’autres dégradations, il est fait cas « Des remontées d’eau par capillarité à cause de la nappe phréatique affleurante et des infiltrations d’eau dues aux embruns marins… », pouvant trouver leur origine dans « L’insuffisance du temps de travail et de refroidissement des enrobées ; les travaux réalisés les nuits ; l’éloignement de la centrale d’enrobée ; le non-respect par les compagnies des Notam (les horaires possibles de navigabilité des aéronefs) … ». Avec pour conséquences, « Les difficultés de réaliser les travaux de finitions correctement… ».

A qui la faute ?

Tous ces manquements sont imputés à l’Asecna « pour  le  choix hasardeux et ambigu des bureaux d’études et de contrôle et la manière dont ce dossier a été piloté » ; à la société « Rincent international pour avoir rendu des études non approfondies » ; quant au  bureau de contrôle , il lui est reproché de ne  s’être pas fait représenter au plus haut niveau. Lesdits manquements, révèle le même rapport, ont aggravé l’état dégradé ou déjà très dégradé de la piste d’atterrissage de l’aéroport de Cotonou. En ce sens que de nouveaux travaux sont apparus nécessaires et ont entraîné des surcoûts de l’enveloppe initiale d’une part, et de nouvelles dégradations continuent de surgir alors que les travaux sont supposés être terminés d’autre part. Au regard de tout ce qui précède, conclut le rapport, « Le renouvellement du corps de chaussée et donc de la chaussée entière notamment sur le tiers du linéaire de la piste s’impose. Il serait aussi indiqué d’envisager, dans les très prochaines années, la reconstruction de la piste et celle-ci passera par l’élaboration préalable d’une stratégie de construction, de maintenance et d’entretien futurs ».

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