Par Josué F. MEHOUENOU

Des supporters couchés au beau milieu de la route empêchant toute circulation, des jeunes en pleurs, d’autres euphoriques, des personnes âgées dansant aux abords des voies, un bruit infernal de klaxons de motos et de véhicules, et surtout, une ville en explosion qui se permet tous les excès. C’était dans la nuit du vendredi au samedi matin, le spectacle, sinon l’ambiance dans la ville de Cotonou, après l’historique qualification de l’équipe nationale pour les ¼ de finale de la Can.

Les couleurs de cette euphorie ont été annoncées d’abord à la rédaction du quotidien de service public La Nation. A peine Mama a-t-il propulsé son tir au but au fond des filets qu’une clameur s’est fait entendre au sein de cette salle de rédaction d’ordinaire si silencieuse. On tapait sur les chaises, on sautait, on s’embrassait… Et comme si cela ne suffisait pas, dans un élan euphorique, deux reporters montent sur la table et entonnent l’hymne national, repris en chœur par la vingtaine de rédacteurs et autres travailleurs de l’Office national d’imprimerie et de presse (Onip) qui ensemble, pendant environ 130 minutes, ont partagé le suspense puis enfin les joies d’un match à rebondissements.
Pendant ce temps, les rues de Cadjèhoun accueillaient leurs premiers enivrés. Ce sont de jeunes supporters qui, les premiers, ont donné le top de l’ambiance, roulant à vive allure et criant la victoire de l’équipe. Dix minutes après le coup de sifflet final, le carrefour Bon Pasteur avait du mal à laisser circuler les véhicules. Il fallait se soumettre au diktat des jeunes à moto qui faisaient des acrobaties avec leurs motos, chantant l’historique qualification de leur équipe. Volontiers, des automobilistes se sont joints à eux. Un peu plus loin, sous la passerelle de Cadjèhoun, les revendeuses du soir, à défaut du drapeau national, ont ôté leurs foulards pour les agiter. Il fallait les entendre chanter et danser allant jusqu’à occuper la voie. Mais très vite, cette ambiance va gagner en intensité avec le retour d’un groupe de trente femmes environ, vêtues de robes tricolores illustrant le drapeau national, chantant et dansant elles aussi. Elles revenaient d’une projection grand public où elles ont suivi le match avec ses émotions. « Notre joie est indicible. C’est carrément une folie. Je suis en transe », confie, essoufflée, l’une d’entre elles. Pas assez de temps d’ailleurs pour les interviews. A pas pressés, elle rejoint ses coéquipières pour un show qui « va durer toute la nuit ». Direction, le stade de l’Amitié où elles se sont données rendez-vous entre supportrices pour « célébrer les Ecureuils ». Et pour s’y rendre, une belle marche rythmée de chants à la gloire de l’équipe nationale, laissant voir de derrière un festival de fesses qui faisait grossir le monde des poursuivants.

Tout se permettre au nom d’une victoire !

Mais à y voir de près, ces dames ont pris la meilleure option, celle d’aller au stade à pied. Ceux qui ont entrepris l’aventure à moto ou en voiture depuis Cadjèhoun ont été contraints à un interminable embouteillage. La principale raison, c’est qu’un groupe de jeunes supporters en transe a pris d’assaut la voie à la hauteur de la cité Houéyiho et se sont étalés sur le macadam pour manifester leur joie. Il fallait donc dévier et passer par le tronçon Vodjè-Etoile rouge. Mais c’était aussi peine perdue. Sauf à rouler habilement à côté d’autres groupes de jeunes et de fanfare qui chantaient et dansaient tout au long du tronçon. Ils étaient cinq au total, partis sans doute en rangs dispersés de la place de l’Etoile où le principal bar du carrefour a organisé une fête improvisée qui voyait danser aussi bien ceux qui ont suivi le match sur place que les usagers de la place. L’ampleur du bouchon a contraint les éléments de la police républicaine à réorganiser la circulation. Ils auraient dû le faire un peu plus tôt pour éviter les nombreux accidents parfois graves enregistrés au cours de la soirée.
Au carrefour Cica Toyota, c’est l’arrêt obligatoire, le temps d’esquisser quelques pas de danse ou de sauter « Allez Bénin… allez les Ecureuils », avant de rallier enfin le stade de l’Amitié, du moins le dernier carrefour avant. Folie totale ! Des jeunes torse nu ou simplement en caleçon assurent le show. Tous les usagers de la route sont contraints à un arrêt forcé. Mais en ces heures de célébration de la première qualification du Bénin pour les quarts de finale de la Can, tout le monde supporte les désagréments sans gêne. Bien au contraire, le mouvement est accompagné par un bruit infernal de klaxons, de Holà et autres cris de joie. Pour les bars, maquis et restaurants qui ceinturent l’aire de jeu, c’est le temps des bonnes affaires. Pas une seule table dégarnie. A défaut de places assises, on sirote sa bière debout, ou en dansant sur ce qu’il convient d’appeler l’hymne des Ecureuils, le morceau « Allez les Ecureuils » d’Ignace don Metok. Bonnes affaires par ci, bonnes affaires par là. Et dont ne sont point en marge les belles de nuit tapies dans la pénombre habituelle de l’esplanade extérieure du stade de l’Amitié. Motos et véhicules garent, les embarquent, et c’est parti. Comme quoi, mille plaisirs peuvent contribuer à célébrer une victoire !

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