Le gouvernement table sur un taux de croissance économique qui dépasserait les 8% en 2020 et atteindrait 9,2 % à l’horizon 2022 contre 7,6 % en moyenne à fin 2019 et 6,7% en 2018. C’est du moins ce qu’il faut retenir du débat d’orientation budgétaire (Dob) 2020 qui a eu lieu, vendredi 28 juin dernier, à l’Assemblée nationale, en prélude à la finalisation du projet de budget général de l’Etat, gestion 2020.

Le Document de programmation budgétaire et économique pluriannuelle (Dpbep) 2020-2022 et les Documents de programmation pluriannuelle des dépenses (Dppd) étaient au cœur de la plénière du vendredi 28 juin dernier au Parlement. Cette discussion s’inscrit dans le cadre de l’exercice annuel de Débat d’orientation budgétaire prescrit par les dispositions de l’article 59 de la loi organique relative aux lois de Finances (Lolf). Elle a surtout porté sur la situation économique et financière sur la période 2016-2019 et les perspectives économiques et financières sur le triennal 2020-2022.
Selon le rapport de la Commission des Finances et des Echanges de l’Assemblée nationale qui a étudié les différents documents budgétaires transmis au Parlement par le gouvernement par décret n°2019-166 du 19 juin 2019, l’Exécutif entend rester conforme, dans ses grandes orientations de la politique économique, au Programme d’action du gouvernement (Pag) et aux engagements pris par l’Etat dans le cadre du Programme économique et financier avec le Fonds monétaire international (Fmi). A travers ce programme, l’Etat affirme son engagement à multiplier les ressorts de l’économie béninoise et à l’asseoir sur des bases plus stables et plus solides afin d’accélérer durablement son taux de croissance et parvenir à une amélioration substantielle des conditions de vie des populations.
Tout en accélérant la croissance économique, la politique du gouvernement est également orientée vers la mise en place des filets sociaux au profit des couches les plus vulnérables à travers une batterie de mesures sociales dont plusieurs sont déjà initiées par le gouvernement comme l’Assurance pour le renforcement du capital humain (Arch), le Programme national d’alimentation scolaire intégrée, etc. Aussi, par sa politique économique et sociale, le gouvernement est-il résolu à atteindre les Objectifs de développement durable dont il a retenu les cibles prioritaires pertinentes pour le Bénin et pour lesquels, un système de coordination et de suivi des actions y relatives est mis en place.

2020 et 2021, années électorales

Sur la base de l’évolution probable de la conjoncture aux plans international et sous-régional et en tenant compte de l’évolution prévisible de l’économie sur la période 2020-2022, le gouvernement a envisagé plusieurs sentiers de croissance. Ainsi, des scénarii tendanciel, référentiel et optimiste ont été projetés. Lesquels scénarii propulsent le taux de croissance autour de 6,7% et 7,6% en 2019 et à moyen terme. Ce taux de croissance  économique pourrait dépasser les 8% en 2020 et atteindrait 9,2% à l’horizon 2022, selon le scénario optimiste supposant des conditions climatiques, des évolutions des cours des matières premières et de change particulièrement avantageuses. La croissance en 2020 et à moyen terme, table le gouvernement,  sera porté par le renforcement de la mise en œuvre des réformes économiques du Pag. Ainsi, à l’horizon 2022, les ressources du budget général de l’Etat atteindraient 1 653,2 milliards F Cfa. Au niveau des charges, elles s’afficheraient à 1 708,5 milliards F Cfa en 2022 contre 1 498,1 milliards F Cfa en 2020, soit une hausse de 14%. Sur la base de l’évolution des ressources et des charges du budget général, le déficit budgétaire devrait enregistrer une nette amélioration pour s’afficher à 139,8 milliards F Cfa en 2020 et à 55,3 milliards F Cfa en 2022, renseigne la Commission des Finances et des Echanges qui a présenté le rapport. Lequel rapport informe qu’au regard du cadrage macroéconomique, les ressources totales du budget général de l’Etat devraient afficher généralement une hausse de 10,9% en moyenne annuelle sur la période 2020-2022. Spécifiquement pour 2020, elles s’afficheraient à 1358,3 milliards contre 1211,9 milliards F Cfa en 2019, soit une hausse de 12,5%. Les dépenses du budget général de l’Etat connaîtront un taux de progression moyen de 7,6% sur la période 2020-2022. Plus généralement, la politique publique en matière de dépense sera axée sur la qualité de la dépense publique. Et de façon plus spécifique, l’Etat visera la priorisation des projets phares dans l’exécution des investissements publics ; la consolidation et la mise à l’échelle des mesures sociales (Arch, cantines scolaires) ; le renforcement de l’aménagement  du territoire à travers l’amélioration des ressources transférées aux communes ; le soutien aux actions de renforcement de la sécurité et de la défense ; le financement des élections municipales, communales et locales en 2020 et de la présidentielle de 2021.

Attentes des députés

Les documents budgétaires sur la période 2020-2022 présentés renseignent également sur la stratégie d’endettement; la situation financière des entreprises publiques; les perspectives des finances locales ; les perspectives  de la Caisse nationale de sécurité sociale (Cnss) ; les perspectives au niveau du Fonds national des retraites du Bénin (Fnrb) sans oublier les perspectives en matière de sécurité sociale. Ces options budgétaires du gouvernement sur la période 2020-2022 ont été débattues par les députés qui n’ont pas manqué de faire quelques recommandations.
Tout en saluant les efforts de l’Exécutif qui donnent des raisons d’espérer à travers les chiffres annoncés, les parlementaires ont surtout invité celui-ci à faire en sorte que le taux de croissance qui ne cesse de s’améliorer d’année en année puisse se ressentir dans le panier de la ménagère. Car, la pauvreté sévit cruellement dans le pays. Les députés recommandent au gouvernement d’intensifier les mesures sociales et de diversifier davantage les filières agricoles en intégrant la transformation des agrumes tels que les oranges fortement produites à Zakpota.
Il faut aussi accélérer le transfert des ressources aux communes à travers l’affectation des cadres compétents pour accompagner les maires dans leur gestion administrative et financière. Le sort de certains chantiers de développement, notamment routiers, a été évoqué. Les députés ont souhaité voir toutes ces préoccupations prises en compte par le gouvernement avant la finalisation et la transmission au Parlement du projet de budget général de l’Etat, gestion 2020. Mais ils ont été rassurés par le ministre de la Justice et de la Législation, Me Séverin Quenum qui leur a apporté des éléments de réponses à toutes leurs préoccupations?

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Coups de gueule parlementaires

L’absence du ministre d’Etat chargé du Plan et du Développement, Abdoulaye Bio Tchané et du ministre de l’Economie et des Finances, Romuald Wadagni, n’a pas été du tout du goût de plusieurs députés qui ne sont pas allés du dos de la cuillère pour dénoncer la chose. Les couleurs de l’amertume ont été annoncées par l’honorable Bida Nouhoum Youssoufou qui sera suivi par plusieurs autres de ses collègues dont Abdoulaye Gounou et Bonaventure Aké Natondé qui ont enfoncé le clou. En fait, pour ces députés, pour rien au monde, les deux ministres ne doivent s’absenter pour l’examen d’un dossier aussi sensible comme celui d’un Débat d’orientation budgétaire. Lequel débat est expressément prévu par l’article 59 de la loi organique relative aux lois de Finances (Lolf), un texte à valeur constitutionnelle. Pour les députés, les ministres Abdoulaye Bio Tchané et Romuald Wadagni devraient revoir leur agenda pour être présents aux travaux qui ont lieu une fois l’an, c’est-à-dire au plus tard le 30 juin, pour permettre au gouvernement de donner les grandes orientations de projet de budget général de l’Etat gestion de l’année suivante avant sa finalisation. Outre Abdoulaye Bio Tchané et Romuald Wadagni, les députés ajoutent à la liste les ministres chargés des autres secteurs vitaux comme l’Agriculture ; les Infrastructures, l’Energie ; l’Eau et les Affaires sociales.
La présence de tous ces ministres à portefeuilles stratégiques est plus qu’indispensable pour enrichir le Débat d’orientation budgétaire et éclairer la lanterne de la plénière, insistent les députés. Mais les parlementaires seront apaisés par le ministre de la Justice et de la Législation, Me Séverin Quenum. Il les a rassurés que cette absence n’est pas une banalisation du débat par le gouvernement. A l’en croire, le ministre de l’Economie et des Finances qui a présenté, mercredi 26 juin dernier, les grandes options budgétaires pluriannuelles à la Commission des Finances et des Echanges de l’Assemblée nationale et le ministre d’Etat chargé du Plan et du Développement, n’ont pu faire le déplacement du palais des Gouverneurs, vendredi dernier, en raison des contraintes d’agenda. Mieux, l’information de la programmation de cette plénière n’est pas parvenue à temps au gouvernement, explique Me Sérevin Quenum pour tenter de dédouaner ses collègues mis à l’index.

Th. C. N.

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