Le président Patrice Talon s’est adressé à ses compatriotes, se prononçant sur l'actualité brûlante. C’est un Patrice Talon droit dans ses bottes, en timonier résolu sur le cap qu’il suit, en dépit des mauvais vents, qui s’est adressé à ses compatriotes. Il vaut la peine de revenir sur le speech présidentiel, pour finir la semaine par un décryptage à froid, utile qui sait, à quelque déparasitage.

Ce discours est une énième pièce du puzzle qu’il faut reconstituer, dont il faut cerner les contours pour mieux comprendre la gouvernance Talon. A ce propos, il faut se désoler de ce que de nos jours, plus grand monde ne prête véritablement attention aux discours des dirigeants, a contrario de l’ère d’une opiniâtreté débridée voire virale grâce ou à cause des réseaux sociaux. Le président Talon est cependant, on gagne à le savoir, celui de nos chefs d’Etat, ces trente dernières années, qui a la ‘’maladresse’’ de dire ce qu’il va faire, si l’on ose ironiser ainsi une telle structure positive de gouvernement, et de faire ce qu’il a dit ! C’est suffisamment rare, dans la faune des chefs d’Etat et de gouvernement du monde entier, pour être signalé.
Et si l’on fait la traçabilité de ses interventions publiques, seul instrument d’ailleurs de jauge d’un dirigeant, d’un homme public, il n’a pas varié d’un iota. De sorte que le potentiel candidat Patrice Talon, le candidat et le président Patrice Talon se confondent dans une synergie quasi parfaite. Des réformes politiques à opérer, des restructurations et inclinations qu’il entend donner à la gouvernance au Bénin, de Paris en 2015 à Cotonou depuis lors, de son projet de société à son programme d’action gouvernementale, on ne peut pas dire de Patrice Talon qu’il varie dans l’architecture de son discours politique, ni dans la dialectique ni dans les idées fortes qu’il porte depuis qu’il a décidé de se mettre sous les feux de la rampe, lui le discret homme d’affaires projeté au-devant de l’actualité par la force des choses.
Alors qu’il est peu disserte, et que, tout au contraire il fait dans la concision lorsqu’il se décide à rompre le silence, ce qui dénote de la solennité de la parole du chef, il est navrant de noter, au regard des critiques, bien souvent injustes et infondées sur sa politique, qu’il n’est pas toujours bien compris de tous ses compatriotes qui, en plus d’être pris au dépourvu par le style nouveau et atypique de Patrice Talon qui tranche d’avec les conventions et conformismes de ses prédécesseurs, il faut l’avouer, sont surtout soumis aux attaques virales des intoxications. Toutes choses qui font qu’aujourd’hui, au Bénin, ce que l’on sait par le canal des rumeurs est plus fort que la vérité. Un état d’esprit mauvais qui ne facilite pas l’action publique, et dispose les esprits dans un a priori négatif préjudiciable à la synergie nécessaire pour faire avancer le pays. Les Béninois emballés dans ce tumulte et cette critique toxique, gagneraient à se départir de ces hiatus qui ne font en définitive du bien à personne. Car, il ne faut pas perdre de vue que ce han ! han ! han !, que génèrent les intoxications et fake news repandent du fiel et font inutilement biler. Mauvais pour le foie voire même la foi.
Et pour revenir au dernier speech du président Patrice Talon, il a été encore fait selon la marque ‘’talonienne’’ de concision. Comme à ses habitudes, la résolution, dans le cap qu’il entend donner à son action gouvernementale, est encore au rendez-vous. Et par conséquent, tout en étant, dit-il, conscient de ce qu’une réforme majeure à l’instar de celle politique, n’est pas sans difficulté voire des grincements de dents en raison de ce qu’elle écorche des avantages, il réaffirme sa conviction de devoir la faire, non sans savoir qu’elle remettrait en cause « les acquis des acteurs d’un multipartisme débridé», dit-il, « cause d’une mauvaise gouvernance » et «source de notre sous-développement». Autrement dit, le président Talon se met dans la posture du toubib qui, fort du diagnostic qu’il a établi, s’étant penché sur le patient Bénin, juge inéluctable l’intervention. C’est connu chez les médecins que, quand bien même il s’agit d’une chirurgie lourde, ou d’un traitement draconien, il faut le faire. A l’instar des militaires selon qui, à la guerre comme à la guerre ! Il ne faut pas se cacher derrière son petit doigt et, dit un autre adage, l’arbre ne peut cacher la forêt. De même, couvrir sa gangrène de la main ou la voiler d’un bandage même astucieux ne suffirait pas à en guérir. Autrement dit, quand une réforme s’impose, il faut la faire et non la différer, la renvoyer aux calendes grecques, comme l’a souligné dans son speech lundi dernier le chef de l’Etat, au risque d’accentuer les problèmes qu’il recèle.
Prêt pour les réformes, la lutte continue, semble avoir dit le chef de l’Etat qui fait montre toutefois d’ouverture en marquant sa disposition à prendre langue avec la classe politique pour « des échanges directs, francs et constructifs au service de notre bien commun, le Bénin », explique-t-il, tout en invitant la nouvelle législature du Parlement à procéder à une relecture « responsable » de la Charte des partis et du Code électoral. Voilà qui s'appelle ‘’main tendue ‘’. Et on ne peut mieux. Reste à voir si elle sera saisie, en signe d'apaisement par ceux dont le professeur Roger Gbégnonvi dit qu'ils ne sont pas des opposants mais des mécontents. En bon père, retenons que Patrice Talon sait manier le bâton et la carotte. Et il administre la quinine avant de donner des bonbons. A-t-il le choix ? On sait qu'à part les vitamines, peu de médicaments ne sont pas amers et que peu de gens sont disposés à en consommer sans regimber. Mais faut-il pour autant s'en passer lorsque l'on souffre du mal que guérit la quinine ?.

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