Emile Tégbénou avait-il 27,050 milliards F Cfa, 3 milliards F Cfa ou encore 3 millions F Cfa dans un coffre-fort lors de la perquisition de sa maison par la commission d’enquête mise sur pied dans le cadre de l’affaire Icc services en 2010? La question était au cœur de l’audience de ce mercredi devant la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet) qui n’a pu être édifiée.

Combien Emile Tégbénou, deuxième personnage important de l’affaire Icc services, avait-il dans ses coffres-forts lors de la perquisition de son domicile par la commission d’enquête ayant connu du dossier Icc services en 2010 ? La Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet) n’a pas pu être fixée lors de l’audience de ce mercredi dans le cadre du procès Icc services qui est à sa sixième journée. A la barre hier, comme d’ailleurs depuis le début du procès Icc services, l’accusé Emile Tégbénou persiste et signe qu’il avait 27,050 milliards F Cfa dans l’un de ses quatre coffres-forts lors du passage des enquêteurs. 20,050 milliards F Cfa représenteraient des fonds de la Société nouvelle alliance du Bénin (Snab) spécialisée dans la construction de forages, de puits, de châteaux d’eau et autres travaux de Btp et 7 milliards F Cfa au titre des fonds collectés auprès des déposants d’Icc services. Mais cette déposition du directeur départemental Ouémé-Plateau de la structure de collecte illégale d’épargne dite Icc services a été balayée, devant la cour de céans, d’un revers de main d’abord par l’ex-directeur général de la Police nationale (Dgpn), Osséni Maiga Anki Dosso, qui faisait partie de la délégation ayant fait l’opération de perquisition. L’ex-Dgpn a martelé que c’est un montant de trois millions F Cfa qui a été retrouvé dans l’un des quatre coffres-forts, le plus grand. Les fonds ont été comptés devant l’accusé qui a suivi de bout en bout la perquisition et aurait même signé le procès-verbal ayant sanctionné l’opération. Osséni Maiga Anki Dosso affirme avoir été surpris lui-même à la découverte d’un tel montant dans ce coffre-fort muni de tous les systèmes de sécurité. Il dit avoir fait recours au service d’un serrurier pour l’ouvrir car Emile Tégbénou, qui leur indiquait là se trouvent ses coffres-forts, ne voulait pas leur donner le code. Au lendemain de l’opération, la Télévision nationale annonce en bande défilante que la commission d’enquête a retrouvé un montant de trois milliards F Cfa lors de la perquisition du domicile d’Emile Tégbénou. Ce qui a rendu davantage la cour plus confuse. «D’où venait l’information des trois milliards F Cfa ?», demande la cour à l’ex-Dgpn. Sur la question, Osséni Maiga Anki Dosso répond que cette information donnée par la Télévision nationale était fausse. Il demande à la cour de croire au montant de trois millions F Cfa qu’il a annoncé. «Mais, avez-vous fait un communiqué pour amener la Télévision nationale à corriger cette information de trois milliards F Cfa ?», assène la Cour. Non, répond l’ex-Dgpn amenant la Cour à conclure que qui ne dit rien consent.

Des décès suspects

Mais, que cherchiez-vous en allant perquisitionner le domicile d’Emile Tégbénou ? A cette question de la Cour, l’ex-Dgpn répond sans ambages que la commission d’enquête était à la recherche de fonds pouvant permettre de rembourser les épargnants dont les avoirs ont été spoliés. Mais pourquoi le choix d’Emile Tégbénou et pas un autre membre d’Icc services? Seule la commission d’enquête pourra répondre à cette question, répond Osséni Maiga Anki Dosso, qui nuance qu’il n’est pas membre de cette commission. Il est plutôt membre du comité de suivi de l’affaire Icc services et consorts. Il dit avoir accompagné sur le terrain la délégation sur instruction du chef de l’Etat, Boni Yayi, qui lui a demandé de suivre en tant que Dgpn l’opération. L’ex-Dgpn a réfuté également la déposition d’Emile Tégbénou qui affirmait à la barre que les enquêteurs l’avaient cagoulé lors de la perquisition au cours de laquelle ses coffres-forts ont été éventrés. Pour Osséni Maiga Anki Dosso, l’accusé fait économie de vérité. Il n’était pas cagoulé. Mieux, c’est lui-même qui indiquait aux enquêteurs là où se trouvaient lesdits coffres-forts. La déposition de l’ex-Dgpn a été largement confirmée par l’ex-patron de la Brigade économique et financière (Bef), le commissaire Dieudonné Dadjo Lissagbé, qui a conduit l’opération de perquisition. Ce dernier, qui était isolé dans la chambre des témoins et donc n’a pas suivi tout ce qui a été dit avant son entrée dans la salle d’audience, est allé avec force détails dans le sens de la déposition de l’ex-Dgpn. Le commissaire Dieudonné Dadjo Lissagbé martèle que les fonds retrouvés au domicile d’Emile Tégbénou étaient d’un montant de trois millions F Cfa mais jamais trois milliards F Cfa, ni 27,050 milliards F Cfa comme le soutient l’accusé. Une confrontation à la barre hier entre les trois n’a pas, pour autant, édifié la Cour qui reste sur sa faim par rapport au montant exact contenu dans le coffre-fort querellé. Le président de la cour de céans, Edouard Cyriaque Dossa, regrette que le serrurier qui a aidé la commission d’enquête à défoncer les coffres-forts soit décédé ainsi que le garde du corps d’Emile Tégbénou qui a suivi l’opération. Les deux auraient pu permettre, s’ils étaient encore en vie, de faire la lumière sur les circonstances et les résultats de cette perquisition controversée.


Menaces des parties au procès Icc services

Le procureur spécial près la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet) rassure les sachants, témoins, accusés et autres qui déposent à la barre dans l’affaire Icc services en jugement devant la juridiction qu’ils n’ont rien à craindre. Il a fait observer la situation ce mercredi 26 décembre, à l’entame de l’audience criminelle de la Criet. L’observation du ministère public est partie du constat que certaines personnes ont intenté des actions judiciaires contre des sachants et témoins parties au procès en cours pour leurs déclarations tenues devant la cour. Gilbert Ulrich Togbonon rassure ces derniers que toutes leurs dépositions tenues devant la juridiction sont couvertes d’immunité à l’instar des déclarations des députés à l’hémicycle. Une action judiciaire, dans ce sens n’a aucune chance de prospérer. Le procureur spécial près la Criet exhorte les déposants et toute personne invitée à déposer à la barre à la sérénité. Gilbert Ulrich Togbonon invite les sachants, témoins et accusés à continuer de collaborer pour la manifestation de la vérité dans ce dossier. Le procureur spécial près la Criet a également fait observer à la Cour des manœuvres d’intimidation qu’organisent sur le terrain des coordonnateurs départementaux d’un parti politique mobilisant à coup d’argent des populations pour les faire marcher aux fins de faire pression sur la cour pour l’emmener à mettre hors de cause certaines hautes autorités citées dans ce procès. Il met en garde contre cette tentative d’entrave au bon fonctionnement de la justice et avertit que quiconque se prêterait à une telle manœuvre en répondra devant la Cour. Les avocats parties au procès ont eux aussi levé la voix pour faire part à la Cour des intimidations et menaces de tous genres dont ils font l’objet depuis le début de ce procès le lundi 17 décembre dernier. Appréciant la situation, le président de la cour de céans, Edouard Cyriaque Dossa, a invité le procureur spécial près la Criet à prendre ses responsabilités pour permettre au procès de se poursuivre avec sérénité au niveau de toutes les parties.

Th. C. N.

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