Les députés n’ont pas tenu compte des questions du genre dans la désignation des membres des Commissions communales d’actualisation (Cca) de la Liste électorale permanente informatisée (Lépi). On note moins de dix femmes sur les 154 représentants du Parlement. Cette situation relance le débat de la représentativité des femmes lorsqu’on sait que, dans un passé récent, la question avait beaucoup agité l’opinion. Deux députés, l’un de la Majorité et l’autre de la Minorité parlementaires expliquent leur position sur le sujet.

Orden Alladatin, député du Bloc de la Majorité parlementaire: « La seule bonne volonté ne suffit pas pour avoir davantage de femmes »

La Nation : Pourquoi le Bloc de la Majorité parlementaire n’a pas accordé suffisamment de place aux femmes au sein des Commissions communales d’actualisation de la Lépi ?

Orden Alladatin :On n’a pas besoin d’entretenir des polémiques autour de la question. Ce ne sont pas des instances qui nomment. Chaque député désigne une personne. On fait ensuite la liste des différentes personnes désignées. Quand moi je veux désigner quelqu’un, je ne cherche pas à savoir celui ou celle que mon collègue a désigné. Si on avait dit que les partis se mettent ensemble pour désigner quinze personnes par exemple, le parti dans son dosage peut gérer au mieux cette préoccupation. Dans le cas d’espèce, la procédure de désignation est toute autre. Pour ce qui concerne la majorité, il y a 77 places pour 62 députés. Il revient à chaque député de désigner une personne. Moi par exemple, il m’est revenu de désigner une personne à Cotonou et j’ai désigné une femme.

Finalement le Bmp a désigné combien de femmes ?

Le Bmp n’a rien désigné. Chaque député a désigné une personne. C’est tout ! Il se fait que par hasard, dans mon quartier, il y a une femme capable de faire le job. En la matière, ce sont les communes qui sont partagées. S’il me faut désigner une femme à Boukoumbé et que je n’en ai pas une d’aussi représentative là-bas, comment voulez-vous que je fasse ? Chaque parti veut positionner des gens qui puissent lui drainer du monde. La question est simple. Ce n’est pas un débat du genre. C’est une question sérieuse qu’on ne saurait gérer au pifomètre.

Le camp adverse vous reproche d’avoir raté, une fois de plus, l’occasion de démonter votre bonne volonté en faveur des femmes.

Nous tergiversons trop sur les détails inutiles au Bénin. Nous avons voulu proposer un texte dans ce sens afin qu’aux prochaines élections législatives, la préoccupation ne revienne plus. Il était question de forcer la main à tous les partis pour avoir plus de femmes. Mais les gens ne nous ont pas soutenus. Maintenant, chacun commence par chercher dans des détails inutiles. La seule bonne volonté ne suffit pas pour avoir davantage de femmes. Je n’ai pas d’état d’âme sur ce type de débat quoique je milite fortement en faveur des femmes. Je n’aborde pas la préoccupation dans les petits détails.

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Guy Mitokpè,  député de la Minorité parlementaire: « On peut désigner autant de femmes bien instruites et intelligentes au sein de la couche juvénile »

La Nation : Qu’est-ce qui justifie la faible représentativité des femmes au sein des Commissions communales d’actualisation de la Lépi au niveau de la Minorité parlementaire ?

Guy Mitokpè : L’argument qui avait été avancé au cours de la tentative de révision de la Constitution sur la question de la représentativité des femmes ne tenait pas véritablement à cœur aux défenseurs de cette cause. Parce qu’il y a plusieurs occasions au cours desquelles les membres de la Majorité parlementaire pouvaient quand même démontrer leur bonne foi en ce qui concerne la représentativité des femmes. Cette désignation des membres des Commissions communales d’actualisation (Cca) de la Lépi était une occasion de plus pour les défenseurs de cette cause de montrer leur sincérité. Mais une fois de plus, ils se sont pris à leur propre piège. C’est un peu comme un effet boomerang. La pierre qu’ils ont lancée s’est retournée contre eux. Et, pour moi, les questions qui touchent aux populations doivent être traitées avec beaucoup de sérieux.

Les défenseurs de cette cause expliquent que la désignation des membres des Cca n’est pas une question du genre et que si les femmes ne sont pas suffisamment représentatives dans une région, ils ne peuvent pas les désigner.

C’est un argument qui ne tient pas. Quand ils présentaient leurs projets, ils savaient qu’il y avait des questions en amont qu’il fallait régler concernant la formation et l’éducation d’un bon nombre de femmes. Donc, ils avaient avancé ce projet comme un appât sur lequel ils voulaient se montrer bien aux yeux de la gent féminine qui est quand même très importante dans notre pays. On peut désigner autant de femmes bien instruites et bien intelligentes au sein de la couche juvénile.

On ne peut pas faire le procès du Bmp seul. Le constat est le même au niveau de la Minorité parlementaire à laquelle vous appartenez. Votre regroupement aussi n’a pas désigné beaucoup de femmes au sein des Cca.

Ce n’est pas un sujet tabou au sein de la Minorité parlementaire. Il faut aborder les questions de la République avec beaucoup de sérieux et de sincérité. La question n’est peut-être pas à l’ordre du jour au niveau de la Minorité, c’est une sincérité que de le dire. Maintenant, s’il faut l’aborder, il faut le faire avec beaucoup de sincérité, d’intelligence et de franchise.

La Minorité parlementaire n’est donc pas prête pour soutenir les initiatives visant la représentativité des femmes ?

Non ! La question ne se pose pas en ces termes. Ce n’est pas que nous ne portons pas ce combat. On ne peut pas prendre les femmes comme un moyen de chantage. L’implication des femmes en politique et leur représentativité au plus haut niveau sont deux concepts différents. Nous estimons que notre concept est le plus efficient pour éviter de continuer à prendre les femmes comme un argument de campagne. Il faut éviter de le faire pour la seule raison que c’est une exigence des partenaires techniques. Il faut le faire en fonction de notre réalité, de notre contexte. Il faut le faire parce que c’est une demande nationale. Nous devons être assez intelligents et indépendants pour concevoir des politiques qui vont dans le sens de la promotion des femmes. Pour moi, il n’y a aucune confusion à ce niveau.

 

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