Les éléments de la Police républicaine et des douanes béninoises auteurs de faits de corruption et de rançonnement seront frappés avec la dernière rigueur. La hiérarchie des deux corps s’est montrée ferme, ce lundi 17 septembre, lors de sa rencontre avec les éléments en poste à la frontière bénino-nigériane de Kraké.

« Lorsque vous payez des dessous de table et que vous faites les couloirs pour soudoyer les agents, vous créez des manques dans les caisses de l’Etat. Vous enrichissez quelques individus et ainsi vous empêchez la construction des écoles et des maternités et retardez le développement du pays ». Cette explication du directeur général de la Police républicaine, le général Nazaire Hounnonkpè face aux usagers de la frontière bénino-nigériane de Kraké, vise à attirer l’attention de ces derniers sur l’ambition du gouvernement de porter au taux zéro, le degré de corruption dans les rangs des éléments de la police et des douanes.
Pour y parvenir, ce sont les concernés mêmes qui ont été largement avertis au cours d’une séance de travail conduite par les patrons de la police et de la douane. Le général Nazaire Hounnonkpè et le colonel des douanes Charles Inoussa Boco Sacca se sont voulus très clairs face à certains de leurs collaborateurs. L’ère de la complaisance est révolue et désormais, tout agent passible d’actes répréhensibles devra en répondre suivant les textes en vigueur. « Le gouvernement a fait l’option de combattre la corruption et ses corollaires sous toutes ses formes. Nous devons tout faire pour extirper de nos rangs les brebis galeuses. Les collègues qui ne marcheront pas au même diapason que la troupe seront sanctionnés… ». C’est avec un ton particulièrement ferme que le général Nazaire Hounnonkpè s’est adressé à sa troupe, disposé à frapper sans ménagement tout contrevenant.

Dernier avertissement

Dans cette marche vers la discipline au sein des hommes en bleu, le général met en évidence certains points saillants. L’utilisation du personnel qui ne fait pas partie des effectifs est strictement interdite et tout résistant doit faire l’objet d’une enquête et être présenté au procureur. Il en sera de même pour tout « élément encombrant ou nuisible » qui s’arroge les prérogatives dévolues aux policiers et douaniers. Par ailleurs, il est formellement interdit aux agents de percevoir de l’argent sans délivrer des quittances. « Aucun usager ne doit verser de l’argent entre les mains d’un policier », avertit le général Hounnonkpè. Aux éléments de la police et des douanes, il est également demandé de tout faire pour faciliter le passage aux usagers, d’éviter de rallonger les contrôles (une manière d’obliger les citoyens à payer des dessous de table).
Plus spécifiquement, la Police républicaine n’a pas vocation à contrôler les produits pétroliers. Elle pourrait informer la douane ou au besoin lui prêter main forte pour agir contre ces produits. En outre, les contrôles injustifiés et tous azimuts sont interdits.
Comme lui, le colonel des douanes, Charles Inoussa Boco Sacca, s’est montré aussi intransigeant. Et cette sortie qui tient d’un avertissement, il l’a dénommée « l’appel de Kraké ». Un appel qui sonne comme un signal fort dont la finalité est d’assainir les deux entités. Le temps des sanctions de premier degré est révolu et place sera désormais faite à des sanctions plus fortes, prévient-il. A ces injonctions, Constant Honvou, commissaire de Kraké, Eloïse Dossa Akinotcho, receveur de Kraké et Mauricette Dafia Adjibi, chef brigade Kraké ont répondu avoir déjà pris la mesure de la situation. Ils ont rappelé les différentes mesures prises chacun en ce qui le concerne pour mettre fin à l’existence des ‘’klébés’’ et surtout pour éviter de la part de leurs collaborateurs, tout acte ternissant l’image des deux corps.

Appel aux usagers

La lutte contre la corruption dans les rangs des policiers et douaniers repose également sur les usagers de leurs services et sur les populations en général, pensent les patrons des deux entités. A ces derniers, ils ont lancé un appel à la dénonciation pour les aider à démasquer leurs collaborateurs récalcitrants. En dehors du numéro vert de la Police républicaine, le 166 joignable 24 heures sur 24 pour toutes plaintes, il y désormais le 64004646, un numéro connecté à l’application mobile WhatsApp pour toute dénonciation ou encore le 21309836. Grâce à ces numéros, plus aucune place ne sera faite au rançonnement ou autres formes de déviance. Aussi, le directeur général de la Police républicaine a-t-il annoncé le lancement sous peu d’une nouvelle plateforme toujours destinée à recevoir des plaintes ou des dénonciations contre les éléments fautifs.

Fin de règne pour les « klébés » !

Les usagers des services douaniers les connaissent très bien. Aux postes frontaliers surtout, ils règnent comme des dieux, terrorisant parfois les populations pour se faire leur beurre. Mais çà, c’est désormais du passé. Les « klébés », individus qui se jouent les aides-douaniers ou « policiers-civils », n’auront plus droit de cité. L’appel de Kraké lancé par les patrons de la police et de la douane, lundi 17 septembre les concerne aussi. Dans les périmètres où opèrent policiers et douaniers, ils sont interdits d’existence et plus généralement sur l’ensemble du territoire national. Aux contrevenants, il est réservé un sort amer et le patron de la Police républicaine en a donné le signal fort en envoyant l’un d’eux, surpris à l’entrée du poste frontalier juxtaposé de Kraké s’expliquer devant le procureur. « Ils ne font pas partie de nos effectifs et n’ont pas été formés pour nos missions », a insisté à nouveau le colonel des douanes Charles Inoussa Boco Sacca avant de prendre congés de ses hommes.

J.F.M

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