Pas plus de dix jours de grève par an, avec obligation de service minimum pour certains corps dont les magistrats. Pas de grève pour les personnels militaires, paramilitaires et ceux de la santé... L’arme de choix des syndicats est quasi déchargée avec les nouvelles dispositions de la loi n°2018-35 modifiant et complétant la loi n°2001-09 du 21 juin 2002 portant exercice du droit de grève en République du Bénin.

En un mois, quelles que soient leurs motivations et les circonstances, les travailleurs ne pourront plus observer de grève au-delà de la durée légale de deux (2) jours. Et s’ils se rebellent ou tentent d’en faire plus, ils encourent des risques de révocation ou de licenciement de plein droit pour grève illégale. C’est ce qu’il faut comprendre de la loi n°2018-35 modifiant et complétant la loi n°2001-09 du 21 juin 2002 portant exercice du droit de grève en République du Bénin, adoptée mardi dernier par l’Assemblée nationale. Pour un encadrement du droit de grève au Bénin, c’en est bien un !
Si la présente loi est promulguée, les syndicats devront chercher une autre méthode pour se faire entendre. Les mouvements de débrayage risquent de ne plus avoir l’effet escompté : celui de faire pression sur les politiques en privant la population de besoins fondamentaux et en paralysant l’administration sans chronogramme. Et même si les travailleurs se décidaient à reconduire le mouvement de débrayage chaque mois, ils risquent d’être à court de munition après quatre mois, en raison de l’obligation de ne pas excéder sept jours de grève en un semestre. A quoi bon déclencher une grève si l’on sait qu’elle ne peut durer plus de 48 heures ? C’est dire qu’avant même que les revendications soient prises en compte, la durée légale de grève aura éteint l’action et fait échoir le droit de grève. Dans ces conditions, la grève pèserait-elle encore ? Si la loi n°2018-35 modifiant et complétant la loi n°2001-09 du 21 juin 2002 portant exercice du droit de grève en République du Bénin est promulguée, quelle assurance les syndicats et travailleurs ont-ils de voir l’Exécutif tenir compte de leurs revendications? Le dialogue social reste la seule arme de revendication dès lors à prioriser par toutes les parties.

Prioriser le dialogue !

Les nouvelles dispositions de la loi n°2018-35 modifiant et complétant la loi n°2001-09 du 21 juin 2002 portant exercice du droit de grève en République du Bénin forcent les travailleurs à utiliser le droit de grève avec minutie et parcimonie tel un trésor hautement estimé. C’est peut-être aussi un moyen de redonner au droit de grève toute sa sacralité. Les récurrents mouvements de débrayage connus au Bénin ces dernières années ont, un temps soit peu, terni l’efficacité et l’écho de la grève aux yeux des politiques et même des citoyens qui en sont de plus en plus las. D’un autre point de vue, l’encadrement du droit de grève pourrait permettre de redonner la priorité au dialogue dans la résolution pacifique des crises sociales. Il est vrai que le dialogue social n’est pas encore au mieux de sa forme. Néanmoins, le dialogue reste la meilleure option en gestion de conflits.
Par ailleurs, l’impossibilité de dépasser deux jours de grève dans le même mois permet de mettre définitivement fin aux ruptures prolongées du service public. Car après tout, le service public est destiné au peuple et les mouvements de débrayage causent plus de tort aux populations qu’ils n’en causent aux responsables politiques visés?

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