Devenus de véritables accros aux écrans du fait de l’invasion des nouvelles technologies, les enfants peinent à se soustraire à ce piège au même titre que les adultes. Pourtant, les dangers qui les guettent ne sont pas à négliger.

Vautrée dans le divan au salon aussitôt après le réveil du matin aux environs de 9 h en ces temps de vacances, la petite Sènami M., 8 ans, les yeux rivés sur sa tablette, peine à s’en détacher. Deux minutes pour libérer sa vessie, puis elle s’y accroche à nouveau. Elle prête à peine oreille à sa mère qui l’appelle à se laver puis manger. Les jeux auxquels elle s’adonnait sur sa tablette priment sur tout. Pas question de perdre une seconde pour satisfaire un quelconque besoin. Elle restera dans cette position jusqu’à 12 h avant d’être interpellée à nouveau par sa maman qui l’oblige à prendre son bain et son déjeuner. Quelque 20 minutes après, Sènami reprend sa position initiale. Cette fois-ci, ce sont les étoiles qui lui annoncent la tombée de la nuit. N’empêche qu’elle dépose la tablette et jette encore un coup d’œil sur sa série préférée à la télé, avant de s’endormir. L’addiction de Sènami aux écrans n’est pas un phénomène isolé. De plus en plus, les enfants sont exposés pendant plusieurs heures par jour à toutes sortes d’appareils électroniques (tablettes, smartphones, androïdes), mais également au poste téléviseur allumé en permanence en arrière-plan dans la même pièce. Toute une gamme d’appareils électroniques pour nourrir leur curiosité et combler leur soif en matière de recherches et d’apprentissage. 

Comme de la drogue, les enfants consomment aujourd’hui les ‘’écrans’’ sans modération. Impossible pour eux de passer une journée loin de ces appareils. Leur univers numérique est fait de tablette, d’ordinateur, de Smartphone, et de téléviseur….!
Si les écrans captent l’attention des enfants, la technologie numérique les rend esclaves et dépendants. « Il s’agit d’un phénomène de mode qui participe de l’évolution des tics, des relations de famille et du développement cognitif de l’enfant. Ce phénomène se développe avec cruauté dans un contexte de sédentarité des enfants où la sous-information des parents sur les conséquences de l’addition des enfants aux écrans et la tendance à l’acculturation se justifient », explique le sociologue Rodrigue Sohouénou.
Plus qu’un phénomène de mode, l’exposition des enfants aux écrans est un sujet préoccupant. Selon lui, les effets de ces nouvelles technologies sont plus négatifs que positifs. Lorsque le contenu télévisuel relève du besoin et du niveau de connaissance des enfants, ils arrivent à formater leur comportement cognitif. Mais lorsque ce qu’ils vivent avec les écrans ne relèvent pas d’un besoin de leur développement, cela bloque leurs relations avec l’entourage et ils désapprennent, explique-t-il. Manque de communication, agitation, passivité, intolérance marquée à la frustration caractérisent leurs comportements, relève le sociologue.
Exposés aux écrans, les enfants n’apprennent rien d’autre que la solitude, l’imitation non discernée du message de l’écran, le suivisme béat. Rodrigue Sohouénou décèle également les troubles de comportement, la perte de l’engouement pour la lecture au profit des jeux sur les écrans.
Ces instruments perçus comme des outils ludiques, d’éveil et d’éducation des enfants au départ, ne sont pas moins nuisibles pour la santé et la psychologie des enfants, en ce sens qu’ils affectent leur cerveau, leurs yeux.
Un rapport de l’Agence française de sécurité sanitaire renseigne que les ondes électromagnétiques émises par les téléphones portables, les tablettes, les réseaux Wi-Fi, les ordinateurs… représentent un éventuel risque pour la santé des enfants en bas-âge. Les enfants de moins de 6 ans seraient plus vulnérables que les adultes face à ces ondes du fait que leurs cerveaux sont en cours de développement.

Graves conséquences

En réalité, les Smartphones favorisent une « culture de la chambre », dans laquelle l’accès à l’Internet de nombreux enfants devient plus personnel et privé et moins supervisé par les parents. Enfermés dans leur chambre et câblés sur leurs appareils, ils n’hésitent pas à se lancer dans des découvertes parfois nuisibles à leur éducation. Lorsqu’ils sont plongés dans les écrans, ils donnent l’impression que rien n’existe plus autour d’eux.
Au nombre des conséquences de l’exposition des enfants aux écrans, le sociologue Rodrigue Sohouénou évoque l’effritement des relations parents-enfants. En effet, quand ils sont captés par les écrans, les enfants ne regardent pas leurs parents lorsque ceux-ci s’adressent à eux et communiquent très peu avec leur entourage. Le sociologue souligne également les troubles de langage et d’attention. Selon lui, la captation de l’attention de l’enfant par les écrans inhibe son attention sur les objets qui sont dans son alentour. Ce qui peut expliquer des situations de retard de langage et des troubles attentionnels voir relationnels chez l’enfant.
Le mal est plus profond. A l’occasion du lancement du rapport de l’Unicef sur la situation des enfants dans le monde en décembre 2017, le représentant résident de l’Unicef, Claudes Kamenga, a lancé cette alerte : Les nouvelles technologies accroissent leur vulnérabilité à travers leur « accès à des contenus pornographiques et violents, et des relations avec des individus malveillants qui peuvent les piéger pour les livrer à des réseaux de traite et d’exploitation d’êtres humains ».
Il faut souligner le caractère massif et brusque de ces technologies qui ont inondé les familles sans que soient émis des messages d’avertissements.
Les jeunes de 15 à 24 ans constituent la tranche d’âge la plus connectée. A l’échelle mondiale, 71 % d’entre eux utilisent internet contre 48 % de la population totale, indique le rapport 2017 sur la situation des enfants dans le monde. D’après les estimations, un internaute sur trois dans le monde est un enfant ou un adolescent de moins de 18 ans.
Si les parents ne prennent pas garde, le phénomène risque de devenir un véritable problème de santé publique. Le sociologue conseille aux parents de réglementer le temps passé par l’enfant devant les écrans, de conditionner l’accès aux écrans par la réussite de certains exercices qui participent de son développement intégral et complet. Il importe aux parents de privilégier un contenu télévisuel de qualité plutôt éducative, de partager les moments d’écran en famille et de placer les écrans dans une pièce commune pour voir ce qui s’y passe.
Les enfants aussi doivent adopter des comportements responsables face aux écrans. Selon le sociologue, ils sont tenus de respecter les consignes des parents, de demander aux parents de leur prévoir à la fois des activités ludiques en groupes et des contenus télévisuels qui renforcent leur savoir-être sociétal.
En réalité, le temps passé devant les écrans par les enfants limite de fait le temps consacré aux autres activités de la vie courante, telles que jouer, étudier, discuter ou dormir. Autant d’activités qui contribuent à la construction physique et mentale des plus jeunes, mais que les enfants bafouent inconsciemment du fait du manque de responsabilité des parents.
Face aux conséquences de l’exposition des enfants aux écrans, allons-nous attendre que leurs effets agissent comme de la drogue avant de prendre le contrôle de la situation?

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