Les résultats des examens nationaux pré-universitaires, ces trois dernières années, évoluent en dents de scie. Ils ont été particulièrement mauvais cette année. A l’analyse, il y a lieu de remettre en cause le système éducatif, notamment le niveau des apprenants et des enseignants d’une part et d’autre part les troubles sociaux en l’occurrence les grèves.

Pluie de pleurs et grincements de dents ont jailli en 2016 à l’annonce des résultats des examens nationaux. Le certificat d’études primaires (Cep) avait donné 39,26 % contre 89,61% en 2015 ; le Brevet d’études du premier cycle (Bepc) 16 % contre 30% en 2015 et le taux de réussite au Baccalauréat était de 30,14 % contre 34 % en 2015. La clameur publique avait alors imputé ces résultats au nouveau régime en place. « C’est le gouvernement du Nouveau départ », « Ils ont serré les notes », « C’est le vrai visage du niveau des apprenants »… Autant de raisons avancées pour expliquer la dégringolade observée dans les taux de réussite aux examens. 

Nolens volens, le régime de la Rupture venait ainsi de rompre avec la largesse et la magnanimité dans les corrections d’examens pour révéler au Bénin, le réel niveau des apprenants. L’année qui a suivi, en 2017, semble avoir été plus clémente avec une hausse significative des taux d’admission : 65,15 % pour le Cep ; 50,56 % pour le Bepc et 41 % pour le Baccalauréat. Ces résultats ont suscité de grandes interrogations. Les candidats auraient-ils en un an relevé leur niveau ? Les enseignants se seraient-ils mieux appliqués pour donner une meilleure image de leur compétence ? Ou le gouvernement aurait-il mis de l’eau dans son vin face aux pressions sociales d’antan ? Des énigmes que la session 2018 allait peut-être aider à résoudre. Mais cette année 2018, les résultats se sont révélés avec de nouvelles contre-performances. Le Cep a légèrement régressé (64,44 %) ; le Bepc quasi catastrophique est passé de 50,56 % à 28,63 % et le taux d’admissibilité au baccalauréat (33,43 %) a connu une baisse de plus de 7 %.
Des résultats qui ont donc évolué en dents de scie pendant ces trois dernières années. Les raisons sont nombreuses.

Haro sur les grèves !

Les mouvements de débrayage en milieu scolaire constituent l’un des plus gros ennemis du système éducatif béninois. Une année sans grève au Bénin est un exploit. Ces trois dernières années, les mouvements d’humeur sont allés crescendo, perturbant l’année scolaire. Leur incidence sur les résultats scolaires n’est plus à démontrer. Au regard de la légère régression des résultats du Cep session 2018, le directeur des Examens et Concours (Dec) du ministère de l’Enseignement maternel et primaire, Victor Adohinzin, reconnaît sans ambages : « L’année scolaire n’a pas été apaisée avec des grèves perlées. C’est la seule explication que je donne pour le moment », a-t-il déclaré lors de la délibération du Cep, vendredi 27 juillet dernier. C’est ce que confirme son homologue, le Dec du ministère de l’Enseignement secondaire, technique et de la Formation professionnelle, Roger Koudoadinou, suite à la proclamation des résultats du Bepc. « Dans beaucoup de départements, des candidats, du fait de la grève, ont suspendu leur scolarité ; d’autres sont allés en aventure... Lorsque la grève a pris fin, de nombreux candidats n’ont pas repris les cours et se sont présentés ainsi à l’examen Ils ont donc raté beaucoup de cours et, du coup, n’étaient pas à jour dans les connaissances avant de prendre part aux compositions », a-t-il expliqué.
Les grèves phénoménales de cette année scolaire ont certainement atteint psychologiquement de nombreux candidats. La longue pause imposée et la forte probabilité d’une année blanche ont édulcoré l’entrain des apprenants et émoussé l’ardeur de plus d’un. Même au niveau des parents, il y a eu un relâchement dans l’encadrement, selon Roger Koudoadinou. Ce n’est qu’à quelques jours des compositions que les grèves ont été interrompues, laissant peu de temps aux candidats des écoles publiques pour se mettre à jour. Ont-ils pu rattraper en un mois ce qu’ils ont raté en trois mois ? Parmi les candidats malheureux, il est certain que la majorité ressort des écoles publiques. Il faudra alors espérer une franche et paisible collaboration entre les dirigeants et les acteurs du milieu scolaire pour éviter ces perturbations devenues fréquentes qui jouent sur le rendement des candidats.

L’épineuse question du niveau !

Quoique relatifs parfois aléatoires, les résultats d’un examen ne révèlent que le niveau des candidats. Lequel reflète la qualité de l’enseignement reçu. Il va donc sans dire que résultats, niveau de l’apprenant et qualification de l’enseignant sont intimement liés. Il n’y a pas de miracle en la matière. L’enseignant ne peut communiquer à l’élève que ce qu’il connaît. L’enseignant est comme la source à laquelle boit l’apprenant et dont il puise l’essentiel de ses ressources intellectuelles. Si cette source n’est pas fiable et qualifiée, l’on ne saurait attendre grand-chose d’un candidat à moins qu’il soit un génie. Or, il n’est pas donné à tout le monde d’être surdoué. La performance de l’élève moyen dépend en grande partie de l’enseignement qu’il reçoit. Si les résultats des différents examens nationaux sont déplorables, c’est que le système éducatif l’est tout aussi et mérite de profondes réformes.
Insatisfaits des résultats des différents examens, les ministres en charge de l’Enseignement secondaire, Mahougnon Kakpo, et de l’Enseignement supérieur, Marie-Odile Attanasso, l’attestent. « Nous devons nous poser beaucoup de questions par rapport au système éducatif », a affirmé le ministre Mahougnon Kakpo lors de la délibération du Bac, vendredi 10 août dernier. Il n’est pas rare de retrouver sur des épreuves de composition des aberrations et imperfections grammaticales, ou d’entendre que d’une école à une autre, des élèves de la même classe s’affrontent sur des connaissances dispensées par l’enseignant. Il y a alors de quoi s’inquiéter quant aux résultats des examens ! « Le profil des enseignants dans certains départements pose problème dans certaines matières », certifie le directeur des Examens et concours Roger Koudoadinou.
Par ailleurs, l’orientation de l’apprenant au second cycle est un facteur déterminant dans sa réussite. On remarque de plus en plus que les élèves accourent vers la série D. Conséquence, c’est une marée humaine qui échoue chaque année dans cette série alors que ces candidats auraient pu réussir dans des séries qui s’adaptent mieux à leurs compétences. Cette année, la série D a été la moins performante avec un taux de 24,76 %. Sur les 38 928 candidats qui ont composé, 9638 ont été déclarés admissibles, soit plus de 29 000 ont échoué. Les apprenants doivent être mieux orientés. La responsabilité des parents est aussi engagée !

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