Entre une réforme constitutionnelle validée par référendum et celle par voie parlementaire, le choix a été vite fait par le chef de l’Etat. Soucieux de faire des économies pour le pays, Patrice Talon préfère la révision constitutionnelle approuvée par les 4/5 des députés parce que cela aura l’avantage de ne coûter le moindre kopek au contribuable contrairement au vôte par voie référendaire qui fera saigner la caisse de l’Etat. L’Assemblée nationale sait désormais à quoi s’en tenir.

Le président de la République, Patrice Talon, a horreur du gâchis. Il vient d’en donner la preuve à travers sa décision de ne pas soumettre au référendum la proposition d’amendement de la Constitution du 11 décembre 1990, faute des 4/5 des voix des membres composant le Parlement, après l’étape de la prise en considération de l’initiative parlementaire le 5 juillet dernier. La question a occupé une place de choix dans son message à la nation, le 31 juillet dernier, à l’occasion du 58e anniversaire de l’accession du Bénin à la souveraineté nationale commémoré le 1er août dernier. Patrice Talon est revenu de long en large sur cette préoccupation nationale au cours du débat télévisé qu’il a eu ce même 31 juillet avec des journalistes de la presse locale.
Pour le chef de l’Etat, cette réforme initiée par l’Assemblée nationale est certes pertinente et importante mais elle ne constitue pas pour l’heure un enjeu prioritaire. Au-delà de certaines contraintes contenues dans la loi qui organise le recours au référendum, le président Patrice Talon n’entend pas engloutir des milliards de francs Cfa des ressources de l’Etat dans l’organisation d’un quelconque référendum. Il trouve inopportun d’engager ces fonds pour parachever une procédure de révision constitutionnelle qui ne comporte que quatre points, certes très pertinents. Il s’agit en l’occurrence la constitutionnalisation de l'abolition de la peine de mort, de la création d’une cour des comptes, de l’amélioration de la présence des femmes à l’Assemblée nationale par une disposition particulière et le regroupement des élections sans remettre en cause la durée du mandat du président de la
République pour réduire leur impact sur les ressources de l’Etat. Cette option surtout économique du chef de l’Etat est révélatrice de ce que le chantre du Nouveau départ est très soucieux de la bonne gestion des ressources publiques.
Sans renoncer à la réforme, Patrice Talon met plutôt l’Assemblée nationale devant ses responsabilités. « Je suis convaincu qu’un jour, le sens de l’intérêt national et la raison finiront par l’emporter sur la politique politicienne. Ce jour-là que j’appelle de tous mes vœux, les acteurs politiques trouveront en leur sein, le consensus nécessaire pour valider une réforme dont l’utilité n’est plus à démontrer », déclare-t-il. Le président renvoie ainsi la balle dans le camp des parlementaires qui rechercheront tôt ou tard le filon pour un amendement constitutionnel consensuel par voie parlementaire.

Quoi de plus normal ?

Il ne servirait effectivement à rien d’engager des fonds faramineux pour l’organisation d’un référendum constitutionnel alors que l’on a la possibilité d’obtenir la validité de la même réforme contre zéro franc Cfa par simple main levée des quatre cinquièmes des députés de l’Assemblée nationale, c’est-à-dire 66 députés. Cette renonciation par souci d'économie du chef de l’Etat est légale. Elle est en phase avec les dispositions de l’article 4 de la loi n°2011-27 du 18 janvier 2012 portant conditions de recours au référendum. Lequel prévoit que le président de la République, après consultation du président de l’Assemblée nationale et du président de la Cour constitutionnelle, « peut prendre l’initiative du référendum sur toute question relative à la promotion et au renforcement des droits de l’Homme; l’intégration sous-
régionale ou régionale ; l’organisation des pouvoirs publics et tout projet ou proposition de révision de la Constitution, votée à la majorité des trois quarts des membres de l’Assemblée nationale ». Cette disposition laisse donc le choix au chef de l’Etat de soumettre ou non à l’appréciation du peuple la proposition de loi portant amendement constitutionnel tel que pris en considération le 5 juillet dernier par le Parlement. Le président de la République vient désormais de fixer les uns et les autres en prenant l’option courageuse de ne pas organiser ce scrutin référendaire, en dépit des fortes pressions des députés acquis à sa cause. Toutes choses qui témoignent de toute la lucidité d’esprit de Patrice Talon qui semble être convaincu que la révision constitutionnelle par voie parlementaire sera tôt ou tard une réalité au Bénin.

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